En tram à l’Exposition coloniale de Tervueren en 1897

Les archives photographiques du Soir recèlent quelques pépites. Nous avons envie de vous faire partager ce patrimoine. Chaque vendredi nous publions un de ces témoignages de notre passé.
 
REPRODUCTION

Ce dimanche 13 mai 2012, l’Avenue de Tervueren est en fête

L’avenue de Tervueren a été tracée à l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles de 1897.L’exposition se déroulait principalement sur le site du Cinquantenaire. Le roi Léopold II, qui était le propriétaire de l’État libre du Congo, a souhaité présenter une exposition sur les produits d’importation et des objets ethnographiques en provenance du Congo. Pour l’occasion le « Palais des Colonies » a été construit à Tervueren.  Il  est devenu, par la suite, le Musée royal de l’Afrique centrale. Un village congolais avait été aménagé dans le parc où des Congolais étaient exposés comme dans un zoo. Cette exposition a connu un énorme succès : plus de 1,2 millions de visiteurs en six mois.
Sur la photo nous voyons  les wagons d’un tram qui attendent la voiture conductrice. La mise en route de cette nouvelle ligne de tram a connu quelques ratés comme vous pourrez le lire dans des  extraits du Soir de l’époque. Nous avons retranscrit aussi l’épopée amusante du trajet d’un journalistes bien malchanceux :4 mai 1897« Assez amusante la façon dont on procède aux expériences de traction du tram Parmentier Bruxelles-Tervueren. Pour éprouver la solidité de la ligne, on a fait quelques voyages avec des gens de… poids !

Samedi, c’étaient les députés, et la voiture dans laquelle se trouvait M. De Bruyn a déraillé deux fois ! -  sans accident pour personne, heureusement. On a recommencé l’épreuve hier, avec le gouverneur et les conseillers provinciaux.

Cette fois tout a bien marché et on pourra songer à l’avenir à admettre le public sur cette ligne, quand celle-ci sera mise en exploitation, bien entendu. (…) »

5 mai 1897

« Hier nouvelle expérience de la ligne Tervueren et nouveaux déraillements ! La machine a failli être précipitée à bas d’un talus.

Les ministres et personnages officiels qui se trouvaient sur le train d’expérience, l’ont échappé belle. »

Mardi 18 mai

« Beaucoup de monde aussi à Tervueren, grâce au tram électrique qui fonctionne depuis samedi.

Par malheur, jusqu’à présent il fonctionne très incomplètement. A chaque voyage – tous les quarts d’heure le dimanche, et toutes les heures seulement dans la semaine ! – trois petites voitures, c’est peu. Et ces voitures sont naturellement prises d’assaut, aucune mesure d’ordre n’étant prise pour assurer le service régulièrement, logiquement et convenablement. Que sera-ce dans quelques jours ?

Il y a eu un moment, vers 5 ½  heures, où au point terminus de Tervueren, l’on n’a plus vu reparaître de voitures du tout !… Qu’était-il arrrivé ? Des centaines de personnes attendaient, vainement… Elles attendraient encore peut-être si le chemin de fer n’était à côté, ramenant à Bruxelles les « escapés » inquiets. »

Mardi 6 juillet 1897

«C’était hier après-midi qu’avait lieu à Tervueren la XXIVe fête fédérale de gymnastique. Comme la fête était annoncée pour 3 heures, je m’étais dit : « En prenant le tram à 2 heures derrière l’Exposition, j’arriverai juste à temps pour faire mon compte rendu ! » Ah ! Ouiche ! Un rédacteur propose mais l’électricité dispose. Il y avait là bas, attendant le tram, une foule énorme et impatiente qui, dès qu’un trolley apparaissait à l’horizon du côté de l’avenue de la Renaissance se précipitait à sa rencontre, espérant trouver place dans la voiture qui conduisait ; ces courses pédestres de gens plus ou moins entraînés à ce genre de sport et parmi lesquels se trouvaient de grosses dames apoplectiques qui suaient sang et eau, amusaient fort les badauds qui, derrière les vitres de l’Exposition, suivaient les péripéties de ce spectacle mouvementé avec une attention narquoise.

Mais si tous ces gens – et surtout les grosses dames – avaient « de quoi s’asseoir », ils ne parvenaient pas à trouver sur les banquettes une place pour « le » mettre. N’étant pas plus mince qu’un autre, je n’ai pas eu plus de chance qu’eux.

Deux, trois, six, dix trams passent devant moi absolument combles ; j’interpelle un cocher de fiacre : « Combien jusqu’à Tervueren ? »

-Dix  francs, sans le pourboire ; quinze francs s’il faut vous ramener !

-  Prends le tram jusqu’au Treurenberg ! me crie un ami qui vient de l’endroit où il me conseille d’aller.

Je suis son avis et monte dans une voiture qui se dirige vers la ville. A toutes les stations intermédiaires le nombre des voyageurs pour Tervueren via le Treurenberg s’accroît ; aux étangs de Saint-Josse on lutte déjà pour se caser ; rue Joseph II il y a cinq personnes par banquette et pour ma part j’attrape une dame – heureusement pas trop pesante – sur mes genoux. Au Treurenberg, si peu confortablement assis que nous soyons, nous avons du moins l’inhumain plaisir de faire la nique aux nombreux impatients qui attendent le moment de rouler vers l’Exposition congolaise.

Après l’arrêt ordinaire, nous nous mettons en marche pour Tervueren, mais nous ne tardons pas à stopper, je ne sais pour quelle cause ; nous nous remettons en marche, puis cinquante mètres plus loin nous restoppons ; avenue de la Renaissance nous stationnons pendant près de dix minutes ; à deux cents mètres de là… Mais j’abrège : il est près de 5 heures quand nous arrivons à Tervueren ; j’avais les jambes très fatiguées à cause de cette dame inconnue qui était restée assise dessus.

A l’intérieur du parc un tram circule ; j’y monte pour être plus vite à destination, bien que l’expérience que je viens de faire eût dû me donner à réfléchir. Le tram déraille ! On est forcé d’aller chercher des ouvriers et des cricks pour le remettre sur la voie…

La fête de gymnastique pour laquelle je suis venu est terminée ; je regrette d’autant plus de ne pas avoir pu y assister que tout le monde dit qu’elle a été superbe. »

Et le trajet de retour en train, raconté avec autant de détails  s’est révélé aussi cahoteux. Notre pauvre journaliste, qui voulait assister au banquet des gymnastes donné à la Brasserie Flamande, est arrivé au dessert…

Cette entrée a été publiée dans La photo du vendredi, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.