Ray Bradbury, le poète de la SF est mort à 91 ans

Les écrits poétiques et antiscientifiques de Ray Bradbury attirèrent un nombreux public à la science-fiction. © AP Photo/Steve Castillo

Dans des bateaux bleus et légers se dressaient des formes violettes, des hommes masqués, des hommes au visage d’argent, avec des yeux d’étoiles bleues, des oreilles sculptées d’or, des joues d’étain et des lèvres serties de rubis, des hommes aux bras croisés, des Martiens. »

Quand j’ai lu cette phrase, il y a bien longtemps, je suis tombé sous le charme et le choc. Le charme de ces êtres beaux dont on sait que, par la colonisation des Terriens, ils vont s’évanouir petit à petit dans le brouillard des canaux. Le choc de voir, enfin, dans la littérature de science-fiction, des extraterrestres diaphanes et aimables eux qui, d’habitude, étaient présentés comme des êtres difformes, arrogants, laids et dangereux.

Ce renversement de valeurs, c’est à Ray Bradbury qu’on le doit, dans ses Chroniques martiennes, parues en 1950. Un roman fait de plusieurs nouvelles qui racontent l’évolution de la colonisation de Mars et la mort des Martiens. Poétique, nostalgique et déchirant.

Soixante-deux ans plus tard, ce mercredi 6 juin, le vieux monsieur qu’était devenu Ray Bradbury, né le 22 août 1920, s’est éteint à Los Angeles. Il a rejoint ses chers Martiens.

« A la fin des Chroniques Martiennes, nous dit l’écrivain français Jean-Claude Dunyach, une famille s’installe sur Mars. Un des enfants demande à son père s’il y a des Martiens… Le père lui montre leur reflet sur l’eau d’un canal et lui dit : “ Maintenant, il y en a”. Bradbury m’a tendu un miroir où je me suis vu martien. Il a tatoué mon esprit d’histoires, il m’a appris à protéger les livres en les rangeant dans ma mémoire. Et il m’a fait cadeau d’un merveilleux costume couleur glace à la vanille, dans lequel je me glisse avant de rêver d’être un autre. »

Ray Bradbury était né à Waukegan, dans l’Illinois. Dès son enfance, il écuma la bibliothèque municipale et il noircit ses cahiers d’écolier. Lire et écrire. Ses maîtres mots. Waukegan, il en parla dans certains de ses romans, comme Le vin de l’été ou La foire des ténèbres : il la surnomma la Ville verte. En 1934, la famille s’installa à Los Angeles. Il termina son lycée, il vendit des journaux, il passa du temps à la bibliothèque, il écrivait. En 1941, il vendit sa première nouvelle (15 $) à Super Science Stories. Dès 1942, il est écrivain à temps plein. Puis ce fut L’homme illustré, Fahrenheit 451, Les pommes d’or du soleil, Le Pays d’octobre, Le vin de l’été, etc. Bradbury écrivait encore il y a peu. Une nouvelle pour le New Yorker. En tout, quelque 500 œuvres, dit-on sur son site : romans, nouvelles, pièces de théâtre, scénarios pour le cinéma, pour la télé, poésies… Il écrivit des scénarios pour Alfred Hitchcock présente, pour Twilight Zone, celui du Moby Dick de John Huston…

Une vie d’écrivain dont il se souviendra dans La solitude est un cercueil de verre, Le fantôme de Hollywood et La baleine de Dublin.

Bradbury était un humaniste. Il avait une vision spirituelle de l’humanité, opposé à la vision matérialiste de la société. Il traduisait son idée de la grandeur de l’homme dans ses rêves d’étoiles et il emmenait ses lecteurs avec eux. Dans un style élégant, racé, métaphorique, il essayait d’éviter un futur basé sur une réalité virtuelle : « Elle donne l’impression de la réflexion, mais elle n’en contient pas, disait-il dans une interview à Actu SF. Elle est dépourvue d’intelligence. » Il appelait les enseignants à réapprendre à lire aux jeunes, lui qui avait toujours refusé que ses œuvres soient numérisées.

Bien sûr, la poésie et la métaphore peuvent parfois tomber dans la naïveté et la mièvrerie. Bradbury n’y a pas échappé et un grand pan de son œuvre n’offre que peu d’intérêt, surtout dans les années 1990 et 2000, où il ressasse une même nostalgie. Mais il était resté un grand gamin, comme dit son petit-fils Danny Karapetian. « La chose la plus amusante dans ma vie, c’est de me réveiller chaque matin et de courir jusqu’à la machine à écrire parce que j’ai une nouvelle idée », jubilait Ray Bradbury en 2000.

www.raybradbury.com

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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