La mort de l’écrivain et académicien Félicien Marceau

Félicien Marceau, avant de devenir le doyen de l’Académie française où il avait été élu en 1975 et de mourir à 98 ans, était belge et s’appelait Louis Carette, né à Kortenberg en 1913. Il avait aussi eu une vie avant de se lancer dans la littérature, puisqu’il était entré en 1936 à l’INR, la radio nationale, pour n’en démissionner qu’en 1942. Trop tard pour échapper à l’accusation de collaboration avec les Allemands, ce qui le poussa à quitter la Belgique et, après un détour par l’Italie, à prendre la nationalité française.

Bien lui en a pris puisque le monde littéraire parisien lui a fait fête. Prix Interallié en 1955 pour Les élans du cœur, Goncourt 1969 avec Creezy, il a publié une quinzaine de romans, auxquels il faut ajouter des recueils de nouvelles ainsi que des essais qui ont fait date sur Balzac et Casanova. Il a dû cependant son plus grand succès au théâtre, grâce en particulier à L’œuf, monté en 1956.

Son écriture est d’une rare élégance, vive, lumineuse, elle court par-dessus le monde qu’elle effleure, comme si rien n’y avait d’importance relative.

Marceau saisit les moments de grâce pour ce qu’ils sont, des tableaux éphémères en équilibre instable qu’il ne sert à rien d’encadrer puisqu’ils disparaîtront bientôt. Proche de Michel Déon en littérature comme en amitié, il avait entretenu avec lui une correspondance suivie qui a fait l’objet, l’an dernier, d’une publication : De Marceau à Déon, de Michel à Félicien (Gallimard). Presque en même temps, les Editions de Fallois remettaient Félicien Marceau à l’honneur en exhumant un de ses premiers romans, Cadavre exquis, publié pendant la guerre en Belgique sous son véritable nom. Les pacifiques a suivi chez le même éditeur il y a moins de deux mois. Un inédit, celui-là, écrit en 1943 et où il évoque le début de la Seconde Guerre mondiale.

Félicien Marceau a lui-même raconté une partie de sa vie, en particulier celle qui l’a conduit à changer de pays, dans Les années courtes (1968).

PIERRE MAURY
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