Le patron belge d’Eternit condamné

Justice Le tribunal de Turin inflige 16 ans de prison aux managers d’Eternit-Italie

Les familles des victimes obtiennent, chacune, entre 30.000 et 50.000 euros. Soit une indemnisation globale de l’ordre de 95 millions d’euros. © GIUSEPPE CACACE/AFP.

Seize ans de prison et au moins 95 millions d’euros d’indemnités à verser aux milliers de familles de victimes. C’est la peine qu’a infligée, lundi, le tribunal de Turin, dans le nord de l’Italie, aux ex-patrons du producteur d’amiante Eternit-Italie, le baron belge Louis de Cartier de Marchienne, 90 ans, et le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 65 ans.

Les avocats du baron ont d’emblée annoncé qu’ils interjetaient appel.

Le méga-procès italien de l’amiante se solde par une condamnation cinglante, au terme de cinq années d’enquête et de 65 audiences, ces deux dernières années : le baron belge et le milliardaire suisse ont été reconnus responsables, lundi, de la mort de 1.830 personnes, auxquelles s’ajoutent 1.027 parties lésées, généralement des proches des ouvriers ou de simples habitants de deux des quatre localités contaminées (Casale Monferrato et Cavagnolo, dans le Piémont ; les faits de Bagnoli, près de Naples, et de Rubiera, en Emilie-Romagne, étant prescrits), là où l’entreprise exploitait ses usines de produits en asbeste-ciment. Un « matériau-miracle », résistant au feu, dont les fibres en suspension se sont révélé être un poison mortel, responsable de cancers de la plèvre, de cancers des poumons, d’asbestoses…

Plus de 6.000 parties civiles

Comme au procès civil de Bruxelles, qui a condamné Eternit le 28 novembre dernier, la Justice pénale italienne relève que le lien de causalité entre l’amiante et certains cancers était établi depuis 1955 et de notoriété publique dès 1965, mais que les gestionnaires de l’entreprise, entre 1970 et 1986, n’ont pas pris les mesures de précaution indispensables.

Sur les 6.392 parties civiles qui s’étaient associées à la cause, entre 2009 et 2011, un peu plus de 4.500 obtiennent finalement réparation. Chaque famille de victime se voit accorder entre 30.000 et 50.000 euros. La commune de Casale Monferrato obtient 25 millions. La région du Piémont, 20 millions. La Sécurité sociale italienne, 15 millions. La commune de Cavagnolo, 4 millions. Une série de syndicats et d’associations médicales ou environnementales, notamment le WWF, bénéficient également de dédommagements (70.000 à 100.000 euros).

Stephan Schmidheiny, important actionnaire d’Eternit-Italie, de 1976 à 1986, et le baron Cartier, actionnaire et administrateur d’Eternit-Italie, au début des années 1970, ont été jugés responsables d’une « catastrophe sanitaire et environnementale permanente », au mépris des règles de la sécurité au travail.

« Cette sentence donne à tous, en Italie mais aussi dans le monde entier, le droit de rêver que la justice peut et doit être faite », a commenté, mardi, le procureur, Raffaele Guariniello, qui avait réclamé 20 ans de prison pour chacun des deux responsables.

Les avocats de Stephan Schmidheiny et Louis de Cartier de Marchienne avaient plaidé, pendant le procès, que les deux hommes n’avaient pas de responsabilité directe dans la gestion d’Eternit-Italie. Ils ont rappelé que la société avait fait faillite en 1986, six ans avant l’interdiction de l’amiante en Italie.

La condamnation est « techniquement injuste », estime Guido Alleva, avocat de Stephan Schmidheiny : « Il est absurde, dit-il, de penser à une responsabilité intentionnelle » de son client.

A travers le baron Cartier, l’affaire éclabousse la quatrième plus grande fortune de Belgique, la famille Emsens. Elle a fondé Eternit en 1905, et se trouve aujourd’hui à la tête du premier groupe mondial d’extraction de sable et de minéraux, SCR-Sibelco. Le patrimoine global de la famille était évalué, l’an dernier, à près de 2 milliards d’euros.

RICARDO GUTIERREZ (avec AFP)
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.