L’Europe se prive du pétrole iranien

UE Pour forcer le dialogue nucléaire, Bruxelles frappe l’Iran de nouvelles sanctions

Téhéran doit ainsi prendre « au sérieux notre requête de venir à la table des négociations » sur son programme nucléaire, a martelé la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. © afp.

Cinq à 7 % des importations belges de brut » : voilà ce que pèse encore le pétrole iranien en Belgique, et s’il est frappé depuis ce lundi d’un embargo européen sévère, rien n’indique que cette privation puisse avoir un impact significatif sur l’économie belge ou le niveau de vie de ses habitants.

« La crispation politique (entre l’Iran et l’Occident) ne date pas d’hier et a déjà été intégrée dans les hausses de prix pétroliers, commente le secrétaire général adjoint de la Fédération pétrolière belge (FPB), Bernard Claeys. Quant à l’approvisionnement pétrolier, le marché offre suffisamment d’alternatives. D’une part, les pays voisins de l’Iran ne vont pas laisser la situation en l’état. Ensuite, il faut rappeler que les pays occidentaux membres de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) disposent de stocks stratégiques de 90 jours. »

Bref, pour la Belgique, dont l’approvisionnement vient essentiellement de Russie (40 %) et de Mer du Nord (22 %), les nouvelles sanctions contre l’Iran, adoptées ce lundi à Bruxelles par les ministres européens des Affaires étrangères, n’auront guère d’impact. L’industrie belge du raffinage pourrait en souffrir, mais même cela est hypothétique car le profil chimique du pétrole iranien n’est pas unique : il est « substituable », nous dit Bernard Claeys.

Un embargo radical

Pour forcer Téhéran à un vrai dialogue sur ses programmes nucléaires (que l’Union européenne soupçonne de comporter une finalité militaire), les Vingt-Sept ont donc interdit ce lundi et dans l’ensemble de l’Union toute importation de brut iranien et de produits pétroliers iraniens, quels qu’ils soient. Les contrats existants ne peuvent courir que jusqu’au 1er juillet, une évaluation des sanctions étant prévue au 1er mai (notamment pour estimer la situation grecque, car Athènes bénéficiait jusqu’ici de livraisons iraniennes importantes, à des conditions commerciales incomparables). Par ailleurs, tout patrimoine de la Banque centrale d’Iran qui se trouverait en Europe est gelé, et sont interdites dans l’Union les opérations en rials (la devise iranienne), métaux précieux, or et diamants avec la totalité des entités publiques iraniennes.

Si ces mesures seront sans grand impact sur la Belgique, auront-elles sur l’Iran l’effet escompté ? Puisque l’Union européenne importait jusqu’ici près de 600.000 barils quotidiens de brut iranien (notre infographie), l’impact sur l’économie iranienne sera incontestable. Mais l’essentiel des débouchés pétroliers iraniens est asiatique, et les sanctions pétrolières de Washington et Bruxelles ne sont suivies ni par la Chine ni par l’Inde (les deux plus gros importateurs), ni par la Russie, ni même la Turquie ou le Japon.

Chine et Russie n’ont jamais approuvé les sanctions additionnelles mises en place sur les deux rives de l’Atlantique. New Delhi continuera à acheter le pétrole iranien et ne se sent lié qu’aux sanctions des Nations unies. Ce même argument est avancé par Ankara : voisin et partenaire commercial historique de l’Iran, la Turquie s’est fixé un objectif ambitieux de développement du commerce bilatéral turco-iranien : 30 milliards de dollars en 2015. Enfin le Japon, secoué par le tsunami de 2011 et en grande difficulté d’approvisionnement énergétique, n’est pas en mesure de se passer des 10 % de ses importations pétrolières qui lui viennent de Téhéran.

Pour Pékin, c’est même peut-être au sein des économies déjà troublées de l’Union européenne que les sanctions contre l’Iran seront les plus ressenties. La France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce, surtout, sont de grands consommateurs de pétrole iranien.

LALLEMAND,ALAIN
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.