Le régime syrien ébranlé par un attentat

L’attentat contre le bâtiment de la Sécurité nationale, mercredi à Damas, marque une accélération des événements : le général Rajha, ministre de la Défense, et Assef Shawkat, beau-frère de Bachar el-Assad, y ont perdu la vie. © AP

Le régime de Bachar el-Assad a subi ce mercredi à Damas le coup le plus dur, sur le plan de la symbolique notamment, depuis le début de la contestation à la mi-mars l’an dernier : un attentat à la bombe a fauché les participants d’une réunion du Bureau de la sécurité nationale, une des branches des services de renseignement syriens, qui se situe à 200 mètres à peine à vol d’oiseau des bureaux du président syrien. Pire pour le régime : parmi les victimes, on dénombre trois personnages importants de son appareil sécuritaire, tous généraux partisans de la ligne dure : le beau-frère de Bachar el-Assad, Assef Chawkat, vice-ministre de la Défense, le ministre de la Défense, Daoud Rajha, et Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte.

L’ASL, l’Armée syrienne libre composée de civils et de déserteurs, a rapidement revendiqué l’attentat qui aurait été commis, selon une source syrienne officielle, « par un garde du corps d’un des participants à la réunion ». Un doute subsiste sur le modus operandi : le régime a d’abord annoncé un attentat-suicide, sans plus insister par la suite sur ce mode d’action. Le chef de l’ASL, le colonel Riad el-Assaad, a démenti depuis la Turquie où il est réfugié qu’il s’agisse d’un attentat-suicide, et a estimé que cet attentat marquait « le début de la fin pour le régime ».

« Faire chuter le régime »

Le communiqué de l’ASL évoque « la première d’une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l’ensemble des piliers et symboles du régime ». L’attentat, il convient de le rappeler, ponctuait quatre jours d’affrontements dans des quartiers de Damas qui indiquent une audace d’un niveau sans précédent de la part des rebelles. Ces affrontements auraient fait des dizaines de tués dans les deux camps.

Un officier de l’ASL, le sous-lieutenant Ahmed Mohamed Taqa, a déclaré, dans une vidéo sur YouTube, que l’opération avait été menée par « l’un de nos héros » de la Brigade des Sahaba (compagnons du prophète Mahomet) après « deux mois de surveillance ».

Le régime n’a pas tardé à annoncer sa volonté de réagir : « Cet acte terroriste renforce la détermination de nos forces armées à nettoyer la patrie des restes des bandes terroristes », a ainsi affirmé l’armée d’el-Assad dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat.

Pour les Occidentaux, l’attentat montre, comme l’a dit un porte-parole de la Maison-Blanche à Washington, que « le régime Assad est en train de perdre le contrôle de la Syrie ». Mais la Russie, qui défend bec et ongles le régime syrien au Conseil de sécurité de l’ONU, a condamné depuis Moscou un « attentat odieux », réclamant que ses auteurs soient « identifiés et punis ».

Selon une estimation invérifiable de l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé en Grande-Bretagne, il y aurait eu 46 civils, 43 soldats et 8 rebelles tués ce mercredi. (avec afp, ap)

BAUDOUIN LOOS
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.