Le sommet du G8 Pour la rigueur, la croissance et la Grèce dans l’euro

Le groupe officiel du G8 © AFP PHOTO/Mandel NGAN

Le monde, l’Europe, la Grèce. Voilà, en cercles concentriques, les centres d’intérêts économiques du G8, le club des plus hauts dirigeants de la planète réunis à Camp David, dans la villégiature du président des Etats-Unis, vendredi et samedi.

Le monde ? Il montre des « signes de reprise, mais doit encore affronter de puissants vents contraires », dit le G8 dans son communiqué. « La croissance et l’emploi doivent être notre priorité absolue », a martelé le président américain Barack Obama qui sait que sa réélection dépendra de sa capacité à faire repartir rapidement la machine économique américaine. Celle-ci est toujours atone. Au premier trimestre, la croissance américaine n’était que de 2,2 % alors qu’on espérait 2,6 %. Certes, le chômage retombe petit à petit. Mais il touche encore plus de 8 % de la population active, ce qui est beaucoup trop pour permettre à la Maison-Blanche de crier victoire.

L’Europe ? C’est évidemment là d’où viennent les vents mauvais, et c’est en partie de l’Europe que le surplus de croissance attendu par Barack Obama pourrait venir… si le Vieux Continent réussit enfin à terrasser la crise de l’euro. Et pour cela, il faut qu’il règle ses problèmes budgétaires et fasse redémarrer sa machine économique. Dans quel ordre ? Pour l’Allemagne, la rigueur prime. Pour Barack Obama, c’est clair : la croissance d’abord. Mais le G8 ne prend pas réellement position. Il se contente d’« accueillir favorablement les discussions actuellement en cours en Europe sur la façon de stimuler la croissance économique, tout en respectant le ferme engagement à mettre en œuvre des mesures d’assainissement des finances publiques qui feront l’objet d’une évaluation structurelle ». Voilà une déclaration chèvre-choutiste comme le sommet du G8 en a produit des centaines. Toutefois, en mentionnant clairement les mesures de stimulation économique, elle pèse aujourd’hui d’un poids politique certain alors que le conseil européen doit se réunir ce mercredi 23 mai pour essayer, une nouvelle fois, de sortir la Grèce et la zone euro du bourbier.

Le G8 donne en effet quelques armes à ceux qui, comme le président du conseil italien Mario Monti ou le président français François Hollande, plaident pour que l’on relâche un fifrelin l’effort de rigueur budgétaire pour redonner un peu d’oxygène à l’économie et un peu de confiance aux citoyens, assommés par l’austérité.

Car les dures mesures d’austérité prises un peu partout, sans être tempérées par des plans de relance, éveillent de plus en plus de critiques parce qu’elles entraînent les pays européens les plus faibles dans une infernale spirale récessionniste : rigueur budgétaire, donc moins de croissance, donc plus de déficit budgétaire, donc rigueur accrue, donc encore moins de croissance, fuite des liquidités, problème des banques… Une mécanique que l’on voit en œuvre en Grèce, et qui menace l’Espagne : ce vendredi, Madrid a d’ailleurs revu à la hausse son déficit budgétaire 2011 (à 8,9 % du PIB contre 8,5 %) et se prépare à aider ses banques.

La Grèce ? Le G8 plaide en faveur du maintien de la Grèce dans la zone euro, mais n’est pas prêt à donner un coup de main. « Nous réitérons notre intérêt à ce que la Grèce demeure dans la zone euro, tout en respectant les engagements qu’elle a contractés », indique le communiqué. Au-delà de grands principes bien tempérés, on a donc cherché en vain, ce week-end, l’adoption de mesures décisives pour arrêter la crise.

PIERRE-HENRI THOMAS

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