La Cour constitutionnelle invalide les élections législatives en Egypte

Devant la Cour constitutionnelle bien protégée jeudi, des protestataires avaient exprimé leur colère contre le « candidat de l’armée ». © Amr Nabil/AP.

Le Caire a vu se jouer un immense coup de théâtre ce jeudi. Alors que les Egyptiens retenaient leur souffle parce que la Cour constitutionnelle devait se prononcer sur la validité de la candidature de l’un des deux finalistes de l’élection présidentielle – il était temps, le second tour est prévu samedi et dimanche… –, cette même cour, tout en déclarant le candidat controversé (celui proche de l’armée, l’ex-général Ahmed Chafiq) apte à concourir, a ordonné en même temps la dissolution du parlement, au motif que la loi encadrant les élections parlementaires organisées il y a six mois était anticonstitutionnelle, ce qui suscité la stupéfaction générale.

Or ce parlement, élu au terme d’un processus électoral complexe qui a duré deux mois entre novembre et janvier, était dominé par deux tendances islamistes, les Frères musulmans (près de la moitié des sièges) et les salafistes (près d’un quart des sièges).

Mohammed Beltagui, l’un des principaux dirigeants des Frères musulmans, a d’ailleurs réagi à l’arrêt de la Cour constitutionnelle en évoquant « un coup d’Etat total à travers lequel le Conseil militaire a effacé la période la plus honorable dans l’histoire de notre patrie ».

Quels arguments la cour a-t-elle avancés ? Pour valider la candidature de l’ex-Premier ministre Ahmed Chafiq, les juges ont estimé que la loi votée par le parlement en avril et qui interdisait à notamment « tout président de la République, vice-président, Premier ministre » d’exercer des droits politiques pendant dix ans n’était pas constitutionnelle.

Quant à l’invalidation des législatives, elle procède du caractère jugé illicite du vote pour le tiers des sièges attribués au scrutin uninominal (les autres l’ont été au scrutin de listes), car des candidats appartenant à des partis politiques s’y étaient présentés et avaient été élus. Et aussi parce que les juges estiment que le scrutin de liste et celui uninominal auraient dû être mis sur un pied d’égalité, pour chacun 50 % des sièges…

Ces événements se passent dans un contexte constitutionnel particulier : l’Egypte doit encore se pourvoir d’une nouvelle constitution et elle éprouve toutes les peines du monde depuis les législatives à s’accorder sur les noms des personnalités qui formeront l’assemblée qui sera chargée de rédiger ce texte fondamental…

Dans cet invraisemblable imbroglio, que pourrait-il se passer ? Selon des sources militaires, le « Scaf » (l’acronyme anglais de la junte qui dirige le pays depuis l’éviction du président Moubarak en février 2011) était en réunion pour évaluer la situation et, sans doute, annoncer qu’il assurerait tous les pouvoirs, non sans maintenir le second tour de l’élection présidentielle.

Le duel entre « le candidat de l’armée » Ahmed Chafiq et celui des Frères musulmans devrait donc avoir lieu ce week-end, sauf nouveau coup de théâtre. Et, à partir de l’indignation importante que la dissolution prématurée du parlement provoquera sans nul doute, on peut déjà se demander si la donne ne pourrait pas finalement profiter au candidat islamiste, le frère musulman Mohamed Morsi… qui a dit qu’il respectait le verdict de la cour…

Ce dernier ne partait pourtant pas favori. Mais l’espèce de « coup d’Etat constitutionnel » fera réfléchir pas mal d’électeurs. Ceux-ci se demanderont aussi pourquoi, comme par hasard, la justice égyptienne avait rendu mercredi à la police militaire et aux officiers de renseignements de l’armée le pouvoir d’arrêter des civils, une prérogative dont ils ne disposaient plus depuis l’expiration fin mai de l’état d’urgence. Un peu comme si tout avait été organisé pour faire rentrer les choses dans l’ordre… de naguère.

Pourtant, ce jeudi en début de soirée, Le Caire restait calme, à l’exception de quelques centaines de manifestants qui avaient montré leur colère devant la Cour constitutionnelle très bien protégée. Comme si chacun s’interrogeait, non sans anxiété, sur la suite des événements.

LOOS,BAUDOUIN
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