James Cameron, à onze kilomètres sous la mer

Seul à 11 kilomètres sous la surface de l’eau Le cinéaste James Cameron est devenu le premier homme à descendre seul à moins 10.898 mètres, dans la fosse des Mariannes, dans l’océan Pacifique, à 320 km au sud-ouest de l’île de Guam, au lieu-dit « Challenger Deep ». Au même endroit, Jacques Piccard et Don Walsh avaient atteint, le 23 janvier 1960, la profondeur de moins 10.916 mètres, à bord du Trieste. © AFP PHOTO.

C’est un endroit très lunaire, très désert, très isolé. J’ai eu l’impression de passer d’une planète à une autre et de revenir en l’espace d’une journée ». Ce sont les premiers mots de James Cameron après être revenu d’un voyage exceptionnel… onze kilomètres sous le niveau de la mer.

Le réalisateur des films « Titanic », « Avatar », mais surtout « Abyss », dont l’action se déroule quasi exclusivement sous l’eau, dans la fosse des Caïmans, à 7.700 mètres de profondeurs et où les personnages entrent en contact avec une intelligence extraterrestre, a sans doute réalisé un rêve en étant, lundi matin, à 0 h 52 (heure belge), le premier homme à toucher seul le fond de la mer terrestre. Ce fond, c’est celui de la Fosse des Mariannes, sorte de longue cicatrice de 2.550 km de long dans l’océan Pacifique. Elle s’étale sur 120 fois la largeur du Grand Canyon et atteint les 11,2 km de fond au point Challenger Deep, là où Cameroun a « touché », dans une obscurité permanente et absolue. Après une remontée plus rapide que prévu, en 70 minutes, le mini-sous-marin du réalisateur, le Deepsea challenger, sorte de torpille verticale, a refait surface vers 5 heures à 500 km au sud-ouest de l’île de Guam.

Trois heures au fond

A-t-il vraiment battu le record précédent de plongée du lieutenant de la Navy américaine Don Walsh et de l’océanographe suisse Jacques Piccard, qui avait, ensemble, atteint moins 10.916 mètres au même endroit, le 23 janvier 1960, à bord du bathyscaphe militaire américain Trieste ?

Certes, Cameroun s’est arrêté quasi 20 mètres « plus haut », à 10.898 mètres. Mais il était le premier à le faire entièrement seul et est resté au fond pendant environ trois heures, bien qu’il ait prévu à l’origine d’y passer six heures, selon son équipe. Les pionniers n’y étaient restés que 20 minutes et leur vue avait été largement obscurcie… par la poussière de sable qu’ils avaient eux-mêmes soulevée. D’un autre côté, la technologie actuelle et des dizaines d’explorations sous-marines non habitées ont offert à Cameron un niveau de sécurité dont étaient loin de bénéficier les explorateurs de 1960.

Le public jugera. En tout cas, Cameron a collecté des échantillons à des fins de recherche en biologie marine, microbiologie, astrobiologie, géologie marine et géophysique. Le cinéaste n’a pas oublié son métier puisqu’il a également effectué des prises de vue en 3D qui serviront à illustrer un documentaire destiné au cinéma, puis à la télévision.

Une pression supérieure à 1.000 atmosphères

La descente a pris deux heures et 36 minutes, mais la remontée « a été plus rapide que les 70 minutes prévues », sans doute à cause d’un problème hydraulique qu’a connu l’engin explorateur.

Cameron, âgé de 57 ans, affiche 72 plongées à son actif dont 12 pour tourner « Titanic ». Son mini-sous-marin de huit mètres de long, le Deepsea Challenger, a nécessité huit années de recherches, est équipé de technologies très élaborées et est capable de résister à des pressions énormes.

Il offre un cockpit aussi « étroit qu’une capsule Apollo », selon le National Geographic, qui finance l’expédition. Long de sept mètres, le bathyscaphe construit en Australie était équipé de bras manipulateurs, de caméras haute définition permettant d’avoir des images en IMAX ou 3D, un « suceur » permettant de recueillir de petits organismes et diverses sondes permettant de mesurer la température, la salinité et la pression. Cette dernière est colossale : à 11 km de fond, la pression affiche plus de 1.000 bars, soit mille fois celle constatée sur terre au bord de la mer. Elle est à peu près équivalente à trois véhicules tous terrains reposant sur votre gros orteil… Qu’il se produise une micro-fuite et le bathyscaphe implose immédiatement.

« Un sentiment d’isolement »

Arrivé au fond, l’explorateur, après avoir confirmé que « tous les systèmes étaient OK », a lancé un tweet pour dire qu’il « lui tardait de partager ce qu’il était en train de voir ».

Le sous-marin devait suivre un parcours destiné à explorer le plus grand nombre d’environnements possibles, les sédiments de la croûte terrestre mais également les roches environnantes, riches d’enseignements pour les géologues. National Geographic explique comment, lors de la descente, Cameron a dû traverser différents paliers, celui d’abord où vit 90 % de la faune marine puis celui des derniers rais de lumière ou de la dernière zone connue habitée par un poisson filmé.

De retour de son périple par plus de 10 km de fond, le réalisateur estime que « c’est nu, c’est un monde étrange. En bas, on ressent plus que tout un sentiment d’isolement. On réalise qu’on est minuscule dans ce grand espace inconnu, sombre et inexploré. Il y a eu un moment où je me suis tout simplement arrêté, saisi l’instant et me suis dit : “Voilà où je suis, au fond de l’océan, l’endroit le plus profond de la Terre. Cela signifie quoi ?”. Ce qui a surtout de l’importance, c’est le fait de pouvoir repousser les limites de l’exploration humaine, de voir ce qu’on peut découvrir et de l’analyser ensuite ».

Plongée historique en janvier 1960

Rendons à César : les premiers à poser… le bathyscaphe sur le fond de la mer terrestre furent le Suisse Jacques Piccard et l’Américain Don Walsh, à bord du Trieste. Le 23 janvier 1960, ils atteignirent la profondeur de moins 10 916 mètres. Jacques Piccard est le fils d’Auguste Piccard, dont la physionomie inspira Hergé pour imaginer le personnage de Tryphon Tournesol, lui-même inventeur d’un… sous-marin exceptionnel.

Auguste avait lui-même testé de nombreuses fois ses inventions et battu deux fois le record du monde de plongée, notamment avec le FNRS et le FNRS 2, deux engins financés par le Fonds de la recherche belge. La sphère du FNRS 2 avait été coulée aux Usines belges Émile Henricot.

Mais en 1960, c’est l’Italie et les Etats-Unis qui ont repris le financement de cette aventure, avec l’engin Le Trieste. Le 23 janvier 1960 à 8 heures 23, le bathyscaphe quitte la surface et descend à la vitesse d’un mètre par seconde. À 13 heures 06, le Trieste se pose sur le fond. La pression est de 1 156 atmosphères. Un poisson passe devant le hublot. Cela confirme qu’une vie évoluée existe au plus profond des océans. Jacques Piccard et Don Walsh, les deux hommes les plus profonds du monde, observent et réalisent le programme d’expériences prévues. Une demi-heure plus tard, en larguant de la grenaille, l’équipage amorce la remontée.

SOUMOIS,FREDERIC
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