Littérature La mort de Dominique Rolin

 

Dominique ROLIN en 1992, une vie au service de l’écriture, ou l’inverse. © Le Soir.

Née le 22 mai 1913 à Ixelles, Dominique Rolin portait sur le visage, depuis des dizaines d’années, les rides inchangées d’une femme qui a beaucoup souri devant la vie, et à qui la vie a beaucoup donné. Avant de s’installer en 1946 à Paris, où elle allait épouser le dessinateur et sculpteur français Bernard Milleret, elle avait publié un premier roman remarqué par la critique, Les marais (Denoël). Un livre tourmenté dans lequel commençaient à macérer quelques-uns des thèmes auxquels elle allait revenir plus tard, après la mort de son mari en 1957 et la rencontre capitale, pour son œuvre comme pour sa vie, de Philippe Sollers.

Entre-temps, elle avait reçu le prix Femina pour Le souffle (Seuil, 1952). Elle allait d’ailleurs appartenir au jury de ce prix jusqu’en 1965, quand elle fut évincée pour sa trop grande indépendance d’esprit. L’écriture supplantait le récit dans la production des années qui suivirent. Dans Deux, par exemple, en 1975. Ou dans L’enragé (1978), autoportrait fictionnel et halluciné de Bruegel l’Ancien. En 1988, elle avait été élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, succédant à Yourcenar.

Un nom révélé

Sa production régulière était alimentée par une pratique quotidienne de l’écriture, à Paris ou en voyage, notamment à Venise avec Jim. Celui-ci, personnage de nombreux ouvrages consacrés à l’union des esprits et des corps, est la transposition romanesque d’un écrivain déjà cité, Philippe Sollers. Sur le plateau de Bouillon de culture pour Journal amoureux (Gallimard, 2000), elle avait révélé ce nom qui n’était plus un mystère depuis longtemps pour ses proches. Dans ce livre, elle ne relatait pas 40 ans de liaison, mais 40 ans de moments intenses jamais apaisés. On peut penser que, même sans cela, Dominique Rolin aurait été l’écrivaine prolifique d’une quarantaine de livres. Qui, sans doute, auraient emprunté d’autres voies. Mais sans renoncer au regard aigu, parfois presque cruel, qu’elle jetait sur toutes choses. Ni à son examen presque clinique du passage du temps, dût-elle passer parfois pour une vieille dame indigne, la narratrice de certains livres se doublant d’une Lady Mémoire attachée à superposer les époques. Ni à l’inconnaissable qu’elle s’efforçait d’approcher, d’aussi près que possible. Ni à rien de ce qui poussait à l’aimer, elle et son œuvre

PIERRE MAURY
Cette entrée a été publiée dans Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.