La boîte à bébés d’Anvers recueille un 3e nourrisson

La boîte à bébés d’Anvers, photographiée en 2009, quand elle avait recueilli un nourrisson provisoirement appelé « Adriaan De Kleine ». © Belga.

Un nouveau-né – un garçon – a été déposé mardi vers 18 h 45 dans la fameuse « boîte à bébés » de l’ASBL anversoise Moeders voor Moeders, une association qui propose une aide matérielle aux familles démunies. C’est le troisième nourrisson déposé dans la boîte à bébés depuis sa création en 2000 – le parquet d’Anvers a précisé hier que le bébé avait en fait été remis par sa mère à une responsable de l’association.

L’enfant, probablement né quelques heures avant son abandon, s’appellera (provisoirement) « De Kleine » (« Le Petit ») comme les deux autres enfants retrouvés dans la boîte à bébés anversoise en 2007 et 2009 : ils ont l’un et l’autre changé de patronyme lors de leur adoption.

La police a ouvert une enquête (1) pour découvrir l’origine du bébé que les parents ont toujours la faculté de récupérer dans les six mois, délai au-delà duquel la procédure d’adoption est lancée ; une fois l’adoption acquise, ses parents biologiques perdent leur droit sur l’enfant.

En 2009, l’inconnu(e) qui avait déposé un nourrisson à l’ASBL anversoise avait du reste abandonné dans la boîte une enveloppe contenant des informations qui lui auraient permis, le cas échéant, de réclamer l’enfant.

Un peu à la manière de ceux qui, au 19e siècle, avaient coutume de laisser la moitié d’une carte à jouer avec l’enfant qu’ils confiaient à l’un de ces « tours d’abandon » dont la plupart des villes s’étaient dotées pour prévenir les infanticides.

Ces tours n’étaient eux-mêmes qu’une survivance de ces tourniquets ménagés, au Moyen Âge, aux entrées des couvents pour recueillir les enfants que leurs mères abandonnaient. Les villes fermèrent, les unes près les autres, leurs « tours d’abandon » durant la seconde moitié du 19e siècle – Bruxelles fut la dernière ville belge à fermer le sien, en décembre 1856 : installé depuis sa création, en 1811, à l’hospice de la rue du Bois Sauvage, il avait recueilli 352 nouveau-nés durant ses huit dernières années de fonctionnement.

Curieusement, ces dispositifs allaient réapparaître quelques décennies plus tard avec l’installation, en 1996, d’une première « boîte à bébés » en Hongrie.

La technologie a évolué mais le principe n’a pas varié : les boîtes à bébés ressemblent à des coffres-forts vitrés et chauffés munis d’un signal d’alarme et d’un système de verrouillage qui se déclenchent l’un et l’autre dès qu’un enfant y est déposé.

On recense désormais près de 200 de ces boîtes – dont celle d’Anvers – dans onze pays d’Europe : ces dix dernières années, elles ont recueilli près de 400 nourrissons.

Cette pratique suscite immanquablement la controverse.

Pas plus tard qu’en juin dernier, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a estimé que ces boîtes « contreviennent au droit fondamental de l’enfant de connaître ses parents et d’être pris en charge par eux ».

En 2009, c’était le Conseil de l’Europe qui condamnait ces dispositifs « parce qu’ils incitent à accoucher dans la solitude » et parce qu’ils favorisent « l’abandon qui reste un crime dans de nombreux pays ».

Les partisans des boîtes à bébés, eux, prétendent que ce dispositif permet de prévenir les infanticides et d’offrir une solution aux mères qui, pour des raisons qui leur sont propres, souhaitent accoucher dans d’anonymat – en Belgique, la loi interdit « l’accouchement sous X » (lire ci-dessous).

« Il n’y a pas de solution pour les mères qui veulent garder l’anonymat, expliquait récemment Katryn Beyer, de l’ASBL Moeders voor Moeders. Il existe des situations où la mère ne souhaite pas être identifiée. La boîte constitue alors une alternative au sac-poubelle. Ce n’est pas la meilleure solution, bien sûr. Mais c’est mieux que de n’avoir aucune solution du tout. »

(1) L’abandon d’un enfant constitue en effet un délit sanctionné par la loi et l’enquête doit par ailleurs déterminer si un délit – un rapt, par exemple – a accompagné l’acte d’abandon. A noter que le parquet d’Anvers n’a pas voulu se prononcer de manière générale sur la situation juridique des boîtes à bébés.

DETAILLE,STEPHANE
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