Environnement : le Brésil régularise la déforestation

Selon le front vert, la nouvelle législation brésilienne débouchera sur une perte de 76,5 millions d’hectares de forêt. © AFP PHOTO/ANTONIO SCORZA

Cela fait des mois qu’elles se battent pour éviter l’adoption de la loi qu’elles honnissent, mais jeudi, les organisations de protection de l’environnement ont dû reconnaître la défaite. Après le sénat, la chambre brésilienne a approuvé une loi réformant en profondeur un code forestier vieux de 76 ans. Cette nouvelle disposition octroie l’amnistie aux entreprises et aux individus qui se seraient rendus coupables de déforestation illégale avant juillet 2008.

Dernier espoir pour le front vert au Brésil : obtenir que la présidente Dilma Rousseff tienne sa promesse préélectorale : opposer son veto à tout ou partie de la réforme du code des forêts. Elle dispose de 15 jours pour le décider.

Selon le WWF, des millions d’hectares ont été défrichés illégalement avant 2008. Les coupables sont en principe redevables d’amendes s’élevant à 4,8 milliards de dollars. Une manne qui échapperait au trésor brésilien. Et un coup dur pour l’environnement : selon l’organisation de défense de l’environnement, 90 % des propriétaires seraient dispensés de l’obligation de réparer les dommages commis. Les espaces défrichés pourront être utilisés pour installer des élevages ou des champs de soja.

C’est précisément l’argument du lobby agricole brésilien : l’occupation des terres déforestées permettra d’accroître la production agricole du pays. Qu’ils promettent plus respectueuse de l’environnement.

Emissions de CO2
Ce n’est pas l’avis de beaucoup d’experts. Selon un institut de recherche brésilien, la nouvelle législation mènera à une perte de 76,5 millions d’hectares de forêt. Ce qui, en terme d’émissions de CO2, se traduira par une augmentation du bilan brésilien de 28 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.

« Si la loi passe, ce sera le signal que le crime paye finalement », a commenté Paulo Adario, responsable de la campagne Amazonie chez Greenpeace Brésil qui a récemment reçu des Nations unies le titre de « héros des forêts ». Pour Adario, « le Brésil se présente sur la scène internationale comme le défenseur de l’Amazonie. Mais en pratique, plusieurs nouvelles mesures menacent de miner la protection des forêts brésiliennes. Le gouvernement Rousseff réduit l’étendue des zones protégées, plusieurs grands projets d’infrastructure détruisent la région et la présidente est absente des discussions sur le code forestier ».

Autre crainte des opposants : le nouveau code laisserait aux états brésiliens le loisir de fixer les exigences de réparations en cas de déforestation. Sous la pression du puissant lobby agricole, les Etats les plus dépendants de l’agriculture pourraient être tentés de ne fixer que des exigences minimales.

Pour le WWF, la réforme du code nuira à l’image du Brésil qui, dans quelques semaines, accueillera le sommet de la Terre Rio+20. « Alors qu’il apparaissait comme le protecteur des forêts, le pays pourrait régresser au point ne pas être en mesure de remplir ses obligations climatiques ».

Des tribus menacées

Les bûcherons illégaux qui sillonnent clandestinement la forêt amazonienne à la recherche d’essences rares mènent, en complicité avec des éleveurs et des colons, un « génocide » contre certaines tribus indigènes, indiquent Amnesty et l’ONG Survival International. L’acteur britannique Colin Firth a prêté sa voix à cette campagne. Des activistes sont tués ou passés à tabac, dénonce Amnesty. Il y aurait 77 tribus indiennes isolées au Brésil, pour une population d’un peu moins de deux millions d’habitants. (afp)

MICHEL DE MUELENAERE et AFP
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