Le FBI fait taire Megaupload

Net Opération coup de poing contre l’un des plus gros sites de téléchargement

Quatre responsables de Megaupload ont été arrêtés en Nouvelle-Zélande sur base d’un mandat d’arrêt américain, dont le fondateur du site, Kim Dotcom (à droite sur la photo). © Greg Bowker/AP.

Coup dur pour les sites proposant du contenu piraté sur la Toile ou coup d’épée dans l’eau ? C’est la question qui agite les esprits suite à la fermeture par la justice américaine du site de téléchargement Megaupload jeudi soir et à l’arrestation spectaculaire de son richissime fondateur, Kim Dotcom, à son domicile d’Auckland, en Nouvelle-Zélande. Ce site qui représentait à lui seul 4 % du trafic internet mondial permettait d’héberger des fichiers et de les partager sur internet. Dans les faits, il offrait des milliers de films, séries, émissions de télévision ou chansons en libre accès, par téléchargement direct ou streaming. Du contenu illégal sur lequel aucuns droits d’auteur n’étaient payés. Il disposait d’une base de 180 millions d’utilisateurs et 50 millions de visiteurs par jour.

Le FBI (la police fédérale américaine) et le ministère de la Justice américain ont estimé qu’il s’agissait de l’une des plus « grandes affaires de violation des droits d’auteur jamais traitées aux Etats-Unis ». La justice américaine a fermé Megaupload.com ainsi que dix-huit autres sites affiliés (dont Megavideo.com). Cinquante millions de dollars ont été saisis sur des comptes de la société basée à Hong Kong. Des voitures de luxe (une Cadillac rose de 1959 et une Rolls Royce Phantom…) ont été confisquées. Des poursuites ont été lancées contre sept de ses responsables. Ils sont accusés de violation des droits d’auteur, de blanchiment d’argent et de racket. Ils auraient tiré de leurs forfaits quelque 175 millions de dollars de profit depuis 2005 et entraîné « plus d’un demi-milliard de dollars de pertes pour les ayants droit ». Les 175 millions doivent être mis en regard de ce que leur coûtaient les serveurs et l’hébergement des fichiers : 65 millions de dollars depuis 2005… Le site était gratuit mais ceux qui voulaient bénéficier de vitesses plus rapides de téléchargement ou de streaming illimité devaient payer un abonnement. Il y avait aussi des revenus publicitaires.

Le FBI reproche particulièrement à Megaupload d’avoir incité les internautes à mettre en ligne du contenu illégal en récompensant financièrement ceux qui chargeaient sur le site des vidéos qui rencontraient beaucoup de succès auprès des utilisateurs. Outre le fondateur du site, Kim Dotcom, un Allemand de 37 ans, trois autres responsables de Megaupload ont été interpellés en Nouvelle-Zélande sur la base de mandats d’arrêt américains. L’arrestation de Kim Dotcom s’est déroulée selon un scénario digne d’un film de gangsters. Le créateur de Megaupload s’était réfugié dans une chambre forte. Lorsque la police a réussi à déjouer les mécanismes de fermeture des portes, ils l’ont trouvé près d’une arme qui avait l’apparence d’un fusil de chasse à canon scié.

Cette opération spectaculaire du FBI est intervenue en plein débat parlementaire aux Etats-Unis sur deux propositions de lois (Sopa et Pipa) visant à mieux lutter contre les sites hébergeant des contenus piratés, propositions qui ont suscité la colère de l’industrie de l’internet qui y voit une forme de censure – plusieurs sites ont d’ailleurs fait grève mercredi dont Wikipedia – ce qui a amené le pouvoir politique à Washington a faire machine arrière. « A la lumière des événements récents, j’ai décidé de reporter le vote de mardi » sur le Pipa, avait annoncé vendredi le chef de la majorité démocrate du Sénat Harry Reid. Quelques heures plus tard, après l’opération coup de poing contre Megaupload donc, Congrès et Sénat décidaient de reporter sine die l’adoption de ces propositions controversées. De son côté, la commissaire européenne en charge des Nouvelles Technologies, Neelie Kroes, a jugé « mauvais » les projets de loi antipiratage aux Etats-Unis et la décision de fermer Megaupload. « Nous n’avons pas besoin d’une mauvaise législation mais plutôt de protections pour un réseau ouvert, a-t-elle affirmé. La réglementation sur l’internet doit être efficace, proportionnée et préserver les bénéfices d’un réseau ouvert », a-t-elle estimé. Reste à savoir maintenant quelles seront les

conséquences de cette opération de liquidation ? Les amateurs de contenus piratés n’ont pas beaucoup de soucis à se faire. Des sites comme Megaupload, il en existe des centaines. Le web spécule d’ailleurs déjà sur le nom de celui qui va lui succéder : Filesonic, Fileserve, Mediafire, Oron… La lutte contre les sites hébergeant du contenu pirate est ancienne et nla fermeture de Napster, celle de Kazaa et celle de Limewire n’ont pas permis de freiner le phénomène. Un combat sans fin…

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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