Kruismans prend la direction du « Soir »

© Roger Milutin.

Un jour, j’en ai eu assez, arrivé à Grand-Bigard en venant d’Alost, de prendre le ring à gauche vers Anvers et j’ai décidé de le prendre à droite vers Charleroi et Mons. » C’était en 2009. Trois ans plus tard, Bert Kruismans, star en Flandre depuis son triomphe à l’émission De slimste mens, s’est totalement intégré au paysage francophone. Chroniqueur le lundi matin sur La Première, il va fêter en fanfare, le 17 mars, la 100e de son spectacle en français au Cirque royal. A cette occasion, l’humoriste flamand le plus (le seul) connu des francophones a, mardi, pris d’assaut les pages culturelles du Soir.

Pourquoi avoir tenté, voici trois ans, de relever ce pari fou de proposer un spectacle aux francophones alors que vous n’en aviez absolument pas besoin ?

C’est vrai, grâce à la télé, je faisais déjà partie des BV (bekende Vlamingen) et ma carrière n’avait pas besoin de cela. Certains ont dit que c’était pour l’argent ! Comme si les Flamands allaient subventionner un artiste qui va en Wallonie, ou le contraire. D’autres m’ont considéré comme un traître parce qu’ils pensaient que j’allais endosser le rôle du ’Flamand de service’ dont on se sert pour se moquer des Flamands. En fait, cela faisait plus de 10 ans que je tournais en Flandre et aux Pays-Bas alors que j’habitais à 20 km d’une culture dont je ne connaissais rien. Je me suis dit pourquoi pas. Et, un jour, je me suis lancé au Festival de Rochefort où ils n’avaient plus vu un Flamand sur scène depuis Marc Herman. Cela a plutôt bien marché puisqu’on en est à la centième. Il faut dire que j’ai plutôt été aidé par l’actualité…

Vous parliez du « Flamand de service » mais est-ce que vous n’êtes pas parfois l’alibi flamand des médias francophones parce que vous avez un discours que les francophones aiment entendre sur le communautaire ?

Je ne sais pas, c’est possible, il faut leur demander. Ce que je crois, c’est que les médias francophones connaissent encore assez mal la Flandre. On ne peut pas comprendre ce pays si l’on ne comprend pas au moins passivement ses deux langues. Je pense simplement que je fais, pour les francophones, partie d’une ’minorité’ comme le serait une femme humoriste ou un humoriste marocain et qu’il n’y a pas beaucoup de non-politiques qui acceptent de venir parler politique dans les médias. Donc, on tombe toujours sur les mêmes. Tom Boonen est très connu en Wallonie mais on ne va pas lui demander son avis sur la loi de financement.

Votre prochain défi, c’est de sortir de ce rôle « politique » ?

En néerlandais, j’ai fait des spectacles sur le stress, la crise, des choses qui n’avaient rien à voir avec nos problèmes linguistiques. C’est vrai que mon prochain spectacle, dont la première est prévue en février 2013, je voudrais le donner alternativement dans les deux langues. Il s’appellera Vaderland en néerlandais et La bertitude des choses en français. Je voudrais que ce ne soit plus le “ spectacle du Flamand ” sur la Belgique et les problèmes entre Wallons et Flamands mais un spectacle de Bert Kruismans. Je ne parle pas que de politique, même dans mes Café serré sur La Première mais le fait est que, lorsque l’on fait de l’humour, on est fatalement plus sensible à la langue que si l’on fait de la musique.

Vous dites souvent rêver d’un JT bilingue. Un rêve irréalisable ?

Mais parce que personne n’en veut ! Quand j’étais enfant, on regardait les films de Louis de Funès, les émissions de Jacques Martin. Cela a toujours été dans un seul sens : ce qui était commun entre Flamands et francophones était en français. Les subsides culturels viennent des Régions. Elles ne veulent pas financer ce qui est bilingue. Les télés locales de Courtrai, Tournai et Lille le font. Pourquoi Télé Bruxelles et TV Brussel ne font-elles pas qu’une ? Il n’y a pas de volonté politique : s’il y avait des médias bilingues, ne serait-ce que des JT, les politiques seraient obligés de dire la même chose à tous les Belges. Ils ne le veulent pas ! Les soirs d’élections, au boulevard Reyers, les politiques flamands tournent à gauche dans le couloir de la VRT et les francophones à droite pour aller à la RTBF sans jamais discuter ensemble.

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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