Samsung et Apple, c’est la guerre

 Les deux géants s’accusent mutuellement de violations de brevets

Apple réclame 2,5 milliards de dollars à Samsung, qu'il accuse de copier ses iPhone et ses iPad

C’est un combat de titans qui s’est ouvert hier devant un tribunal fédéral à San José (Californie), Apple et Samsung, les deux leaders mondiaux des smartphones s’affrontant dans ce qui s’annonce comme le plus grand procès jamais organisé aux Etats-Unis sur des brevets. Le groupe américain réclame plus de 2,5 milliards de dollars, accusant son concurrent sud-coréen de copier ses designs et d’autres brevets. De son côté, Samsung accuse l’américain de violer certains de ses propres brevets. Le procès a pour but de démêler ces accusations croisées.

Les deux groupes, qui monopolisent ensemble près de la moitié (49,5 %) du marché mondial des smartphones, sont également en conflit judiciaire dans plusieurs pays européens et en Australie, où les tribunaux ont livré des décisions contrastées. La semaine dernière, la cour d’appel de Düsseldorf (Allemagne) a ainsi décidé qu’elle interdisait la commercialisation en Europe de la tablette Galaxy Tab 7.7 de Samsung, parce que ressemblant trop à l’iPad d’Apple.

Aux Etats-Unis aussi, Samsung est sur la défensive. La juge Lucy Koh chargée du dossier a déjà suspendu en référé les ventes de sa tablette Galaxy de 10 pouces et de son téléphone Galaxy Nexus, conçu avec Google qui en fournit le système d’exploitation. En outre, il a été établi la semaine dernière que Samsung avait négligé de préserver des preuves en détruisant des courriels après le lancement des poursuites.

« Ce n’est jamais bon signe quand le juge décide qu’on a refusé de communiquer ou détruit des preuves », analyste l’avocat Polk Wagner, professeur spécialisé dans le droit des brevets à l’Université de Pennsylvanie.

Un autre avocat spécialiste des brevets établi à Washington, souhaitant garder l’anonymat pour protéger ses clients, a estimé par ailleurs qu’Apple pourrait être avantagé par le fait que ce conflit se joue « à domicile » pour le groupe américain.

Selon M. Wagner, c’est le plus grand procès sur un dossier de brevets depuis la procédure ayant opposé les géants de la photographie d’alors Kodak et Polaroid dans les années 1980. « Reste à savoir quel sera l’impact, même si Apple gagne, s’interroge-t-il. En général, c’est assez facile de concevoir (des appareils) en contournant quelques brevets, donc si Samsung perd une ou plusieurs manches, il pourrait rester en mesure de faire des téléphones. »

Mais les risques sont quand même élevés pour Samsung, qui pourrait se voir interdire définitivement de vendre ses appareils. Et s’il en lance d’autres qui ne soient que légèrement modifiés, Apple pourrait le poursuivre pour non-respect des décisions de la cour.

Actuellement Samsung, le plus grand utilisateur du système d’exploitation Android de Google, a une part de marché de 32,6 % pour les smartphones, avec 50,2 millions d’appareils livrés au deuxième trimestre, selon le cabinet IDC. Apple est deuxième avec 16,9 % de ce marché et 26 millions d’appareils vendus. (afp)

Le Galaxy S III, conçu par des ingénieurs… ou par des avocats ?

Samsung a lancé son nouveau smartphone sur le marché belge voici quelques semaines. Le Galaxy S III est-il vraiment le concurrent de l’iPhone 4s tel que le sous-entend le fabricant coréen ?

En découvrant le Galaxy S III, certains ont affirmé qu’il n’avait pas été conçu par des designers, mais par des… avocats. Une boutade, bien sûr. Mais qui s’explique par différentes caractéristiques du dernier smartphone de Samsung. Comme si les responsables de l’entreprise coréenne avaient d’abord et avant tout cherché à éviter que leur nouveau téléphone mobile ressemble trop à l’iPhone 4S. Pas tant pour faire preuve d’originalité qu’afin de limiter les risques d’une nouvelle action judiciaire d’Apple. On sait à quel point les relations sont tendues entre les deux entreprises, l’américaine considérant que la coréenne, notamment par l’utilisation du système d’exploitation Android, « copie » l’iPhone. Ce qui s’est traduit par de nombreuses actions judiciaires introduites un peu partout dans le monde (lire ci-dessus).

Dans sa communication officielle, Samsung réfute bien sûr toute influence de ses conseillers juridiques quant au dessin de l’appareil : il répondrait uniquement à des soucis d’esthétisme, de confort et d’utilisation.

Samsung précise que le design du Galaxy S III est le résultat d’une évolution, notamment portée par le succès de son prédécesseur, le Galaxy S II, vendu à plus de 20 millions d’exemplaires en moins d’un an. Un chiffre qui pourrait être battu par le nouveau modèle : en moins de trois mois, en dépit d’une disponibilité limitée (volontairement ?), ses ventes initiales auraient déjà passé le cap des 10 millions d’unités vendues.

Ce succès doit faire des envieux chez les concurrents – BlackBerry, HTC, LG, Sony ou Nokia – qui, eux, connaissent une période beaucoup moins euphorisante, malgré des qualités de production parfois tout aussi élevées, sinon supérieures.

Comparé par certains à un rouleau compresseur, le puissant groupe coréen ne semble craindre personne ni aucune action judiciaire. Désormais numéro un mondial du téléphone mobile en général et du smartphone en particulier, Samsung sait qu’il ne bénéficie pas – encore – de l’aura d’Apple. Il ne s’agit pas ici d’un problème de compétence technologique et moins encore de moyens financiers, mais plutôt de vision, de prise de risque et d’obsession du détail, trois vertus que Steve Jobs, le défunt fondateur de la marque à la pomme, cultivait de façon quotidienne.

Qu’à cela ne tienne, la machine avance. Concurrent d’Apple sur le créneau des smartphones, Samsung entend aussi chatouiller l’entreprise américaine sur celui des tablettes. Si l’iPad domine toujours ce marché mondial de la tête et des épaules, on n’est pas prêt à se décourager du côté de Séoul. Il se murmure que le fabricant coréen pourrait dévoiler une nouvelle tablette de sa gamme Galaxy Tab à la mi-août. Une annonce qui ne serait guère éloignée de celle que l’on prête à Apple (le 12 septembre ?). Celle de l’iPhone 5. Un hasard, sûrement.

Philippe Desalle

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