Ecolo change de têtes : Hoyos & Deleuze à la barre

© Sylvain Piraux.

On avait prédit que deux tours seraient nécessaires pour départager les candidats ; il les a fallu, ces deux tours.

L’on avait aussi annoncé des résultats bien plus serrés qu’imaginé de prime abord. Ils ont été serrés.

Comme pressenti, Emily Hoyos et Olivier Deleuze ont été élus à la coprésidence des verts, dimanche soir.

Mais sans confort. « Ce n’est pas stalinien », admettra un militant.

Jusqu’au bout, leurs partisans auront eu chaud, en tout état de cause.

L’élection se déroulait à Louvain-la-Neuve – à huis clos. L’assemblée générale des militants a d’abord entendu un « rapport moral » des présidents sortants avant que les candidats défendent leur projet.

Le premier vote est intervenu vers 17 h 30. Sur les 1.249 votants, l’équipe Deleuze/Hoyos a en convaincu 47 %. L’équipe constituée de Muriel Gerkens et Benoît Hellings a récolté 38 % des suffrages. Alors que Bernard Wesphael et Marie Corman en réunissaient 15 %.

Ce sont les statuts : personne n’ayant franchi la barre des 50 %, un 2e tour de scrutin devait donc être organisé et opposer les deux meilleurs scores du 1er tour.

A ce 2e tour, Hoyos et Deleuze ont réuni 677 voix (55,3 %) prenant ainsi le meilleur sur Gerkens/Hellings et leurs 541 voix (44,2 %).

Isabelle Durant, ancienne secrétaire fédérale, a salué ce vote. « Je suis contente du choix de l’AG. Elle a choisi des gens expérimentés, capable d’entrer du jour au lendemain dans la fonction. »

Muriel Gerkens, évidemment déçue, ne regrette pas sa candidature. « Elle a permis d’éviter que le débat se réduise à un choc entre deux candidatures trop polarisées (celles de Deleuze/Hoyos d’un côté, celle de Wesphael/Corman de l’autre, NDLR). Je suis fière de notre résultat. Et il n’y a pas de logique de tendances. On va pouvoir travailler ensemble. »

Peu avant les votes, les militants pouvaient monter à la tribune soutenir ou interpeller les candidats. Le ministre Jean-Marc Nollet, partisan du duo Deleuze/Hoyos, est venu dire qu’il n’y aurait pas eu la loi de sortie du nucléaire sans le premier et que le parlement wallon ne se serait pas modernisé si vite sans la seconde. Un partisan du couple Gerkens/Hellings est spécialement venu plaider la cause d’Hellings. « Il n’est pas connu ? En 2003, qui connaissant Javaux ? »

Avant les débats, Jean-Michel Javaux (coprésident de 2003 à 2012), Isabelle Durant (coprésidente de 2004 à 2009) et Sarah Turine (coprésidente de 2009 à 2012) ont présenté un (long) bilan de leur action.

Ce « rapport moral » des sortants a notamment été marqué par l’intervention, qualifiée de « poignante » par certains, de Sarah Turine, qui a livré un rapport « sincère et lucide » sur sa peu convaincante coprésidence. « On m’avait dit : ce seront deux années sans élection… » Sous-entendu : tu pourras te préparer, te former. On sait la suite : quelques mois après son installation aux côtés de Javaux, le pays allait vivre le cauchemar que l’on sait.

Les coprésidents ont rappelé avoir pris la barre du parti après le désastreux scrutin 2003, alors que « certains observateurs ou vautours prédisaient la fin d’Ecolo ». Ils ont fait l’inventaire des mesures prises pour démentir ce pronostic morbide – notamment : professionnalisation du parti, de ses structures internes. Ici, Durant a appelé les écologistes de base à ne pas craindre la professionnalisation d’Ecolo – « Elle est au service des militants, des régionales. »

Sur le plan politique, les « sortants » mettent à leur crédit d’avoir « conforté une idée qui, voici 5 ans, était tout sauf admise et partagée : l’écologie est l’avenir de l’économie. » Ou le fait d’avoir doublé le nombre de membres entre 2003 et 2011 (on serait actuellement à 6.000 membres).

Les régionales de 2009 seront saluées comme une « victoire historique », aboutissant à l’élaboration des accords de majorité (à la Région wallonne, à Bruxelles et à la Communauté française) « les plus progressistes que notre pays ait connus depuis 30 ans ».

Les scores obtenus aux fédérales de 2010 sont jugés comme « décevants », sans que les ex-présidents expliquent réellement ce repli. Tout au plus sera-t-il dit que le scrutin de 2010 a été anticipé et que les esprits étaient tournés « institutionnel », terrain sur lequel les verts ne font pas naturellement leur gras.

On retiendra cet appel final, solennel, à préserver la paix dans la chaumière écologiste : « Nous souhaitons plaider pour que le parti – que nous nous sommes appliqués à apaiser et renforcer au cours de ces dernières années – continue à produire un consensus le plus large possible, autour des propositions qu’il porte. »

Dans un registre plus pratique, on retiendra que Stéphane Hazée, suppléant d’Hoyos, siégera au parlement wallon (lire ci-dessous). Il abandonnera ses fonctions de conseiller politique mais gardera un œil sur le suivi de l’accord institutionnel, auquel il a participé de près.

Ses fonctions au parti seront reprises par Ronny Balcaen, qui occupera ce poste tout en conservant son siège de député fédéral.

PIERRE BOUILLON
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