Questions sur parties fines

France La garde à vue de l’ex-boss du FMI prolongée de 24 heures

Arrivée très attendue de DSK à Lille où il s’est vu signifier son placement en garde à vue pour « complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée » et « abus de biens sociaux ». © AFP.

PARIS

De notre envoyée permanente

Des locaux spartiates, au sein d’une caserne de gendarmerie récemment rénovée, au centre de Lille. Avec quatre bureaux d’audition et trois cellules de moins de trois mètres sur trois, équipées d’un couchage et d’une salle d’eau. Ce n’est pas la prison de Rikers Island, à New York, non, mais Dominique Strauss-Kahn, moins d’un an après l’affaire de Manhattan, n’en renoue pas moins avec la garde à vue. Après les dossiers Nafissatou Diallo et Tristane Banon, c’est celui du Carlton que doit à présent affronter l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Voilà des mois que DSK suppliait les enquêteurs de livrer enfin sa version dans cette affaire où se mêlent parties fines, proxénétisme et soupçons de corruption. Huit personnes ont déjà été mises en examen, parmi lesquelles un avocat et un haut responsable de la police du Nord.

Possible mise en examen

Dès son arrivée mardi matin, Dominique Strauss-Kahn s’est vu signifier son placement en garde à vue pour « complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée » et « abus de biens sociaux ». L’audition, en présence de son avocat, peut théoriquement durer jusqu’à quatre jours. Mais de source policière, on indique que l’interrogatoire devrait normalement s’achever dans un délai de 48 heures. A l’issue de sa garde à vue, qui a été prolongée de 24 heures ce mardi soir, l’ancien patron du FMI pourrait être libéré ou déféré devant un juge d’instruction et mis en examen.

Strauss-Kahn ne s’est jamais rendu à l’hôtel Carlton de Lille, fait valoir sa défense, pour qui l’implication de l’ancien favori de l’élection présidentielle ne relève que de l’amalgame. DSK ne nie pas avoir participé à des parties fines organisées par son ami Fabrice Paszkowski, patron d’une entreprise médicale à Lens, et David Roquet, directeur d’une filiale de la société de travaux publics Eiffage. De nombreux SMS échangés évoquent d’ailleurs explicitement ces rendez-vous avec des « copines ». Ces fêtes libertines étaient organisées dans des hôtels de Paris ou de Washington. Un voyage aux Etats-Unis venait d’ailleurs d’avoir lieu lorsque Dominique Strauss-Kahn avait été interpellé à l’aéroport JFK de New York le 14 mai dernier.

Dominique Strauss-Kahn assure qu’il ignorait que les filles étaient payées, a fortiori sur les notes de frais d’une entreprise, et jure qu’il ne les a pas lui-même rémunérées. « Quand on n’est pas forcément habillé, je vous défie de distinguer une prostituée nue d’une femme du monde nue » avait expliqué il y a deux mois l’un de ses défenseurs, l’ancien président de la ligue des droits de l’homme, Me Henri Leclerc.

Au cours de sa garde à vue, Dominique Strauss-Kahn devra aussi répondre des soupçons de rapports sexuels violents qu’il aurait entretenus. Mounia, 38 ans, l’une des prostituées qui faisaient partie du réseau de Lille, affirme avoir été malmenée même si elle parle de rapports consentis. Mais une autre pro du sexe ne fait en revanche état d’aucune violence.

En pleine campagne présidentielle, la classe politique n’a pratiquement pas réagi à la garde à vue de celui qui, il y a un an encore, semblait avoir toutes les chances de succéder à Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Tout juste si Sébastien Huyghe, élu du Nord et secrétaire général de l’UMP, appelle François Hollande à se prononcer sur ces affaires de « fric et de sexe ». Comme si ni la droite ni la gauche ne voulaient tirer argument de ce qui apparaît davantage comme un fait divers glauque que comme une affaire de corruption.

L’événement a cependant fait l’objet de papiers sur le site français du « Huffington Post », lancé il y a quelques semaines et dirigé par l’épouse de DSK, Anne Sinclair. Le site renvoie aux meilleurs articles du web sur le dossier et décrypte les enjeux de cette garde à vue.

MESKENS,JOELLE
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