Italie Un attentat a tué une adolescente et en a blessé cinq autres

RECUEILLEMENT et dépôt de fleurs ont été de mise, toute la journée de dimanche, devant le lycée de Brindisi où s’est produit l’attentat. © carlo HERMANN/AFP.

DE NOTRE CORRESPONDANTE à ROME

Au lendemain de l’attentat à l’explosif devant une école de Brindisi (Pouilles) où, samedi matin, une jeune fille de 16 ans, Melissa, a été tuée tandis que cinq de ses compagnes sont grièvement blessées, toute l’Italie, encore sous le choc, se demande avec angoisse : qui et pourquoi ? Et, surtout, pourquoi une école ? Une cible à laquelle personne ne s’était jamais attaqué dans ce pays qui, pourtant, en a vu de toutes les couleurs.

Avec, dans les années 70, « la stratégie de la tension » de l’extrême droite, puis « les années de plomb » de l’extrême gauche. Sans compter les massacres de la mafia, particulièrement sanglante dans les années 80 et 90…

Justement, l’Italie s’apprête à commémorer, le 23 mai, le 20e anniversaire de l’assassinat du juge anti-mafia Giovanni Falcone, de son épouse Francesca Morvillo et de 3 agents de l’escorte. Or l’école professionnelle (mode et tourisme) devant laquelle a eu lieu l’attentat de samedi porte le nom de Francesca Morvillo-Falcone.

Une bonne raison pour avoir pensé tout d’abord à la mafia. D’autant plus que, samedi, devait arriver à Brindisi la « Caravane de la Légalité » avec laquelle l’organisation anti-mafia « Libera » sillonne l’Italie. Et que, récemment, la mafia a fait exploser la voiture du président de l’association anti-racket de Mesagne, la localité où vivait Melissa. C’est au moment où est arrivé le bus de Mesagne que la bombe, placée dans une poubelle, à proximité de l’arrêt, a explosé. Une bombe rudimentaire, faite de trois bombonnes de gaz reliées entre elles et actionnée par une télécommande sophistiquée.

La mafia locale, la « Sacra Corona Unita », indignée, a clamé son innocence et a même promis aux enquêteurs de leur donner un coup de main ! D’ailleurs, la piste de la mafia locale a été rapidement abandonnée. « La mafia n’a jamais utilisé des bombonnes de gaz pour ses attentats », a souligné le procureur anti-mafia de Lecce, Cataldo Motta. Mais surtout, elle a besoin de l’appui de la population et n’a aucun intérêt à s’attaquer à une école. D’autant que les boss locaux envoient, semble-t-il, leurs enfants dans cette école.

Mais si ce n’est pas la mafia, qui est-ce ? Les terroristes qui ont gambisé (tiré sur les jambes) le 7 mai dernier Roberto Adinolfi, dirigeant d’Ansaldo Nucleare à Gênes ? En revendiquant l’attentat, la FAI (Fédération anarchique informelle) avait annoncé sept autres attentats pour venger sept camarades détenus dans les prisons grecques. Mais les spécialistes du terrorisme ne prennent pas en considération une telle hypothèse. Les membres de la FAI avaient beaucoup discuté avant de se décider à tirer sur les jambes de leur victime, Adinolfi, paraît-il. On les imagine mal tuant des lycéennes !

La semaine dernière, cependant, la ministre de l’Intérieur Anna Maria Cancellieri, très inquiète après l’attentat de Gênes, le paquet explosif envoyé à Equitalia (récolte des impôts) et les tracts des Brigades rouges trouvés dans ces mêmes bureaux, a décidé de renforcer la protection de centaines de personnes et de lieux considérés à risque.

A Brindisi, le procureur Marco Dinapoli, dans une conférence de presse tenue dimanche, a déclaré que l’attentat était probablement un geste isolé de quelqu’un qui serait « en guerre avec le monde entier » et qui a fait exploser ainsi sa colère. Selon le procureur, le coupable aurait été filmé pendant qu’il plaçait sa bombe. Ce serait un homme d’une cinquantaine d’années, probablement un Italien qui devrait avoir une certaine connaissance de l’électronique. Plusieurs personnes suspectes ont été arrêtées, interrogées et relâchées…

Cependant, la version du parquet de Brindisi n’a pas du tout été confirmée ni par le procureur anti-mafia de Lecce, Cataldo Motta, ni par le procureur national anti-mafia Pietro Grasso qui eux affirment que « toutes les hypothèses restent ouvertes ». Le tout sur fond du 2e tour d’élections municipales partielles considérées comme un test.

LUKSIC,VANJA
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