DSK, libre mais pas quitte

France Il devrait être inculpé, le 28 mars, dans l’affaire du Carlton

Dominique Strauss-Kahn à sa sortie de la gendarmerie lilloise où il a été longuement entendu par les enquêteurs. Il sera de retour, fin mars, dans la métropole nordiste, pour être mis en examen par les magistrats qui instruisent le dossier. © afp.

Escortée par deux motards, la limousine a quitté en trombe la gendarmerie avant de s’engouffrer, à contre-sens, sur le boulevard pour se fondre aussi vite dans le trafic : mercredi soir, Dominique Strauss-Kahn ne s’est pas attardé à Lille où, placé en garde à vue, il aura été entendu pendant près de 32 heures par les enquêteurs de la Direction interrégionale de police judiciaire (DIPJ) dans le cadre de l’enquête dite « du Carlton », un réseau de prostitution opérant dans des hôtels à Lille et Paris.

Il est ressorti libre, aux alentours de 18 h 30. Libre mais pas quitte du tout : DSK, a-t-on appris plus tard dans la soirée, est convoqué le 28 mars pour être mis en examen par les juges d’instruction lillois chargés de l’affaire. Il devrait être inculpé, selon une source judiciaire, pour « complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée » et « recel d’abus de biens sociaux » : des infractions punies d’une peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle pour la première, de cinq ans d’emprisonnement pour la seconde.

Durant cette longue garde à vue, les policiers ont cherché à éclaircir les conditions dans lesquelles Dominique Strauss-Kahn aurait rencontré des prostituées à Paris mais également à Washington en 2010 et 2011. Selon des sources proches de l’enquête, plusieurs d’entre elles ont affirmé aux enquêteurs avoir eu des relations sexuelles avec lui à l’hôtel Murano, non loin du domicile personnel de l’ex-ministre, mais également dans un restaurant chic du XVIe arrondissement ainsi qu’à Washington.

Les enquêteurs cherchaient notamment à savoir si DSK savait que les femmes qui prenaient part à ces soirées libertines étaient des prostituées. Certains protagonistes ont soutenu qu’il l’ignorait mais certains éléments inclineraient les enquêteurs à penser le contraire : des SMS sembleraient attester qu’il connaissait la qualité d’escort-girl d’une de ses partenaires. Selon une source proche de l’enquête, DSK a soutenu en garde à vue qu’il ne pouvait imaginer que ces jeunes femmes puissent être des prostituées car certaines « lui avaient été présentées par des responsables policiers ».

Il a d’ailleurs été interrogé, à ce propos, par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur ses liens avec le commissaire Jean-Christophe Lagarde : l’ex-« numéro 3 » de la police nordiste, qui figure au nombre des inculpés dans ce dossier. Lagarde aurait participé avec DSK à des parties fines où il aurait accompagné des prostituées.

Ces femmes auraient été rémunérées par Fabrice Paszkowski – gérant d’une entreprise de matériel médical de Lens et membre d’un club de réflexion strauss-kahnien intitulé « A gauche en Europe » – et David Roquet, un ancien dirigeant d’une filiale du groupe Eiffage. Ces deux hommes ont déjà été mis en examen (inculpés) sous les mêmes préventions que celles qui devraient être signifiées à l’ancien patron du FMI, le 28 mars prochain. Ecroués, ils ont été placés récemment sous contrôle judiciaire.

Sans doute les enquêteurs ont-ils également interrogé DSK sur les éventuelles contreparties à ces soirées galantes. Selon leurs avocats, Fabrice Paszkowski et David Roquet ont nié que ces parties fines aient jamais été organisées à cette fin.

Huit personnes ont déjà été mises en examen dans le cadre de cette affaire, parmi lesquelles Christophe Lagarde, Fabrice Paszkowski, David Roquet et trois responsables du Carlton de Lille. En attendant DSK.

ASSOCIATED PRESS,AFP
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