L’Anglais Bradley Wiggins remporte le Tour de France

Froome, une sacrée promesse ; Wiggins, le premier Anglais en jaune à Paris ; Cavendish, un sprinter imbattable sur les Champs : de quoi pavoiser ! © AP/Laurent Cipriani

De notre envoyé spécial à Paris

A quelques jours des Jeux de Londres, Paris a déroulé le tapis rouge sur les Champs Elysées au premier Anglais à enfiler le dernier maillot jaune du Tour de France. Un clin d’oeil majestueux dans la passation de pouvoir entre les deux événements sportifs de l’été. Wiggins pourra rentrer au pays coiffé d’une couronne que les sujets de Sa Majesté cherchaient désespérément depuis 1903. Et encore eut-il fallu que le coureur aux favoris abondants sorte de piste pour découvrir une deuxième carrière sur la route car sans cette attitude honorable, cette prise de risque évidente et des sacrifices colossaux l’Angleterre aurait encore patienté.

Le doublé britannique. Les Insulaires n’ont pas fait les choses à moitié en plaçant deux de leurs représentants sur le podium parisien. L’émergence de Christopher Froome est encore plus spectaculaire car son palmarès se déclinait sur un confetti avant qu’il exprime ses talents de grimpeur sur le Tour d’Espagne l’année dernière. Beaucoup estiment toutefois, à l’heure des bilans, qu’il était le plus fort de ce Tour s’il avait reçu l’autorisation d’attaquer en montagne. Avec des si, on aurait pu refaire un autre Tour : si Contador avait été là, si Andy Schleck etc. Mais toujours est-il qu’en éloignant Froome d’une minute et seize secondes samedi au chrono de Chartes, Wiggins a établi lui-même la hiérarchie et tué dans l’œuf toute possibilité de contestation. A charge pour Froome et son futur employeur de trouver un terrain d’entente pour se séparer de son frère siamois car sans cela, il ne gagnera pas le Tour 2013.

Un Tour « Indurain ». Insipide ce Tour ? C’est l’avis de ceux qui l’ont regardé devant leur téléviseur. Pas celui des coureurs qui ont souffert sur leur machine. « C’était sans doute plus spectaculaire quand je le regardais moi-même à l’époque de Virenque mais il faut savoir ce qu’on veut, glissa Bradley Wiggins, samedi soir, lors de sa conférence de presse finale. La lutte antidopage a réellement pris tout son sens et il convient de poursuivre sur cette voie et, si elle nuit au spectacle, ce n’est pas mon problème ! » Le cyclisme version Sky, c’est surtout une méthode, une préparation mentale, diététique, physique. Chacun connaît son seuil de watts disponibles et ne les dépasse pas. Par la maîtrise des Sky, par l’incapacité des adversaires à attaquer cette équipe, par le tracé favorable à un spécialiste de chronos, ce Tour était effectivement plus fade dans l’absolu, il ressemblait aux éditions d’Indurain quand le Navarrais coupait tout suspende dès la première épreuve chronométrée.

Un Tour sans grimpeur. Mais si le parcours avait contenu davantage de montagnes et d’arrivées au sommet, il n’est pas certain qu’il eût été plus passionnant. Ce Tour manquait de grimpeurs. Nibali a certes obtenu un podium, ce qui n’était plus arrivé à un Italien depuis Basso en 2005 mais il n’a pas attaqué une seule fois en montagne. Van den Broeck a tenté, lui aussi, mais en fin de col, jamais à distance. Le seul qui a essayé, en réalité, c’est Evans, dans la Croix de Fer. Regardez son classement ce matin… Il n’y avait rien à faire contre ces Sky.

Un Tour sans partage. Ce fut aussi un Tour réservé aux mêmes formations. Sky ramène le titre, elle pose deux hommes sur le podium, elle offre trois victoires à Cavendish, les deux chronos à Wiggins ; Liquigas pose Nibali en bronze aux Champs Elysées et son explosif Peter Sagan en vert avec trois étapes au compteur ; Lotto est quatrième avec Van den Broeck et rafle aussi trois étapes avec Greipel ; Europcar s’offre quatre étapes, le maillot à pois. Treize équipes n’ont rien gagné, c’est énorme.

Un Belge quatrième. Un Tour sans victoire belge, ce n’est pas courant, mais c’est arrivé trois fois ces dernières années, entrecoupées par les performances de Gilbert de Vanendert. En revanche, un Belge quatrième du général, cela ne s’était plus depuis Lucien Van Impe en 1981. L’Anversois visait le podium, il aurait pu l’atteindre sans son ennui mécanique au pied de la Planche des Belles Filles. Il a manqué de réussite mais son équipe n’a pas manqué son Tour à l’image de Monfort, brillant, avant de connaître un jour sans. Il n’empêche, malgré les soucis qui ont accablé sa formation, il était le seul Belge, dimanche soir, sur le podium à Paris grâce au classement par équipes remporté par son équipe RadioShack. Coincés par leur mission d’équipier, les nôtres n’ont pas eu beaucoup l’occasion de se glisser dans les échappées. Gilbert a pu le faire à une reprise, il termina quatrième à Foix où Luis-Leon Sanchez lui était supérieur. Les Belges doivent, en revanche, retrouver un vrai sprinter et de vraies révélations. Nous n’avons ni Sagan, ni Van Garderen ni cet excellent Pinot, 22 ans, que la France regarde de ses yeux ébahis. Où sont nos jeunes ? En 2013, sur un parcours plus corsé où Ventoux et alpe d’Huez seront au programme, on aspirera, aussi, à voir Thomas De Gendt au départ.

STEPHANE THIRION
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