Allemagne Un président « imprévisible » et une fonction surtout honorifique…

Le très populaire Joachim Gauck : du pasteur est-allemand dissident à la présidence de l’Etat. © Sebastian Kahnert/AFP.

DE NOTRE CORRESPONDANT A BERLIN

Depuis ce matin, le président plébiscité par les Allemands est enfin installé au Château de Bellevue. Joachim Gauck a été élu hier par l’Assemblée fédérale président de la République.

Ce n’était pas la première fois que l’ancien pasteur d’Allemagne de l’Est se présentait à ce poste. Il y a un an et demi, il avait déjà été le candidat de la gauche pour cette fonction très honorifique de chef de l’Etat. Malgré sa grande popularité, Merkel n’en avait pas voulu pour des raisons tactiques. Joachim Gauck était pourtant l’homme du consensus, plébiscité par l’ensemble de la presse et par le peuple.

Selon les sondages, les Allemands l’auraient élu à 54 % au suffrage direct. « C’est le meilleur président », avait titré l’hebdomadaire Der Spiegel. Joachim Gauck, qui succède à un ancien président du FMI et à un conservateur adepte des privilèges et du glamour, dispose d’un avantage sur ses prédécesseurs : l’éloquence et l’art du discours.

La chancelière apprécie l’indépendance de cet homme sans appartenance politique. Gauck a toujours refusé de prendre la carte d’un parti et de devenir maire de Rostock, sa ville natale. Comme la chancelière, il est protestant (Merkel est elle-même fille de pasteur), il vient de l’Est et il a les mêmes racines politiques : la révolution pacifique de 1989.

Mais Merkel voulait à l’époque un président purement conservateur… qui a démissionné vingt mois après le début de son mandat, épuisé par des affaires de corruption non élucidées.

Joachim Gauck s’étonne encore aujourd’hui d’être un candidat soutenu par des sociaux-démocrates et des écologistes. « Je m’étais imaginé que ma nomination viendrait d’abord des rangs des conservateurs », dit-il.

En effet, Gauck n’a rien d’un social-démocrate. Il se situerait plutôt à droite sur l’échiquier comme l’a montré sa position ambiguë sur le mouvement « Occupy ». Gauck a qualifié ce mouvement de « stupide » tout en défendant le militantisme. « J’apprécie ceux qui protestent parce qu’ils ne restent pas résignés dans leur fauteuil », avait-il dit.

Soutenu par tous les partis, gauche radicale exceptée, Joachim Gauck était donc la solution idéale pour remplacer rapidement Christian Wulff. Il ne sera pas pour autant un président commode, ni pour Merkel ni pour les autres. C’est un homme imprévisible qui promet de déclencher quelques polémiques. « Il faut s’attendre à quelques irritations », estime le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Il a critiqué Merkel

Il déteste le politiquement correct. Ses déclarations sur Thilo Sarrazin, auteur d’un pamphlet xénophobe, ont fait couler beaucoup d’encre. Sur la place de l’islam, il ne partage pas les idées populistes de ce social-démocrate. Mais Gauck a salué le « courage » de Sarrazin pour avoir mis sur la place publique des sujets que la classe politique ignore.

L’année dernière, il avait critiqué publiquement Merkel lorsque celle-ci avait décidé « pour des raisons purement politiques » l’abandon définitif du nucléaire en Allemagne après la catastrophe de Fukushima.

A la tête des archives de la Stasi pendant dix ans, il s’était montré intraitable. Helmut Kohl, qui lui avait confié l’administration des dossiers de la police politique est-allemande, n’avait pas obtenu ce qu’il voulait : un accès restreint aux archives les plus sensibles. Son obstination lui avait conféré une grande popularité.

CHRISTOPHE BOURDOISEAU
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