Un gouvernement pour donner l’exemple

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De notre envoyée permanente à Paris

La photo est belle. Avec exactement autant de femmes que d’hommes dans cette équipe de trente-quatre ministres au total. Et une poignée de visages issus de la diversité. Ne manque que celui de Martine Aubry, dont l’absence au casting n’a pas fini d’être commentée (lire ci-dessous). Même la légende sera parfaite. Celle qui dira que le cliché a été pris un jour d’Ascension. Avec cette mention : pas de jour férié pour cette équipe qui a décidé de se mettre sans attendre au travail…

Moins de vingt-quatre heures après sa formation, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est réuni, ce jeudi après-midi, pour un premier conseil des ministres, avant le départ du président Hollande pour les sommets du G8 et de l’Otan aux Etats-Unis, où il fera la connaissance de Barack Obama. Au menu, du symbole, rien que du symbole.

Après la cérémonie d’investiture, déjà bourrée de signes destinés à surligner que le quinquennat du chef de l’Etat socialiste aura pour anti-modèle obsessionnel celui de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, cette première réunion de l’exécutif a encore versé dans l’affichage.

Le gouvernement a ainsi décidé de diminuer de 30 % le salaire de son chef et de tous les ministres. Une charte de déontologie a aussi été adoptée. Aucun conflit d’intérêts ne sera toléré. Aucun cumul de mandats non plus. Les ministres devront avoir la tête dans le guidon et rien que dans le guidon. Au point que la cinéaste Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie, seule représentante de la société civile, se verra expressément interdire de faire des films. Enfin, il a été acté que tous les ministres qui se présenteraient aux législatives de juin et qui seraient battus dans les urnes devraient aussitôt descendre du bateau.

Pour naviguer dans la tempête, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’embarcation a été parfaitement équilibrée. Homme de synthèse, François Hollande l’était déjà quand il dirigeait le Parti socialiste (de 1997 à 2008). Homme de synthèse il le reste à la tête de l’Etat. Dans un dosage subtil, tous les courants du parti socialiste sont représentés. Du droitier Manuel Valls, au ministère de l’Intérieur, qui a déjà promis que « sans verser dans la politique du chiffre et dans la stigmatisation de quiconque », il ne céderait « à aucun angélisme », aux « gauchistes » Arnaud Montebourg, nommé à un étonnant ministère du « Redressement productif », et Benoît Hamon, nommé ministre délégué à l’Economie sociale. Même les proches de Martine Aubry (François Lamy, à la Ville, et Marylise Lebranchu, à la Réforme de l’Etat) sont dans l’équipe. Sans surprise, les Verts montent également dans le bateau, avec Cécile Duflot propulsée à l’Egalité des territoires et au Logement, et Pascal Canfin, au Développement… Les radicaux de gauche ont eux aussi leur place et pas un simple strapontin : Christiane Taubira s’installe au ministère de la Justice.

Fait marquant : cinq ministres à peine avaient déjà fait partie d’un gouvernement ! « Le changement, c’est maintenant », disait François Hollande durant sa campagne. CQFD. En l’absence de Martine Aubry, Laurent Fabius est le seul poids lourd de l’attelage. Un éléphant très attendu au tournant, notamment parce qu’il avait fait campagne en 2005 pour le « non » à la Constitution européenne alors que le PS avait opté pour le « oui ». « Je crois à l’Europe, mais je veux une Europe différente, davantage orientée vers l’emploi », a déjà prévenu le nouveau locataire du Quai d’Orsay. Même son ministre délégué aux Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, avait voté « non » à la Constitution. De quoi inquiéter en ces temps européens troublés ? Leurs premiers pas seront en tout cas guettés.

François Hollande a pris le parti de la jeunesse plutôt que celui de l’expérience. Le choix de Najat Vallaud-Belkacem comme porte-parole est éclairant : une trentenaire, dont l’origine marocaine est un « plus » même si elle refuse de se laisser enfermer dans l’étiquette de « l’icône de la diversité ».

Si le gouvernement s’est immédiatement mis au travail, la nouvelle opposition aussi. La droite cogne dur sur la nouvelle équipe. « Le gouvernement s’est recroquevillé sur le Parti socialiste », a regretté le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, saluant tout de même la parité. Jean-François Copé, le patron de l’UMP voit quant à lui une forme de « cohabitation » qui s’annonce au pouvoir entre l’Elysée et la rue de Solférino, siège du parti socialiste, où Martine Aubry restera libre de sa parole.

Marine Le Pen qualifie de son côté le gouvernement d’« enfumage ». La présidente du Front national a pris pour cible la ministre guyanaise de la Justice. « Nommer une indépendantiste à la chancellerie, c’est une violation totale des valeurs de la République française ! », dénonce-t-elle.

JOELLE MESKENS
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