Duchaussoy s’en va discrètement

A notre collègue Fabienne Bradfer, qui l’interrogeait en 2000 sur sa passion de comédien, Michel Duchaussoy, décédé dans la nuit de lundi à mardi à la suite d’un arrêt cardiaque, déclarait : « Je suis sans doute devenu comédien par timidité, mais aussi pour vivre d’autres histoires que la réalité qui était la mienne, dans la banlieue de Lille, celle de mon enfance. Je rêvais d’être aviateur, explorateur, Errol Flynn dans Robin des bois. » Duchaussoy, qui fut sociétaire de la Comédie-Française entre 1967 et 1984, a toute sa vie valsé des planches au cinéma. Dès les années soixante, on le voit devant la caméra d’Alain Jessua (Jeu de massacre), Michel Deville, et surtout Claude Chabrol, avec qui il tournera neuf films, dont Que la bête meure. On le voit plus tard chez Robert (Le retour du grand blond), Corneau (Fort Saganne), Tavernier (La Vie et rien d’autre), Malle (Milou en mai), Richet (les deux films sur Mesrine) ou Laurent Tirard, pour qui il venait de passer la tunique gauloise d’Abraracourcix, dans le prochain Astérix (sortie en octobre).

Duchaussoy donna souvent le meilleur de lui au théâtre, chez Racine (Phèdre, dans une mise en scène de Chéreau), Shaw (Pygmalion) ou dans des adaptations de Dostoïevski. La palette était large, chez cet homme élégant et parfois sombre, qui fut la voix française de Brando dans Le Parrain. « Je n’ai jamais été bien défini, reconnaissait-il en évoquant ses années de Comédie-Française. Je n’étais ni jeune premier ni valet de comédie. Mes interprétations allaient du laquais ridicule au prince Michkine selon l’humeur des metteurs en scène qui passaient dans la maison. »

Duchaussoy disait encore : « On naît vedette. Et je sais que je n’en serai jamais une. Mais je veux rester un bon comédien. » Dont acte. Salut l’artiste !

NICOLAS CROUSSE
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