L’Europe prêtera 100 milliards aux banques espagnoles

LE MINISTRE espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, fait la moue sous le feu médiatique : Madrid a finalement dû se résoudre à solliciter l’aide européenne. © Pedro ARMESTRE/ AFP.

Ce n’est pas un sauvetage », martelait dimanche après-midi le Premier espagnol, Mariano Rajoy, mais un soutien sectoriel, destiné seulement à aider l’Espagne à recapitaliser ses banques. N’empêche : après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, l’Espagne a finalement été contrainte de demander l’aide de ses partenaires européens.

Ainsi, samedi, au terme d’une réunion téléphonique de deux heures et demie des ministres des Finances de l’union monétaire (Eurogroupe), Madrid a fini par lancer un SOS. Et immédiatement, la zone euro a promis de lui prêter « jusqu’à 100 milliards d’euros ».

Mariano Rajoy jure ses grands dieux que « personne n’a fait pression » sur lui. « C’est moi qui ai fait pression, affirmait-il, parce que je voulais une ligne de crédit pour résoudre un problème important que nous avons ici. »

Même si ses partenaires européens ont préféré permettre au Premier ministre espagnol de sauver la face, plusieurs sources nous le confirment : il y a bien eu des pressions extérieures, venant d’Europe, mais aussi de l’extérieur – et au premier chef des Etats-Unis.

Car aussi bien les autres Etats que les investisseurs et les marchés, ou les clients espagnols, épargnants et entreprises, doutent de la solidité des banques de la péninsule ibérique. Non sans raison : depuis l’explosion de la bulle immobilière en 2008, le secteur bancaire est noyé sous un monceau de crédits hypothécaires « douteux » dont on ne sait quelle proportion sera remboursée.

Pire encore : on ne connaît pas l’ampleur des problèmes. Il y aurait pour 184 milliards de crédits « douteux ». Mais même Madrid n’a pas totalement confiance dans ce chiffre. Et c’est pourquoi le gouvernement espagnol a commandé plusieurs audits, au Fonds monétaire international (FMI), mais aussi à des consultants privés, qui doivent être rendus dans les semaines qui viennent.

Le tempo s’est brusquement accéléré la semaine passée. Plusieurs facteurs ont joué.

Un : l’annonce, jeudi soir, par l’agence de notation Fitch de l’abaissement de trois crans de la note espagnole (de A à BBB).

Deux : les révélations, vendredi, par la presse espagnole, que deux caisses d’épargne, Catalunya Caixa et Novagalicia, auront besoin de 9 milliards d’euros. Qui s’ajoutent aux 23,5 milliards (dont 19 encore à trouver) que coûtera le seul sauvetage de Bankia, le quatrième groupe bancaire.

Trois : les fuites de capitaux, cherchant refuge dans les pays du Nord. Selon des statistiques de la Banque d’Espagne, 97 milliards d’euros ont ainsi quitté le pays au cours du seul premier trimestre. « Et le mouvement s’est probablement accentué, explique Bruno Colmant, professeur d’économie à l’Université catholique de Louvain (UCL) et à la Vlerick Management School. Il était préférable d’agir rapidement pour éviter un “bank run” », une fuite des dépôts.

Quatre : l’approche des élections grecques du 17 juin. Nul ne sait ce qui sortira des urnes, mais les Européens ont sans doute voulu prendre les devants pour éviter, le cas échéant, de se trouver face à deux crises simultanées.

Combien l’Espagne va-t-elle recevoir ? Pour le moment, aucun chiffre précis n’a été avancé. Il faudra attendre le résultat des audits.

Cent milliards constituent un maximum censé, selon les ministres des Finances de la zone euro, rassurer tous azimuts sur la volonté de l’Europe de résoudre le problème bancaire espagnol, « dans tous les cas de figure », ajoute Bruno Colmant.

Sans doute, Mariano Rajoy n’a-t-il pas trop mal joué. Car ce n’est pas l’Espagne qui sera secourue, mais son système bancaire. Il évite ainsi l’opprobre attaché à un plan d’aide pour le pays – et aussi les conditions (d’austérité) drastiques semblables à celles qui ont été imposées à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande.

« Il est vrai que le problème espagnol est plus un problème bancaire qu’un problème de finance publique », reconnaît Bruno Colmant. Néanmoins, cette solution sur mesure pourrait bien fâcher les Irlandais qui, eux, ont gonflé leur dette publique pour sauver un système bancaire hypertrophié, avant d’être obligés de demander l’aide de l’Union et du FMI et d’accepter la tutelle des institutions internationales.

Il y a là quelque chose qui ressemble à une inégalité de traitement (lire ci-dessous).

Mais si l’Europe « a paré au plus pressé, la crise de l’euro est loin d’être terminée ». En Espagne d’abord, où le gouvernement doit faire face à une récession, à la détérioration de ses finances publiques et au manque de compétitivité de son économie. Et ces défis touchent également tous les pays de la périphérie – et notamment… l’Italie, un autre poids lourd de la zone euro.

3 plans

Trois pays étaient déjà sous perfusion

La Grèce Depuis mai 2010, le pays a bénéficié de deux prêts de 110 et 130 milliards d’euros, et d’un effacement de dette de 107 milliards. Total : 347 milliards.

L’Irlande En novembre 2010, le pays a bénéficié d’une aide de 85 milliards d’euros.

Le Portugal En mai 2011, le pays a bénéficié d’une aide de 78 milliards d’euros.

2 outils

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été créé en mai 2010 pour venir en aide à tous les pays fragiles de la zone euro. Il est temporaire.

Le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit voir le jour le 1er juillet, est permanent. Il devrait être doté d’une force de frappe de 500 milliards d’euros, qui serait portée à 800 milliards en 2014.

DOMINIQUE BERNS

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