Inde Tir d’un missile intercontinental à capacité nucléaire

Shanghai, Pékin, Moscou ou Istanbul sont désormais à portée de l’Agni V. © AP.

Superhit ! », se serait exclamé ce jeudi le patron de la recherche et développement de l’armée indienne, en constatant à quel point le tir d’essai du missile (presque) intercontinental Agni V avait été une réussite sans ombre. A 8h07 locales, en propulsant avec succès les 50 tonnes de cette fusée de 17 mètres, l’Inde a montré qu’elle serait à même, en pratique dès 2014, de frapper n’importe où dans un rayon de plus de 5.000 km – donc n’importe quelle ville de Chine… – avec une charge atomique d’une tonne et demie.

Les Etats concernés n’ont pu que prendre acte du tir : les sites d’information du Pakistan en ont fait sobrement état en ne permettant pas de commentaires de lecteurs. Il est vrai que le Pakistan et l’Inde entrent avec douleur dans une négociation pour la démilitarisation du glacier frontalier de Siachen, où une avalanche vient d’emporter 140 militaires et civils.

Plus directement concernée par le tir, la diplomatie chinoise « prend note » de ce missile qui, selon l’agence Chine Nouvelle, place « toute l’Asie et 70 % de l’Europe » (au sens continental) sous le feu de l’Inde – agni signifie feu en sanskrit. Mais Pékin souligne que les deux voisins « ne sont pas des rivaux mais des partenaires », même si le journal chinois Global Times estime que ce tir réussi « ne signifie pas que (Delhi) gagne quoi que ce soit à être arrogant lors de ses disputes avec la Chine ».

Un club atomique très fermé

L’Occident, lui, se tait : « L’Inde a de sérieuses références en matière de non-prolifération », doit reconnaître le Département d’Etat US : Washington s’est engagé dans un partenariat nucléaire avec l’Inde, ce qui confère à ce pays un statut de favorisé. Et l’Europe ? Un diplomate indien constate l’absence prévisible de réactions, puisque ce genre de test serait courant et ne suscite jamais de tollé. Il est vrai qu’il n’y a pas de surprise : le développement de l’Agni V a pris quatre ans – et 366 millions d’euros – et Delhi joue ouvertement la carte de la dissuasion stratégique, en « puissance atomique responsable ».

Cette fois pourtant, la maîtrise balistique dont a fait preuve New Delhi la place au seuil d’un club très fermé : Chine, France, Grande-Bretagne, Russie et Etats-Unis sont les seuls à posséder des armes intercontinentales (+ de 5.500 km de portée) à capacité nucléaire. Qu’importe la portée exacte, le tir de ce jeudi situe déjà l’Inde de facto – tant l’Inde que la Chine l’affirment – parmi les membres du club. Les militaires indiens se permettent même de signaler que la technologie de ce missile est très en avance sur celle appliquée par plusieurs pays du club.

La seule inquiétude serait de voir l’Inde continuer à affecter une part significative de son produit intérieur brut (2,7 %, selon le Sipri, l’Institut de recherche sur la paix) à sa défense. C’est bien moins qu’à la fin des années 80 (3,6 %), mais cela reste un effort soutenu face à une Chine qui réalise proportionnellement moins de sacrifices (2,1 %), tout en consacrant en montants absolus trois fois plus de ressources à son armement. Inde et Chine ne risquent-elles pas de s’épuiser dans une course qui, aux niveaux aujourd’hui atteints, perd de son sens ? En Inde, 2012 est une année d’élection présidentielle, où les orgueils nationalistes sont en embuscade. Pour preuve cette remarque du Times of India après le tir : « Cela fera avancer notre revendication pour un poids accru dans les forums multilatéraux. » Ah ?

Le club des Grands

Etats-Unis

Un budget de 563 milliards d’euros pour une armée de 1,6 million d’hommes. 450 pas de tirs pour missiles intercontinentaux (ICBM).

Chine

Budget : 99 milliards. Troupe : 2,29 millions d’hommes. 66 pas de tirs ICBM.

Grande-Bretagne

Budget : 49 milliards. Troupe : 174.000 hommes. Tirs ICBM par sous-marins.

Russie

Budget : 40,4 milliards. Troupe : 956.000 hommes. 292 pas de tir ICBM.

France

Budget : 40,2 milliards. Troupe : 230.000 hommes. Tirs ICBM par sous-marins.

Inde

Budget : 24,4 milliards. Troupe : 1,33 million d’hommes.

ALAIN LALLEMAND
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