Poutine-Obama : stop à la violence

Etats-Unis. Des points d’accord sur la Syrie entre les leaders russe et américain

À Los Cabos, Obama et Poutine se sont efforcés d’arriver à des points d’accord sur les principaux dossiers internationaux du moment. © AFP.

New York

C’est une poignée de mains que tout le monde attendait : allait-elle être lourde de tensions, ou l’ébauche d’accords internationaux ? Visiblement, les présidents Obama et Poutine se sont efforcés de trouver des points d’accord. A l’issue de leur entretien en marge de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement des pays riches et émergents du G20 à Los Cabos au Mexique, les deux hommes ont ensemble appelé à « un arrêt immédiat de la violence afin de mettre un terme à l’effusion de sang en Syrie », se disant « unis dans l’idée que le peuple syrien devrait pouvoir choisir son avenir de façon indépendante et démocratique ».

Cela se traduira-t-il par un changement d’attitude de la Russie lors d’un prochain vote à l’ONU ?

Le président américain et son homologue russe ont aussi décidé lundi de rechercher un compromis pour surmonter leur différend sur le bouclier antimissile que les Etats-Unis cherchent à installer en Europe, et que Moscou refuse. Même volonté d’accord sur le dossier iranien : les deux hommes ont appelé lundi l’Iran à respecter « pleinement » ses obligations et à « faire la preuve de la nature pacifique » de son programme nucléaire, alors que les négociations avec Téhéran piétinent.

Aux Etats-Unis, la rencontre entre Obama et Poutine était perçue comme un test pour le président, en difficulté pour sa réélection et critiqué par son rival républicain pour son manque de leadership en matière de politique étrangère. Les ratages diplomatiques de l’administration Obama sur le Proche-Orient, le dossier nucléaire iranien et la répression sanglante en Syrie, sont brandis comme autant de trophées par l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, qui cherche à élargir son champ d’attaque contre le président.

Si Obama considère la « relance » des relations avec la Russie, consacrée du temps de l’ex-président Medvedev comme l’un des succès de son premier mandat, les récents affrontements verbaux entre responsables américains et russes au sujet de la Syrie n’étaient pas sans rappeler l’ambiance de la guerre froide.

Ennemi politique numéro un

A peine la secrétaire d’Etat Hillary Clinton accusait-elle Moscou de livrer des hélicoptères d’attaque à son allié Damas – avant de se raviser plus tard, mais trop tard –, que son homologue russe Serguei Lavrov s’insurgeait contre les livraisons d’armes américaines « aux pays de la région ».

« La Russie arme et protège un régime meurtrier en Syrie, gêne les sanctions internationales contre l’Iran et s’oppose aux efforts des Etats-Unis sur un certain nombre de dossiers », n’a de cesse de clamer de son côté Romney, qui voit en la Russie l’« ennemi politique numéro un » des Etats-Unis. Et ce ne sont pas les médias américains qui tenteront de l’en dissuader. Les deux veto russo-chinois contre des projets de résolution de l’ONU condamnant le gouvernement syrien et le menaçant de sanctions valent aux Russes d’être vilipendés par la presse outre-Atlantique, qui les accuse de complicité avec un régime meurtrier.

Autant de tensions qui ont contribué à faire de cette première rencontre entre Obama et Poutine, depuis son retour à la tête du Kremlin, un rendez-vous lourd d’enjeux. Leur dernier tête-à-tête remontait à 2009, lors de la visite officielle du président américain en Russie, quand Poutine était Premier ministre.

Obama, dont le bilan économique est en souffrance, ne pouvait s’offrir le luxe d’un seul faux pas en politique étrangère. L’incident en mars dernier à Séoul du micro resté branché à son insu alors qu’il confiait à Medvedev qu’il aurait « plus de flexibilité » après la présidentielle pour « régler le problème » du bouclier antimissile, était du pain bénit pour les républicains. Sa fermeté à l’égard de l’ancien ponte du KGB sera scrutée. Car ce G20 est la dernière participation du président US à un raout international avant la présidentielle. Même si seuls 4 % des Américains placent la politique étrangère en tête de leurs préoccupations.

ALEXANDRA GENESTE

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