Un mystère de 2.222 mètres

Accident de Sierre Toutes les causes techniques écartées 

Le procureur Olivier Elsig était en Belgique ce vendredi pour rencontrer les familles des victimes du drame de Sierre. Photo AP.

Trois mois après le dramatique accident de car du tunnel de Sierre, les autorités suisses étaient de retour en Belgique ce vendredi. Motif de la visite : une rencontre dans un lieu tenu secret avec les familles des victimes de cette tragédie qui a coûté la vie à 28 personnes, dont 22 enfants belges et néerlandais, et a fait aussi 24 blessés.

Une réunion dont on imagine l’intensité, mais dont on ne saura rien. Olivier Elsig, le Premier procureur du Valais Central, s’est refusé à commenter sa rencontre avec les proches. « Cette information aux familles était strictement confidentielle, a-t-il précisé aux journalistes. Celles-ci souhaitent toujours être épargnées par les médias. »

L’enquête n’est pas achevée. Le procureur suisse espère disposer des derniers devoirs d’enquête à la fin de l’été. Mais beaucoup de portes sont définitivement fermées et laissent place à une certitude : la cause de l’accident est liée, d’une manière ou d’une autre, au chauffeur du bus.

A Sion, en plus du procureur, un inspecteur chef de la police cantonale, deux inspecteurs, trois gendarmes, deux spécialistes des accidents de la circulation et un spécialiste en transports collectifs poursuivent leurs investigations. Les enquêteurs attendent les résultats des analyses toxicologiques, en marge des autopsies des corps des deux chauffeurs et de l’étude de leurs dossiers médicaux.

Le scénario du drame

Le bus a quitté Saint-Luc à 19 h 45. L’aîné des chauffeurs, Paul Van de Velde, 52 ans, était au volant. Il a effectué la descente jusqu’à la vallée. A l’entrée de l’autoroute, à 21 h 10, il a cédé le volant à son collègue Geert Michiels, 34 ans. Le bus a repris sa route après une minute d’arrêt. Il a encore roulé deux minutes, sur une distance de 2.222 mètres très exactement. Avant le crash.

S’il n’est pas systématique, ce passage de relais en bas de col est pratiqué de manière courante. Il ne faut donc en tirer aucune conclusion.

L’autocar belge a heurté une bordure sur sa droite avant de poursuivre tout droit et de percuter le mur fatal, 75 mètres et trois secondes plus loin. Les images des caméras de surveillance et l’analyse de la chaussée montrent que les freins n’ont pas été actionnés. « Cela interpelle forcément », commente Olivier Elsig. Aucun autre véhicule n’est impliqué dans l’accident.

Les thèses écartées

La vitesse. Au moment de l’accident, le bus respectait la limite autorisée de 100 km/h dans le tunnel. Un peu vite pour un engin lourd ? Vu la qualité de la chaussée, le procureur Elsig répond par la négative. Après avoir démarré, le bus a atteint la vitesse de 98 km/h en 68 secondes, a roulé à 105 km/h pendant 13 secondes avant de maintenir sa vitesse entre 99 et 101 km/h.

La route. Aucune anomalie n’a été constatée : elle était en parfait état à cet endroit.

Le véhicule. Les tachygraphes, les roues, les pneus, les freins, la direction et la suspension ont fait l’objet d’expertises scientifiques : aucune anomalie. Le procureur Olivier Elsig précise aussi que l’impact initial et latéral contre la bordure de la chaussée n’ont pas endommagé le véhicule : « Tous les dégâts constatés par les experts sont le résultat du choc frontal contre le mur ».

Le « cruise-control ». La veuve du chauffeur évoque aujourd’hui la possibilité d’une défectuosité du dispositif de contrôle de vitesse. Une thèse que rien n’accrédite, selon les enquêteurs : « Même dans ce cas, rien n’empêchait de freiner ou de corriger la trajectoire du car. »

Les Suisses attendent encore les résultats de la modélisation en 3D des images de l’accident. Elle devrait permettre de conforter les vitesses enregistrées par les deux tachygraphes.

Le chauffeur, forcément

Toutes les explications techniques écartées, les regards portent vers Geert Michiels, l’homme qui était au volant ce soir-là.

A ce stade cependant, le procureur valaisan joue la carte de la mesure et de la prudence : « Ce chauffeur n’avait été impliqué auparavant dans aucun problème de circulation. Selon les témoignages, il faisait preuve d’habileté au volant. Il était jeune. Bref, rien de particulier à son propos. » Alors quoi ?

L’alcool ? Cette hypothèse est aussi exclue. Des analyses ont été réalisées immédiatement après le drame : les deux chauffeurs du bus étaient à jeun.

La distraction ? Toujours possible, évidemment. La manipulation du lecteur DVD est exclue : le chauffeur aurait dû… quitter le volant. Les témoignages des enfants survivants sont intéressants, mais force est de constater qu’ils n’avaient aucune vue sur le poste de pilotage.

L’endormissement ? Toujours possible, mais peu vraisemblable après deux minutes de conduite.

Le malaise fatal ? A défaut d’autre scénario crédible, cela devient l’hypothèse la plus plausible. Il faut se montrer patient : après l’autopsie, le procureur a demandé de pousser les examens toxicologiques au plus loin, sur base du passé médical de Geert Michiels. « Mon mari était un chauffeur responsable et je suis sûr que son seul objectif était de ramener les enfants sains et saufs à la maison », a déclaré Evy Laermans, la femme du chauffeur. A ce stade, personne n’en doute.

DEFFET,ERIC
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