L’écrivain Gore Vidal est mort

Commentateur acerbe de la société américaine, Gore Vidal cultivait aussi son apparence. © AFP

Gore Vidal est mort mardi à 86 ans, chez lui, dans la maison d’Hollywood où il habitait depuis 2003 après avoir vécu en Italie, à Ravello. Il n’était pas une vedette de cinéma, même s’il a joué notamment dans Fellini Roma et écrit des scénarios. Il était d’abord écrivain. Avec à son actif plus de vingt romans, autant d’essais et des pièces de théâtre, il était même considéré comme un des grands écrivains américains de son temps, une sorte de monstre à travers qui la société se découvrait telle qu’elle ignorait être.

L’image n’était pas toujours plaisante. Alors, plutôt que d’accepter leurs défauts, les Américains observaient ceux de Gore Vidal, oubliant non seulement qu’il était l’un d’eux, mais surtout qu’il leur ressemblait. Et voilà comment une œuvre, dont les spécialistes s’accordent à dire qu’elle occupe une place unique dans le paysage littéraire, disparaît derrière les frasques de son auteur.

Car il attirait le scandale autant qu’il aimait les caméras. « Je n’ai jamais manqué une occasion de faire l’amour ni de passer à la télévision », disait-il. Les méchantes langues ajouteront qu’il ne manquait pas non plus une occasion de rappeler ses liens familiaux ou ses fréquentations avec quelques grands hommes – son père, membre du cabinet Roosevelt, un lointain cousinage avec les Kennedy… Gore Vidal avait des rêves de grandeur, et c’est par le scandale aussi qu’il fut sur le point de les atteindre en 1948, à la sortie de son troisième roman. Un garçon près de la rivière racontait la découverte de son homosexualité par un jeune homme qui lui ressemblait beaucoup. L’ouvrage fut taxé de pornographique et rejeté par beaucoup de commentateurs, ce dont Gore Vidal prit prétexte pour crier à la censure – il n’est pas de meilleure publicité.

Par prudence ou par calcul, il prend alors un pseudonyme, Edgar Box, pour écrire des romans policiers tandis qu’il se consacre au théâtre, à la télévision et au cinéma. Non sans succès. The best man, une pièce jouée 520 fois à Broadway à partir de 1960, sera adaptée par Franklin J. Schaffner avec Henry Fonda et Cliff Robertson (Que le meilleur l’emporte). Scénario de Gore Vidal. On n’est jamais mieux servi que par soi-même… Une autre de ses pièces a donné Le gaucher au cinéma. Il a scénarisé une pièce de Tennessee Williams avec Joseph L. Mankiewicz, Soudain l’été dernier.

Il n’a pas oublié le roman. Les années soixante seront celles de ses meilleurs livres, en particulier Julian (1964), mémoires imaginaires de l’empereur Julien. Dans la veine historique, il donnera aussi, en 1984, un Lincoln très remarqué. Mais, s’il y a du souffle dans ses livres, certains lui reprochent de n’être pas un véritable romancier, parce qu’il est incapable de faire passer ses personnages avant son propre ego, qui envahit l’espace et étouffe ses héros.

Entre-temps, il a essayé de se lancer en politique, encouragé par Eleanor Roosevelt à se présenter au Congrès. Un échec, cette fois. Mais il continue à écrire. Il publie des essais où son style et son regard critique font merveille. Son éditeur disait de lui qu’il était un Montaigne américain. Il fait parler de lui, aussi. Il se brouille avec Truman Capote qui avait été son ami. Se bat avec Norman Mailer – ne sont-ils pas, au fond, les deux grandes gueules de la littérature américaine ? Parfois excellents dans l’écriture, et toujours meilleurs quand ils parlent d’eux-mêmes…

Que restera-t-il de Gore Vidal ? Un écrivain, peut-être. Une figure, certainement.

Une vie, une œuvre

Né le 3 octobre 1925

à New York, Gore Vidal choque la critique avec son troisième roman, Un garçon près de la rivière, plaidoyer homosexuel. Son œuvre comprend une vingtaine de romans (Duluth, Myra Breckinridge, Myron, Empire), une biographie de Julien l’empereur apostat, des pièces jouées à Broadway, des essais au vitriol et des Mémoires (Palimpseste).

Pierre MAURY
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