Maîtres du monde et de l’Europe

Euro 2012. Les Espagnols ont retrouvé leur superbe pour étriller l’Italie

Jordi Alba et Xabi Alonso exultent et dans leur foulée, c'est toute l'Espagne qui jubilait dimanche soir au terme de l'Euro 2012. © AP.

 

Kiev

Ce lundi en soirée, Madrid va vivre un spectacle qu’elle maîtrise désormais à la perfection. Elle n’a même plus besoin de guide. Au premier rassemblement à l’aéroport de Barajas, les Espagnols se compteront déjà par centaines. La foule va se multiplier pratiquement à l’infini lorsque les nouveaux doubles champions d’Europe, glorifiés par le sacre mondial, vont défiler dans les rues de la capitale sur un bus à impériale avant d’opérer la halte habituelle place de Cibeles où l’accueil sera à la hauteur du triplé historique réalisé par la Roja. Un sacre incontestable.

L’Histoire, avec un grand H, dépend parfois d’une décision. D’une seule et c’est une énorme leçon. Dans le cas qui nous occupe, elle a trouvé son origine dans l’entêtement d’un homme. L’Espagne serait-elle aujourd’hui la nation triomphante, et non plus la reine des désillusions, si Luis Aragones, le prédécesseur de del Bosque, avait cédé à la pression populaire et, surtout, médiatique ? Pour rappel, elle l’enjoignait à l’époque à délaisser les Xavi et autres Iniesta pour replacer Raul (son éviction était considérée comme une trahison), Morientes, Guti, etc. Et elle le priait d’oublier ce tiki-taka qu’il avait imposé, y compris chez les jeunes, dès son arrivée en 2004 pour profiter des idées développées au FC Barcelone qui comptait cinq joueurs sur la pelouse hier soir, en plus de Jordi Alba, formé à la Masia et qui évoluera au Camp Nou dès septembre avec l’auréole d’un grand trophée auquel il a pleinement contribué. Comme tous ses équipiers à l’exception du « faux » attaquant de pointe, il a entamé les six rendez-vous. Et il a même marqué pour boucler bien trop tôt la finale dans un stade olympique de Kiev dont plusieurs rangées étaient désespérément vides – la cause essentiellement au prix des avions –, confirmant que ce 14e Euro fut un véritable succès sportif mais pas populaire.

Dans son édition de samedi, Le Soir s’interrogeait sur la marge de manœuvre de cette Espagne arrivée en finale méritoirement mais sans développer son meilleur football. Au bout d’un quart d’heure où elle a confisqué un ballon que les Italiens ne parvenaient pas à maîtriser plus de quelques secondes, la réponse était déjà tombée. Iniesta, élu à juste titre joueur du tournoi, avait alors illuminé le stade Olympique de Kiev en décalant Fabregas. En déséquilibre, Silva a eu un peu de chance pour conclure l’action mais ce but reflétait la mainmise espagnole démontrée au cours de l’action précédente : plus de deux minutes ballons dans les pieds, une cinquantaine de passes avant un envoi un rien trop enlevé de Xavi.

Les Azzurri avaient déjà pris la mesure de la tâche qui les attendait, alors que l’Espagne n’avait plus encaissé depuis 900 minutes dans des matchs à élimination directe, mais ils ont eu du mérite. Beaucoup de mérite. Même menée de deux buts, l’Italie n’a jamais baissé les bras et elle aurait pu, à plusieurs reprises, relancer le suspense. Ou, c’est vrai aussi, encaisser un penalty pour une faute de main de Bonucci. Entre le 1-0 et le 2-0, l’Italie a également développé son meilleur football, mais lorsque Xavi et Iniesta évoluent au niveau qui était le leur hier soir, l’Espagne est irrésistible, son jeu se fige tout simplement dans une autre dimension. Son 2e but fut une pure merveille, son 3e par Torres, désormais seul buteur lors de deux finales, un profit parfait d’une perte de balle de Pirlo (tout un symbole), son 4e une démonstration de précision, d’un collectif et de la richesse d’un banc, même si la sortie sur blessure de Thiago Motta juste après sa montée au jeu en guise de 3e remplacement a facilité cette fin historique. Il n’y avait jamais eu plus de trois buts d’écart dans une finale de grand tournoi.

BUSIAU,THOMAS
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