Flandre. Levée de boucliers contre la N-VA accusée de virer à l’extrême droite et de vouloir faire éclater le pays !

Filip Dewinter et Bart De Wever, leaders du Vlaams Belang et de la N-VA : le second siphonne le parti du premier. © HERWIG VERGULT/belga.

In het Vlaams SVP – c’est tellement rare : la N-VA devient « een platform voor extreem rechts »… Une plateforme pour l’extrême droite ! Ce n’est pas un journaliste ou un politique francophone qui le dit, mais Patrick Dewael  et Marleen Vanderpoorten, chef de groupe et députée VLD, dans une tribune libre publiée lundi par De Morgen. Les libéraux flamands ne sont pas les seuls à monter aux barricades. Eric Van Rompuy samedi dans nos colonnes et Wouter Beke dans celles du Standaard, respectivement député chrétien-démocrate flamand et président du CD&V, ont mis en garde : « Il faut démasquer De Wever ! » Une offensive jamais vue au nord contre le parti de Bart De Wever. Qui est la cible de deux lourdes accusations.

La première : recruter des élus d’extrême droite émanant du Vlaams Belang en vue des prochaines élections communales (ils sont une quarantaine). Parmi eux : Jurgen Ceder et Karim Van Overmeire, co-auteurs, au début des années nonante, du « plan en 70 points » du Vlaams Blok, le guide anti-immigrés de la formation de Filip Dewinte.

Quant au deuxième chef d’inculpation : Bart De Wever est soupçonné de vouloir dominer la Flandre pour faire éclater la Belgique, au plus tard en 2014 à l’issue des législatives et régionales.

La N-VA s’extrême droitise-t-elle ? Observateur de première ligne, Johny Vansevenant, journaliste politique à la VRT-Radio, analyse : « N’oubliez pas que le grand-père de Patrick Dewael et de Marleen Vanderpoorten est Arthur Vanderpoorten, ministre belge de l’Intérieur qui mourut au camp de concentration de Bergen Belsen en avril 1945, ce qui motive en plus leur anti-fascisme. Pour le reste, il y a la conviction chez certains, et jusqu’au sein de la N-VA, qu’avec l’intégration de transfuges du Vlaams Belang, le parti nationaliste se modifie, que sa ligne change. » Pour Johny Vansevenant, Bart De Wever poursuit une stratégie : « Il sait que Dewinter avait recueilli plus de 30 % des voix à Anvers il y a six ans, il a besoin de ces voix, et pour les emporter, il se replace plus à droite, notamment en attaquant toujours le SP.A. »

Mais on l’a dit, l’extrême droite n’est pas tout. Le journaliste de la VRT ajoute : « Les libéraux flamands en ont assez évidemment de voir la N-VA leur piquer de l’électorat. Le CD&V aussi. Et ces partis ont peur de ce qui peut arriver en 2014, de ce que peut devenir le pays si la N-VA triomphe. Or, c’est bien parti. Alors, ils ont décidé de ne plus se laisser faire. Ce n’est pas un “complot” – il y en a bien moins qu’on ne pense en politique ! Simplement, ils tirent ensemble en même temps la même conclusion. » Ce qui n’est pas peu dire dans une Flandre figée dans l’ombre de Bart De Wever jusqu’à présent. Politologue, professeur à la VUB et à l’université d’Anvers, Dave Sinardet explique : « CD&V et VLD ont changé d’attitude, c’est manifeste. Avant, ils considéraient qu’il ne fallait pas parler de la N-VA, qu’il ne fallait pas se démarquer. Mais ça ne marche pas. Les sondages prédisent une victoire N-VA aux communales… Alors, ils réagissent. Il est vrai qu’en face, la N-VA s’est faite plus agressive, plus “hard”, notamment quand elle s’attaque au gouvernement de Kris Peeters – dont elle fait partie ! Même chose pour Bart De Wever : il s’est un peu replié sur lui-même, il est plus dur… Exemple : il a changé de GSM et, dit-on, il n’a pas donné son numéro à Wouter Beke, le président du CD&V ! Il ne l’a pas donné non plus à une série de journalistes, ça compte. » Le leader de la N-VA s’exposerait dès lors davantage aux critiques ? « Il est perçu plus qu’avant, vu ses dernières prises de position, comme un homme qui divise la Flandre, qui est prêt à tout pour le pouvoir… Et la N-VA n’est pas seulement la cible de critiques des partis, mais aussi de certains médias, même si c’est parfois modérément, comme le Standaard. De ce point de vue, on assiste peut-être à un tournant. Je dis bien peut-être. De toute façon, les élections communales mettront tout le monde d’accord : on verra alors où en est exactement la N-VA. » Dave Sinardet ne désespère pas, dit-il, de la voir perdre du poids : « En basculant plus à l’extrême droite, Bart De Wever fâchera-t-il son électorat centriste ? Il croit que ce ne sera pas le cas. Moi, je vois là un possible point faible pour lui. » Exposé aux critiques, affaibli, Bart De Wever ? Lui qui, jusqu’à présent, opérait impunément… Interviewé dans Zeno, le supplément du Morgen, il s’était étonné, il n’y a pas longtemps, que l’on reproche à la N-VA de recruter à l’extrême droite, alors que, disait-il, des terroristes deviennent bien chefs d’État… Et on en passe.

COPPI,DAVID
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