Le premier succès des Indignés

Roumanie Le gouvernement de centre-droit a démissionné ce lundi

FACE A FACE MUSCLÉ entre un manifestant et un policier, le 15 janvier dernier à Bucarest : le mouvement des Indignés n’entend pas relâcher sa pression... © OCTAV GANEA/ AP.

BUCAREST

DE NOTRE CORRESPONDANT

Petre jette un œil impatient sur sa montre. Ce trentenaire vient d’apprendre la chute du gouvernement et il veut quitter le bureau au plus vite pour rejoindre la place de l’Université de Bucarest, le quartier général des indignés roumains. « Ce soir, on va sûrement fêter ça avec du thé chaud », lâche-t-il. « Mais ce n’est pas une victoire totale, juste le début d’un changement qui doit toucher l’ensemble de la classe politique. »

Le Premier ministre roumain, Emil Boc, a en effet annoncé ce lundi sa démission après un mandat de trois ans. « Je ne m’accroche pas au pouvoir. Pour moi, rester en fonction quelques mois de plus jusqu’aux élections (parlementaire) de novembre prochain n’est pas si important », a-t-il notamment déclaré. C’est l’actuel chef des services de renseignements extérieurs, Mihai Razvan Ungureanu, qui le remplacera à la tête du gouvernement.

« Maintenir la pression »

Mais c’est surtout pour « détendre la situation politique et sociale » que le chef du gouvernement roumain a justifié sa décision. La relation entre le pouvoir et la population s’est en effet largement détériorée depuis le début de la crise économique. Les mesures d’austérité imposées depuis deux ans ont rarement fait l’objet de débats publics alors que l’opposition n’a pas su offrir d’alternative satisfaisante.

C’est dans ce contexte que des manifestations ont éclaté un peu partout dans tout le pays à la mi-janvier dénonçant la manière autoritaire de gouverner du président Traian Basescu et la corruption dans l’ensemble du système politique. « Les gens sont sortis dans la rue pour demander plus de démocratie. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement de substance de la classe politique et la démission du Premier ministre ne constitue qu’une première étape », explique Remus Cernea, l’un des leaders du mouvement. Car même si le grand froid qui touche le pays depuis dix jours a découragé de nombreux Bucarestois à sortir dans les rues, quelques centaines d’irrésistibles continuent de se rassembler tous les soirs sur la place de l’Université. « Nous allons maintenir la pression. Nous demandons la démission du président Basescu, car c’est lui qui mène le jeu », ajoute Petre.

Cette démission arrive toutefois dans un contexte économique délicat pour la Roumanie. Bucarest a en effet contracté un emprunt de 20 milliards d’euros en 2009 auprès de plusieurs institutions financières internationales dont le FMI. Et la main de fer avec laquelle Emil Boc a mené les réformes économiques ces derniers mois a porté ses fruits. La croissance roumaine pourrait atteindre les 2,5 % en 2011.

« La Roumanie est mieux armée aujourd’hui pour affronter la tempête financière que d’autres pays de l’UE, a estimé, encourageant, Jeffrey Franks, le chef de la mission du FMI à Bucarest. Mais il est essentiel de maintenir le cap des réformes. »

JONAS MERCIER
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