Lionel Cox, médaille d’argent au tir à 50 mètres couché

 

Lionel Cox, Liégeois de 31 ans, est un sportif amateur et constitue le symbole parfait de l'olympisme. © Belga

Un amateur complet qui remporte une médaille olympique alors qu’il est… inspecteur du travail dans le civil, si ce n’est pas la dernière histoire belge, ça y ressemble bien !

Lionel Cox, inconnu du grand public hier matin, est aujourd’hui la coqueluche du Royaume après avoir remporté la médaille d’argent au tir à 50 mètres couché. Il symbolise la « belle histoire » comme seuls les JO peuvent en fournir. La fameuse magie des Jeux…

Flash-back. La presse belge est prise d’un vent de panique, vendredi matin, en apprenant la qualification pour la finale de ce Liégeois de 31 ans après des éliminatoires de feu (évidemment…), avec 599 points, à une unité du record du monde. Bus, métro, sous-marin s’il le fallait : tous les médias de Belgique ont fondu sur The Royal Artillery Barracks. Dans la plupart des cas en découvrant au plus vite les règles de l’épreuve…

A l’arrivée, des militaires, beaucoup de militaires. C’est normal, on est sur une propriété du ministère de la Défense. Puis huit hommes couchés dans une salle, avec des cibles à 50 mètres et quelques centaines de passionnés, dont deux ou trois membres du Comité olympique belge, dans la seule tribune disponible.

Parmi les huit hommes couchés, un Belge, Lionel Cox, repêché in extremis par le COIB après avoir brillé ces derniers mois, notamment lors des répétitions des JO. A sa gauche, un Biélorusse, le meilleur de tous, « intouchable » (évidemment, encore) selon Cox. A sa droite, un Slovène prénommé Raymond. Les huit meilleurs après les éliminatoires du matin. Dix tirs à effectuer. Cox tire toujours le plus vite – « pour ne pas gamberger », dira-t-il plus tard – et moins bien qu’en séries. Il est en fait le plus mauvais des huit durant cette finale, mais avait été tellement bon en qualifications (les points du premier tour sont maintenus) qu’il résiste, in extremis, au retour du militaire slovène. A la dernière cartouche et à 0,2 point près !

C’est la médaille d’argent, un exploit pour l’inspecteur du travail à la Région bruxelloise qui prend le train tous les jours depuis Liège et qui ne pratique cette discipline toute particulière que depuis quatre ans seulement, sur les conseils de l’Adeps et de sa Fédération, qui l’ont convaincu d’abandonner le tir à 300 m pour une discipline olympique.

Médaille d’argent, donc. Lionel Cox se lève, a l’air un peu perdu, pas plus joyeux que les deux autres médaillés. Aucun ne lève les bras, c’est à peine s’ils sourient. La concentration maximale de ce sport de précision interdit, sans doute, les excès d’émotion… C’est un calme un peu surréaliste par rapport à l’émoi soulevé au même moment en Belgique. Certes, ce n’est « que » du tir couché, mais on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche vu notre récolte jusqu’ici. Sur Twitter, les félicitations pleuvent. André Antoine, grand spécialiste du genre, est battu au sprint par Elio Di Rupo, Philippe Gilbert, Steven Defour et tant d’autres. Déjà les blagues circulent sur un fonctionnaire couché qui remporte une médaille… Décidément, on trouve de tout sur Twitter.

Loin de tout cela, Cox reste calme. Un calme surréaliste, mais une humilité qui pourrait aussi servir de leçon à pas mal de footballeurs qui font trois fois le tour de terrain et embrassent la caméra quand ils marquent un but.

Cox, poliment, suit les membres de l’organisation qui l’emmènent devant les télés, puis à la cérémonie officielle, puis à la conférence de presse. On a l’impression qu’il est à deux doigts de s’excuser d’être là ! Les journalistes lui demandent de raconter sa vie et son œuvre. Rapidement, certains lui demandent s’il a une petite amie ou d’autres détails privés. C’est, déjà… le revers de la médaille !

Posé, plus calme dans le fond que les représentants de la presse – c’est aussi une leçon –, il explique son sport, son parcours, sa joie toute contenue. Un exemple parfait de l’olympisme, somme toute. Un amateur – le seul parmi les huit concurrents de sa finale – qui monte sur le même podium que Bolt, Federer, la Dream Team ou Phelps.

Au final, on attendait Clijsters, Gilbert, Boonen, et on a Lionel Cox. Un type que vous avez peut-être croisé, un matin, dans le train, entre Liège et Bruxelles. Aujourd’hui, ce type-là, un anonyme dans la foule, a une médaille d’argent autour du cou. Pour la vie.

« Et dire que je ne devais pas être à Londres… »

On connaît des sportifs qui font un show pas possible à la moindre performance, même banale et lui, il est là, tranquille, les mains dans les poches à l’interview, une bonne minute après avoir remporté une médaille d’argent aux Jeux olympiques ! Lui, c’est Lionel Cox, passé en un jour du rang d’illustre inconnu à celui d’attraction belge des JO.

Lionel Cox, cette médaille, elle tombe un peu du ciel ! Vous n’étiez pas favori dans l’épreuve de tir à 50 mètres ?

Non, pas du tout. Et d’autant moins que j’étais le seul amateur de la finale, face à des pros pour la plupart multi-médaillés lors de différents champions. C’est un exploit énorme que j’ai réalisé. C’est magnifique pour moi et pour la Belgique. C’est un rêve qui se réalise…

C’est une médaille que vous avez gagnée surtout en qualification ?

En effet, 599 sur 600, c’était mon record de Belgique et je n’étais qu’à un point du Biélorusse qui a ensuite gagné l’or. C’est d’ailleurs sa troisième médaille en six participations aux Jeux… Après, j’ai géré lors de la finale à huit. Le Slovène Debevec (NDLR : médaille d’or à Sydney dans une autre catégorie) est revenu tout près, mais mon tout dernier tir a sauvé ma médaille d’argent.

Vous ne montrez aucune exubérance malgré cet exploit ?

Ce n’est pas le genre des tireurs. Vous avez vu que les deux autres médaillés non plus n’ont pas exulté. D’autant que c’est un sport plus physique qu’il n’y paraît (la carabine pèse plus de 6 kg), mais aussi de concentration. Pendant plus d’une heure, on doit être dans notre bulle pour rester le plus précis possible. Alors après, on met un peu de temps à sortir de la bulle. Mais croyez-moi, je suis très heureux et conscient d’avoir réussi un exploit.

Vous faites figure d’extraterrestre aux Jeux : un amateur complet, c’est de moins en moins courant dans le monde du sport-business.

C’est vrai. Même dans le tir, d’ailleurs… Mais je pense que c’est un bon exemple de ce que l’olympisme était au départ. C’est aussi la preuve que je méritais ma place ici. Et dire que je ne devais pas être à Londres. J’ai en effet été repêché par le COIB suite à mes bonnes performances ces derniers mois. En fait, je ne pratique cette discipline précise que depuis 2008 et mon objectif, avec l’Adeps, était d’être prêt pour Rio, dans quatre ans. Je suis monté en puissance ces derniers temps et j’ai pu participer aux JO à Londres. A mon plus grand bonheur.

Comment fait-on pour combiner la pratique du tir et un boulot à temps plein ?

On fait comme on peut… Je ne pratique pas ce sport pour l’argent – il me coûte bien plus qu’il ne me rapporte – mais bien pour la passion ! Les rares primes ne me permettent pas d’en vivre. Je dois donc remercier mon employeur, la Région bruxelloise, où je suis inspecteur du travail, de m’avoir donné une dispense de service durant 30 jours pour être ici. Mais je crois que personne ne s’en plaindra… Pour le reste, je m’entraîne entre 5 et 10 heures par semaine, j’ai un coach et aussi un préparateur mental, qui n’est pas ici à Londres, mais que je remercie. En outre, j’ai discuté la veille de mon épreuve avec Jef Brouwers, qui travaille avec les hockeyeurs, les Borlée et quelques autres. Il m’a donné quelques précieux conseils, mais c’est un secret entre lui et moi.

Le COIB prévoit une prime de 30.000 euros pour une médaille d’argent. Qu’allez-vous en faire ?

Ça va à peine rembourser ce que j’ai investi depuis des années… Je le répète, on ne gagne pas d’argent avec le tir, on en perd.

Pensez-vous pouvoir susciter des vocations pour le tir en Belgique ?

Je l’espère. Vous savez, je fais partie d’un petit club, à Amay, d’une centaine de membres à peine et parfois, notre sport est décrié et critiqué. Si les gens se disent qu’ils peuvent arriver aux JO en suivant mon exemple et que finalement, le tir c’est un beau sport, tant mieux !

Toute la Belgique vous félicite déjà, d’Elio Di Rupo à Philippe Gilbert. Vous allez découvrir un autre monde ?

Peut-être. Je ne suis pas habitué aux honneurs mais je serai moins stressé qu’au moment de tirer la dernière cartouche aujourd’hui !

Rendez-vous à Rio ?

Oui ! Je suis encore jeune, j’ai toute une carrière devant moi.

la surprise

Le tir à la carabine couché

Le tireur vise une cible immobile à 50 mètres en position couchée. L’épreuve se compose d’un tour de qualification et d’une finale. En qualification, chaque athlète effectue 60 tirs avec un 22 long rifle à 50 mètres de la cible. Les 8 meilleurs tireurs en qualification se qualifient pour la finale. Les points de la finale s’ajoutent à celui des éliminatoires. Lors de la finale, les athlètes effectuent 10 nouveaux tirs. Le score total des 70 tirs détermine le classement final et l’attribution des médailles.

Lionel Cox en bref

Lionel Cox, Liégeois, 31 ans depuis quelques jours, est entré dans le sport par le biais du football. Milieu de terrain à Ougrée, c’est son père qui lui a mis sa première carabine en main. « Sans lui, je n’aurais jamais vécu cette passion. Le tir, c’est un monde fermé. » Inspecteur du travail pour la Région bruxelloise, il a pratiqué initialement le tir à 300 m avant que le COIB le persuade d’abandonner cette discipline, qui n’est plus olympique depuis 1964, pour le tir à 50 m en 2008.

Son matériel

Quand il parle de sa carabine, (une 22 Long rifle), Cox a les yeux qui brillent. « C’est la dernière arrivée sur le marché, explique Cox. Elle a un an et demi, de fabrication suisse, une Grünich&Elmiger. Avec des cartouches anglaises, de marque Eley. »

En moyenne, une carabine coûte environ 5.000 euros et une munition… 30 centimes. La Communauté française intervient dans ses frais. Par ailleurs, il doit avoir une protection oculaire et auditive. La cible centrale, à 50 mètres, fait 10,4 mm.

Son parcours ce vendredi

En qualifications, les 50 participants à l’épreuve tirent, en plein air, 60 cartouches. Cox termine à une extraordinaire deuxième place (599/600, record de Belgique, avec un seul 9,9 à la 18e cartouche et 10 pour toutes les autres), derrière un Biélorusse. Pour la finale, en salle, les huit meilleurs tirent dix fois (avec des points jusqu’à 10,9). Cox termine dernier sur les huit (102,2 contre 105 au troisième), mais son avance après les qualifications était telle qu’il conserve la deuxième place, à 0,2 point près !

Son credo : la zénitude

« Pour le tir, il faut être dans une bulle. Cela demande beaucoup de concentration. Depuis trois ans, je travaille avec un coach mental et je bénéficie de séances d’autohypnose. Un tireur est avant tout très fort dans sa tête, mais, physiquement, il faut être aussi très bien préparé pour tenir la position et porter la carabine, qui pèse 6,2 kg. La condition, je l’affûte avec la course à pied surtout. En hiver, je m’entraîne entre 5 et 10 heures par semaine, mais ce n’est rien du tout par rapport aux pros. »

La fête à Londres et à Amay

A peine la médaille d’argent acquise, alors que quelques membres du COIB félicitaient Lionel Cox, sur le site de The Royal Artillery Barracks, les messages pleuvaient déjà sur Twitter : Elio Di Rupo, Philippe Gilbert, Steven Defour, etc. Et à Amay, où il réside chez ses parents (la photo de droite), c’était déjà la fête. « J’imagine que ça va être sympa quand je vais rentrer, explique le médaillé qui a prévu de rester à Londres jusqu’à la fin des Jeux pour aller voir un maximum de compétitions. Le bourgmestre (NDLR : l’Ecolo Jean-Michel Javaux) m’avait déjà reçu lors d’une petite réception. J’imagine qu’il y en aura encore une quand je rentrerai. » On n’en doute pas. Ce samedi, il sera reçu, comme tous les athlètes belges présents à Londres (sauf Clijsters qui a fait faux bond hier) à la Belgium House, au bord de la Tamise.

Christophe BERTI
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