Dexia : l’hypocrisie du gouvernement

Banque. L’Etat fédéral ne vote pas la décharge… mais dit sa confiance aux administrateurs

Les jours de Pierre Mariani (à gauche) et Jean-Luc Dehaene aux commandes de Dexia sont désormais comptés. © Belga.

 Un actionnaire d’une société qui s’abstient de donner décharge aux administrateurs mais qui leur écrit le jour même pour leur exprimer sa confiance, est schizophrène ou hypocrite. Cet actionnaire existe. Il s’appelle l’Etat belge, et cela se passe chez Dexia.

Le 9 mai dernier, le Centre culturel et de Congrès de Woluwe-Saint-Pierre était le théâtre d’un psychodrame. Ce jour-là, les actionnaires de Dexia tiennent leur assemblée générale. Leur première réunion après le démantèlement décidé en octobre 2011.

On sait que depuis des heures, les téléphones chauffent en coulisses entre l’Etat fédéral, qui détient 5,7 % du capital, et les trois Régions qui en possèdent ensemble autant. La Région flamande a décidé de refuser de donner décharge aux administrateurs.

Le vote de la décharge est crucial : c’est à ce moment que les actionnaires décident qu’au vu des documents en leur possession (rapport annuel, etc.), il n’existe pas d’élément – de faute – qui pousserait la société à poursuivre les administrateurs sur leur gestion cette année-là. Le 9 mai, la décharge aux administrateurs est votée à 515 millions de voix « pour » ; 111 millions de voix « contre » et 546,4 millions de voix qui se sont abstenues. Pour, il y a le bloc français. Contre, il y a donc la Région flamande. Et parmi les abstentionnistes, on compte les Régions wallonne et bruxelloise et l’Etat fédéral.

Divergences de vues

Lorsque les administrateurs français apprennent que la Belgique n’a pas voté la décharge, ils voient rouge. Le conseil d’administration qui devait se tenir dans la foulée pour valider la nomination de Karel De Boeck comme administrateur est annulé.

Le lendemain, au Parlement, le Premier ministre Elio Di Rupo explique : « Au sein du kern, nous avions estimé qu’il était plus cohérent pour les différents gouvernements (fédéral et régionaux) de pouvoir se présenter à l’assemblée générale avec un avis commun. Après de nombreux contacts, il s’est avéré, hier, entre 13 et 14 h, que les différents gouvernements de notre pays présentaient des divergences de vues. C’est ainsi que nous avons décidé l’abstention. »

Mais la SFPI (le bras financier de l’Etat, qui avait chez Dexia un administrateur) demande au fédéral de motiver cette décision. Le gouvernement envoie donc à Jean-Luc Dehaene une lettre datée du 9 mai, adressée à l’ensemble des administrateurs, dans laquelle il leur exprime « sa confiance dans les actes de gestion » posés en 2011. Nous publions le contenu de la lettre ci-contre, et il est étonnant.

L’Etat fait en effet comprendre que si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait donné la décharge puisqu’il ne trouve rien à redire. Mais il n’ose pas affronter la décision de la Région flamande (malgré le fait que Jean-Luc Dehaene, président de Dexia, et Steven Vanackere, le ministre des Finances, étaient du même parti, le CD&V, que le président flamand Kris Peeters). Alors, hypocrite ou schizophrène ? Ou simplement pas très politiquement courageux ?

 

TEXTO

La lettre au conseil

« Mesdames, Messieurs,

Nous revenons à la décharge qui vous a été donnée par la majorité des actionnaires à l’AG de ce 9 mai 2012 et à la position d’abstention que l’Etat belge (…) a adoptée à l’occasion du vote de cette décharge (…). Nous avons été amené à cette décision pour d’impératives raisons de cohérence des positions de l’actionnariat de Dexia SA aux niveaux fédéral et régional que vous comprendrez.

Nous tenions cependant à vous confirmer qu’en ce qui le concerne, l’État fédéral, au vu des éléments dont il a connaissance sur la base des comptes annuels, du rapport annuel et des éléments repris dans le rapport fait au nom de la commission spéciale chargée d’examiner les circonstances qui ont contraint au démantèlement de la Dexia SA, maintient sa confiance dans les actes de gestion qu’a posés le conseil d’administration au cours de l’exercice 2011 dans des circonstances très difficiles.

Nous vous prions d’agréer… »

Signé : Elio Di Rupo et Steven Vanackere

THOMAS, PIERRE-HENRI
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