Tom Boonen remporte Paris-Roubaix

Tom Boonen était fier d’indiquer le chiffre 4 à l’arrivée, l’Anversois égale le record de quatre succès de De Vlaeminck © BELGA/BENOIT DOPPAGNE

De notre envoyé spécial à  Roubaix

Les frissons étaient perceptibles sous les étoffes lorsque Tom Boonen pénétra sur le vélodrome de Roubaix et le froid piquant n’expliquait pas seul ce phénomène. L’Anversois a réussi à soulever une foule médusée par ce qu’elle contemplait depuis 1 h 30, ahurie, sur l’écran géant installé dans le stade suranné de l’ancienne cité minière. Dans un exercice rarement expérimenté par un sprinter de son acabit, l’Anversois a conclu avec verve et panache son printemps le plus accompli depuis qu’il est coureur cycliste. N’était-ce pas finalement logique, dans l’histoire dont se sert goulûment le cyclisme que l’apothéose se situe là où tout avait commencé pour lui ? Lors de sa première saison chez les professionnels sous le célèbre maillot bleu d’US Postal, en 2002, l’Anversois avait réussi la prouesse de terminer troisième derrière le vainqueur, Museeuw et l’Allemand Wesemann.

Ce jour-là, le Flandrien n’avait-il pas dit : « Boonen, c’est mon successeur sur les pavés » ? A cet égard, cela n’a échappé à personne tant leur ressemblance est flagrante, Guillaume Van Keirsbulck, 21 ans, membre de l’échappée matinale a le profil, la taille, le centre de gravité, enfin bref absolument tout pour remporter Paris-Roubaix. Le petit-fils de Benoni Beheyt prépara en réalité le terrain pour son leader avant de chuter dans la forêt d’Arenberg derrière le Français David Boucher. La suite appartint à la maîtrise de l’équipe Omega Pharma – Quick Step dont l’expérience, la puissance et la spirale de la victoire ont coïncidé avec la faiblesse de la concurrence incapable, même regroupée (les Sky, les BMC, les Rabobank, les Garmin) de contrarier le seul Tom Boonen.

Le Grand Chelem. S’agit-il de la plus belle victoire de l’Anversois parmi ses multiples couronnes ? Certainement. L’exploit, 54 kilomètres en tête, est de taille, il rappelle ceux de Ballerini, Museeuw ou Tchmil partis, eux aussi, très loin du but. « Mais celui-ci m’a frappé le plus, disait un ancien double vainqueur, Gilbert Duclos-Lassalle. Car Boonen pouvait miser sur son sprint, il a préféré parachever son œuvre en solitaire, c’était impressionnant. » Le Campinois avait également à l’esprit ce fameux Grand Chelem, davantage que la quatrième victoire l’autorisant à égaler De Vlaeminck. « J’aurais été déçu si je n’avais pas pu ajouter Paris-Roubaix après l’E 3, Gand-Wevelgem et le Ronde. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver là, je suis fier de savoir que je serai peut-être, un jour, reconnu comme le meilleur coureur des classiques de pavés de l’histoire du cyclisme. » Pour réussir son pari, Boonen n’est pas tombé, il n’a pas crevé non plus. L’illustration de l’homme en forme, quel contraste par rapport à l’année précédente où, après deux chutes et une crevaison tardivement dépannée dans Arenberg, il renonça, dégoûté !

Le panache. L’heureux Patrick Lefevere, vainqueur pour la onzième fois de Paris-Roubaix en qualité de patron d’équipe, avait déjà apprécié des exploits semblables avec d’autres coureurs dont Museeuw, mais celui de Boonen l’a davantage marqué. « Oui, parce qu’il y avait du monde derrière, cela roulait très vite, je n’ai d’ailleurs jamais vu rouler Tom aussi vite sur les pavés. Il n’en sait rien lui-même, car il est parti à l’instinct, mais, au fond de lui, quelque chose lui commandait d’arriver seul, de parachever son printemps avec grâce. La leçon de tout cela, c’est qu’il ne faut jamais enterrer quelqu’un trop vite comme cela a été le cas avec Tom et avec notre équipe la saison dernière. La roue tourne, en sport comme dans tout le reste, les gens et la presse n’ont plus la patience et le recul pour le constater. »

L’équipe. Même si la performance individuelle de Boonen n’a échappé à personne, cette victoire s’est construite en équipe. Van Keirsbulck en éclaireur, donc, c’était déjà un avertissement lancé à la concurrence qui n’avait pas eu l’idée de placer un pion à l’avant. La maîtrise, ensuite, de Chavanel, Terpstra, Steegmans pour museler les autres favoris fut magistrale. Chavanel espérait pourtant lui-même tirer profit de sa forme pour enfin s’imposer à Roubaix mais c’est à son compatriote Turgot que revint l’honneur de monter sur le podium à la deuxième place pour un millième de seconde d’avance sur Ballan, honneur qui n’était plus échu à un coureur de l’Hexagone depuis la victoire de Guesdon en 1997. « En dépit de toutes les qualités de Sylvain, disait Bernard Hinault en connaisseur, vous ne pouvez pas vous autoriser, si vous êtes le patron de Quick Step de miser sur un autre cheval que Boonen avec une forme pareille. L’histoire du vélo est peuplée d’exemples quand, à un moment donné, l’équipier avait une chance de gagner une grande course mais c’est arrivé rarement parce que la hiérarchie finit toujours par s’établir. »

Au tour de Gilbert ? En Belgique, tout le monde rêve déjà d’une maîtrise absolue du printemps des classiques. Or, Tom Boonen a égalé la série de quatre succès de rang obtenus la saison dernière par Philippe Gilbert (Flèche brabançonne, Amstel, Flèche wallonne, Liège-Bastogne-Liège). Il « reste » donc au Remoucastrien, qui formera avec Boonen un duo de choc que le monde entier nous envie aux JO, à prendre le relais de son compatriote dans les « Ardennaises » !

THIRION,STEPHANE
Cette entrée a été publiée dans Sport, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.