L’Espagnol s’en remettra-t-il ?

Suspension de Contador Six questions que l’on se pose suite au verdict du TAS

DOHA

De notre envoyé spécial

De la décision prise par le Tribunal Arbitral du Sport, il ressort beaucoup de questions, notamment liées à la longueur interminable entre le contrôle positif et la sanction. Alberto Contador s’est-il dopé ? A-t-il consommé à son insu des produits contenant du clenbutérol ? A-t-il menti ? Est-il depuis toujours un tricheur marqué par son apprentissage dans la très contestée formation Liberty Seguros du sulfureux Manolo Saiz ? Est-il au contraire le meilleur coureur du monde dans les grandes courses par étapes ? Rebondira-t-il ? Le jugement rendu par le TAS divise l’opinion.

En Espagne, n’en parlons même pas, on hurle au scandale. Ailleurs, on se range du côté de la sagesse des juges. Ou on se tait, comme la plupart des coureurs présents au Tour du Qatar qui nous firent bien comprendre que ce n’était pas leur problème. En réalité, c’est bien vrai. Comme à un oral d’examen, c’est chacun pour soi. Peut-être, aussi, la solidarité légendaire a-t-elle vécu. Dans un peloton, on ne tolère plus la triche, elle déséquilibre les forces en présence et cela, c’est une leçon, parmi d’autres, de la sanction prise lundi par le TAS.

1Quelles sont les conséquences, pour Contador, de la décision du Tribunal Arbitral du Sport ? Une amende colossale, qui doit encore être déterminée mais qui est basée sur un règlement institué : la restitution de son salaire couvrant la période de sanction, soit près de 3 millions d’euros. On ne parle pas ici des primes de victoires en sachant qu’elles sont partagées dans les équipes. On ne pourra pas retirer les sous engrangés par les coureurs d’Astana en 2010 aux équipiers qui ont œuvré dans l’ombre pendant le Tour, par exemple. Contador est aussi destitué de ses victoires conquises en 2010 et 2011. Parmi elles, un Tour et un Giro, ce n’est pas rien.

2La sanction étant rétroactive, il pourra rouler dès le mois d’août, et donc à la Vuelta. Mais son équipe Saxo Bank sera-t-elle encore dans le World Tour ? L’équipe danoise a acquis sa licence World Tour (qui autorise et qui oblige les 18 meilleures équipes du monde à participer à toutes les grandes courses. Cette licence est forcément remise en cause. Saxo Bank s’appuiera, jusqu’en août, sur Nuyens dans les classiques mais que viendra-t-elle faire au Tour ? L’UCI va-t-elle dégrader la formation danoise et en promouvoir une autre ? La question est pour l’instant sans réponse mais elle est à l’ordre du jour. En revanche, nul doute que Contador sera au départ de la Vuelta puisque celle-ci attribue des invitations à certaines formations de deuxième division.

3Moralement touché, Contador rebondira-t-il ? S’il est convaincu de ne pas avoir triché, de son innocence totale : certainement. Pendant les six prochains mois, il va s’entraîner. Le Madrilène s’était imposé au Giro, en 2008, alors qu’il n’était pas prévu au départ, son équipe Astana ayant été invitée en dernière minute. Il était sur une plage en Espagne lorsqu’il fut informé de sa participation ! On pourrait même imaginer, connaissant son orgueil, une réaction musclée sur le Tour d’Espagne qui (mais est-ce un hasard ?) comportera 11 arrivées en altitude ! Contador deviendrait aussi un sérieux client aux Mondiaux de Valkenburg dans la sélection espagnole emmenée par Valverde, lui-même de retour de suspension. L’union de ces deux revanchards pourrait faire très mal aux adversaires.

4Contador donnera une conférence de presse ce mardi à Pinto. A-t-il une possibilité de recours ? Oui, devant la Cour européenne et/ou un tribunal suisse, mais uniquement pour y attaquer une faille dans le jugement rendu par le TAS. Cette démarche est probable pour sauver la face sur le plan financier, afin de ne pas s’alléger des trois millions d’euros réclamés. Elle l’est moins sur le plan sportif : la procédure prendrait trop de temps pour l’autoriser à reprendre la compétition avant la fin de sa suspension.

5Le jugement du TAS ne s’appuie pas sur une preuve formelle de dopage. Que faut-il en penser ? S’il n’y a pas de preuve, si l’éventualité d’un dopage sanguin a été exclue, il demeure ce contrôle positif au Tour 2010. On comprend moins, toutefois, l’argumentation des suppléments nutritifs contaminés au clenbutérol avancée par le TAS car elle rejoint, c’est une curiosité du jugement, la défense grotesque utilisée par les avocats de Contador avec sa viande avariée.

6Si Contador n’avait pas incriminé une viande avariée, en serait-il arrivé là ? Sans doute pas. Il aurait certainement dû accepter son contrôle mais faire valoir son innocence en mettant en exergue la quantité infinitésimale de clenbutérol dans ses urines. D’autres sportifs pris au même produit, comme le pongiste Dimitri Ovtcharov, ont, eux, été blanchis…

carte d’identité

Alberto Contador

Né le 6 décembre 1982

à Madrid.

Nationalité espagnole.

1,76 m – 61 kg

Equipes

Once (2003)

Liberty (2004-06)

Astana (2006)

Discovery Channel (2007)

Astana (2008-10)

Saxo Bank (2011-x)

Palmarès

2 Tours de France

(2007 et 2009, 3 étapes)

1 Tour d’Italie (2008)

1 Tour d’Espagne

(2008, 2 étapes)

2 Paris-Nice

(2007 et 2010)

2 Tours du Pays Basque (2008 et 2009)

1 Semaine catalane (2005)

3 Tours de Castille et Leon (2007, 2008 et 2010)

2 Tours de l’Algarve (2009 et 2010)

1 Championnat d’Espagne contre-la-montre (2009)

LEs nouveaux classements

Le Tour de France 2010

1. Andy Schleck (Lux/Saxo Bank)

2. Denis Menchov (Rus) à 1.22

3. Samuel Sanchez (Esp) à 3.40

4. Jurgen Van Den Broeck à 6.54

5. Robert Gesink (PBs) à 9.31

Le Tour d’Italie 2011

1. Michele Scarponi (Ita/Lampre-ISD)

2. Vincenzo Nibali (Ita/Liquigas) à 0.46

3. John Gadret (Fra/AG2R La Mondiale) à 3.54

4. Joaquim Rodriguez (Esp/Katusha) à 4.55

5. Roman Kreuziger (Tch/Astana) à 5.18

rétroactes

Les grandes affaires de dopage au Tour de France

1996 : Bjarne Riis

Le Danois, vainqueur final, avouera en 2007 un dopage à l’EPO.

1998 : l’affaire Festina

Mise au jour par les services des douanes d’un système de dopage à grande échelle à l’EPO au sein de l’équipe Festina de Richard Virenque (photo). Celle-ci est mise collectivement hors-course.

2006 : l’affaire Puerto

Juste avant le départ du Tour, révélation de l’affaire Puerto, un vaste réseau de dopage par transfusion sanguine en Espagne. 9 coureurs, dont Ullrich, Sevilla, Basso sont interdits de départ. L’équipe Liberty Seguros est dissoute.

2006 : Floyd Landis

Le vainqueur du même Tour 2006 est déclassé au bout d’une très longue procédure pour un contrôle positif à la testostérone.

2007 : Michaël Rasmussen

Le maillot jaune danois Michael Rasmussen est convaincu d’avoir fraudé pour échapper à des contrôles antidopage. Il sera retiré du Tour par son équipe Rabobank.

2007 : Alexandre Vinokourov

Dans le même Tour 2007, le Kazakhe Alexandre Vinokourov se fait pincer pour une transfusion sanguine homologue et est exclu de la course.

2008 : Riccardo Ricco

Le coureur italien est contrôlé positif à l’EPO Cera, tout comme son équipier Leonardo Piepoli. Leur équipe Saunier Duval est priée de se retirer du Tour. Ricco est aujourd’hui au centre d’une autre affaire de dopage, à l’auto-transfusion, où il risque une suspension de 12 ans.

2008 : Stefan Schumacher

Vainqueur de 2 étapes et longtemps maillot jaune d’un Tour dont il est le meilleur rouleur, l’Allemand tombe par la suite pour un dopage à l’EPO Cera.

THIRION,STEPHANE
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