Antonis Samaras sculpte sa victoire

Grèce. Le chef du parti conservateur a été nommé Premier ministre mercredi

Antonis Samaras, aux côtés du président Karolos Papoulias et de l’archevêque orthodoxe grec Ieronimos, au palais présidentiel d’Athènes : « Dignité, relance et cohésion sociale ». © Petros Giannakouris/ AP.

PORTRAIT

Antonis Samaras, le nouveau Premier ministre grec, est bien connu des milieux européens. Il y a tout juste un an, en juin 2011, l’homme fort du parti conservateur Nouvelle Démocratie leur a donné du fil à retordre en refusant de s’allier au socialiste George Papandréou. Ce n’est qu’à l’automne suivant qu’il a rejoint l’équipe du « technicien » Lukas Papadémos, à la condition que des législatives anticipées soient organisées. Le temps de se forger l’image du « sauveur de l’euro ».

Hier, Antonis Samaras a prêté serment en appelant le ciel à la rescousse. « Avec l’aide de Dieu, nous allons tout faire pour sortir le pays de la crise ». « Dignité des Grecs », « relance de l’économie », cohésion sociale » seront, dit-il, au cœur de l’action qu’il entend mener pour alléger les réformes exigées de la Grèce par l’UE et le FMI, en échange de son sauvetage financier. « La Grèce va livrer une grande bataille pour réviser l’accord de prêt », a surenchéri Evangélos Vénizélos, son partenaire socialiste au sein du gouvernement.

La musculation est pourtant le fort d’Antonis Samaras. Il y a tout juste 20 ans, alors qu’il est ministre des Affaires étrangères, ce fils de grand bourgeois fait cause commune avec les nationalistes grecs. Il veut « protéger » le nom de « Macédoine », estimant qu’il appartient aux descendants d’Alexandre Le Grand, et ne peut être accaparé par la république issue de l’ex-Yougoslavie. Il se montre tellement intransigeant que la majorité conservatrice s’effondre. Samaras quitte Nouvelle Démocratie, fonde son propre parti – Printemps politique – mais échoue, et entame une longue traversée du désert. En 2009, il réintègre le parti conservateur et rejoint le gouvernement Karamanlis. Après la défaite de celui-ci, il s’emploie à droitiser Nouvelle Démocratie. Une droite pure et dure. Lors de la récente campagne électorale, il prend ainsi les immigrés illégaux pour cible. Il parle de reconquérir les villes. Il s’aventure sur les terres des néonazis d’Aube Dorée rompus au tabassage d’immigrés.

A 61 ans, Antonis Samaras atteint enfin son but. Il se veut l’homme du renouveau, probe, indépendant des dynasties qui ont gouverné la Grèce au cours des dernières décennies et l’ont plongée dans la tourmente. Dimanche, Nouvelle Démocratie a réussi à distancer dans les urnes la gauche radicale anti-austérité de Syriza.

Faute d’une majorité absolue, Samaras négocie et obtient vite le soutien des socialistes du Pasok et de la gauche modérée du Dimar. Il devient le « sauveur de l’euro », un homme prêt à se battre pour son pays en conservant son appartenance à la monnaie unique.

La conversion proeuropéenne tardive de celui qui s’en prenait aux Européens accusés de vouloir « faire disparaître notre Macédoine » s’accompagne de sa capacité à faire le grand écart sur l’échiquier politique : ami du socialiste George Papandréou fréquenté durant ses études aux Etats-Unis, il se rapproche par ses positions nationalistes du parti très anti-Merkel Grecs Indépendants.

Cette large base l’aidera-t-elle lors du sommet des 28 et 29 juin ? La porte semble s’ouvrir à un prolongement de deux ans (jusqu’à fin 2016) du délai donné à la Grèce pour atteindre l’équilibre budgétaire. Plus ? Le patron de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker prévient qu’il n’y aura pas de changements profonds.

Mais après des mois de crise, chacun saura apprécier le répit qu’offre la stabilité politique. Fût-elle incarnée par un homme que l’on dit courtois, mais ombrageux, parfois limité intellectuellement, nourrissant donc une certaine méfiance à l’égard de ceux trop brillants qui l’entourent.

MARTIN,PASCAL

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