Scandale chez les donneurs de leçons

Union européenne Le président allemand, Christian Wulff, a démissionné

LE SCANDALE touche l’Allemagne à la tête : Angela Merkel sera-t-elle contrainte de baisser le ton dans ses prêches sur la rigueur et la discipline ? © AP.

Analyse

Nul n’est à l’abri ! La démission du président allemand, Christian Wulff, devrait inciter à la méditation tous ceux qui, aujourd’hui en Europe, donnent des leçons de bonne gouvernance à tout vent, et à la Grèce en particulier. Les Allemands ne sont pas les seuls prêcheurs du genre. Depuis quelque temps, le groupe des « Triple A » – avec en outre la Finlande, les Pays-Bas et le Luxembourg – professe la vertu au reste de la zone euro. Un Nord pur face à un Sud dévoyé : on n’est pas loin de la plus sinistre caricature.

Mais restons sur l’Allemagne, et sur la Grèce. Celle-ci est, on le sait, montrée du doigt pour ses pratiques de corruption. Rappelons à cet égard que le plus grand scandale de corruption à avoir ébranlé Athènes, ces dernières années, concernait Siemens. Les petites combines du géant allemand auraient coûté aux contribuables grecs au moins 2 milliards d’euros. Quelques années plus tôt, les entreprises allemandes HDW et Ferrostaal avaient été mêlées à un autre méga-scandale de corruption, portant cette fois sur l’achat de sous-marins.

Mais il n’y a pas, heureusement, pas que les scandales ! Il est aussi reproché à la Grèce d’avoir vécu au-dessus de ses moyens, à crédit. Où a-t-elle cependant fait son shopping ? Se souvient-on, par exemple, de la construction du nouvel aéroport d’Athènes, pour un budget de 2,25 milliards d’euros ? Le consortium qui a piloté les travaux était mené par la société allemande Hochtief Aktiengesellshaft. L’Allemagne exporte sans états d’âme : ses ventes vers les actuels pays de la zone euro ont augmenté de 6,5 % entre 1999 et 2003, et de 9 % entre 2004 et 2007.

Il ne s’agit pas d’instruire le procès de l’Allemagne. Mais de rappeler des faits, qui invitent eux-mêmes à la modestie. Qui a donné un premier coup de canif, en 2003, au Pacte de stabilité européen ? Mario Monti, le chef du gouvernement italien, le rappelait mercredi devant le Parlement européen : « Deux Etats centraux, la France et l’Allemagne, ont été à l’origine de la crise du Pacte de stabilité et de croissance et de sa crédibilité limitée. (…) Ces deux pays ont préféré exercer leur influence politique sur les autres Etats membres afin de rompre ce mécanisme de respect et d’application des règles. (…) Il nous a fallu huit ans, pénibles, pour reconstruire à grand-peine une crédibilité au Pacte de stabilité et de croissance… »

La Grèce a maquillé certaines de ses données nationales, c’est établi. Qui a toutefois rejeté la proposition faite par la Commission Barroso I d’autoriser Eurostat à vérifier les comptes nationaux ? La Grèce avait accepté. C’est l’Allemagne qui a refusé.

Plus récemment, qui a freiné des quatre fers, début 2010, alors qu’une action rapide et résolue sur la dette grecque aurait épargné à toute l’Europe les affres de la crise actuelle ? Qui entretient un excédent commercial insolent ? L’eurodéputé Ecolo Philippe Lamberts le soulignait cette semaine : « L’Organisation internationale du travail a tout récemment pointé que c’est la politique d’hypermodération salariale allemande qui explique une grande partie des maux que connaît l’UE aujourd’hui ». Mardi, dans son rapport sur les déséquilibres macroéconomiques, la Commission européenne a, par petit calcul, feint d’ignorer ce qu’elle dénonce régulièrement à bas bruit… Qui s’obstine à pratiquer le protectionnisme sur le marché des services ? L’Allemagne !

Bref, nous n’avons pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Vendredi, le rédacteur en chef du quotidien grec Kathimerini rappelait dans le International Herald Tribune que l’Allemagne n’avait pas été humiliée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et il lançait cet appel : « N’humiliez pas les Grecs ! »

LABAKI,MAROUN
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