Voile : Evi Van Acker décroche la médaille de bronze

 Dans la catégorie laser radial, la  Gantoise de 26 ans donne une troisième médaille à la Belgique

Evi Van Acker a manqué l'or et l'argent, mais elle n'a pas boudé son plaisir d'avoir ramené le bronze. © Belga

Evi Van Acker ne regarde plus Weymouth, ce bout de terre à 300 km au sud-ouest de Londres, avec les mêmes yeux. Où plutôt le décor a changé. De son embarcation, elle n’y aperçoit plus ces collines désertes, seules compagnes de ces 250 jours qu’elle a passés à naviguer sous leur regard protecteur. A l’approche du rivage, elle n’entend plus les gifles que le vent inflige aux voiles. Pour donner de l’éclat à sa médaille de bronze, les collines sont noires de monde. Noir-jaune-rouge même, avec tous ces drapeaux belges. Les encouragements de sa famille, de ses amis, les cris des cinq mille personnes, font taire le vent.

Au large, Evi savoure, la bannière belge hissée haut. Pour la troisième fois lors ces Jeux. La toute première fois pour une fille en voile dans toute l’histoire des Jeux. Tandis que les flots la ramènent sur le rivage de Weymouth, ses souvenirs s’envolent de l’autre côté de l’Atlantique, vers Atlanta.

Au fond, sa médaille de bronze ne date pas d’hier. Evi Van Acker l’a sculptée dans la breloque d’argent que Sebastien Godefroid avait, alors, décrochée aux Jeux olympiques de 1996. Un pionnier pour la voile belge. Une inspiration pour Evi Van Acker. « J’ai une photo de moi avec Seb et sa médaille, nous apprend Van Acker. J’ai gardé aussi son T-shirt. Parfois, je dors même avec… »

Forcément, elle ne pouvait rêver que de médailles.

Huitième à Pékin, dans cette même catégorie « Laser Radial », qui propose une voile moins grande pour permettre aux poids plus légers de résister aux vents, Evi Van Acker ne voyait rien d’autre que cet instant sublime, qu’elle ne voulait pas gâcher en abusant de champagne, qui aurait pu mettre en péril son équilibre sur un podium, dont la marche, finalement, n’avait qu’une importance marginale pourvu qu’elle y soit.

« J’ai toujours rêvé d’une médaille. Or, argent, bronze, peu importait. Ce que je sais, en revanche, c’est que je n’aurais jamais supporté de finir quatrième. Comme l’Irlandaise (Murphy), j’aurais pleuré » Van Acker s’interrompt net sans se départir de son large sourire. « Mais c’est son problème. »

Comme si Evi craignait de redevenir ce qu’elle ne veut plus être : trop gentille. Trop longtemps, elle a calqué ses courses sur ses adversaires, finissant par ne jamais les dépasser, mais, lundi, dans cette Medal Race, cette grande finale de quelque trente minutes, seule la ligne d’arrivée l’obsédait.

« L’Irlandaise, je ne la regardais pas. Toute la semaine passée (Ndlr : pendant le tournoi préliminaire), je n’ai pas agi autrement. Pourquoi aurais-je dû changer d’approche ? Jamais, je n’ai disputé une aussi bonne compétition. Mes titres de championne d’Europe, ma deuxième place aux championnats du monde n’ont pas la même valeur que cette médaille. Ici, j’ai bien géré la pression. »

Du moins pendant cette régate décisive, aux points doublés. Le matin, elle n’avait rien su avaler. Et la veille, pour tenter d’échapper au stress, elle avait suivi les demi-finales des frères Borlée, mais elle avait fini par se projeter dans l’angoisse de Jonathan.

« Au bout du compte, l’incertitude autour de son repêchage m’a énervée. »

Evi Van Acker s’était carrément jetée sur les chronos pour les comparer avec celui du recordman de Belgique du 400 m.

Tout à sa fête, Van Acker n’a pas eu le temps matériel d’aller les encourager le soir meme au stade olympique, mais elle promet qu’elle se rattrapera avec le 4×400 et Tia.

« Je n’avais pas fait trop de plans au-delà de ce lundi : ça porte malheur. »

Et la fraîche vice-championne olympique n’a pas tiré de plans sur la comète non plus après cette troisième place. Avant de reprendre ses études, interrompues par une année sabbatique, fin septembre, elle va passer quelques semaines de vacances à Bali et mettre à son goût l’appartement qu’elle va partager avec son copain.

« Mais on ne pourra pas en prendre un plus grand avec les 20.000 euros de primes. Quand les impôts seront passés, il n’en restera plus grand-chose. Je lui avais promis que si j’avais décroché une médaille d’or, je lui aurais acheté une montre Breitling. Là, je peux juste lui offrir une Swatch. »

Mais bon, une montre, c’est une montre et une médaille, une médaille.

Sa préparation

24 heures dans la vie d’Evi

Des décisions à prendre sur le vif, un esquif à maîtriser à bout de bras en se glissant sans cesse d’un bord à l’autre : la condition physique revêt une importance capitale pour le navigateur. Autant pour conserver un maximum de lucidité que pour repousser au plus loin le seuil de résistance à l’effort. Pas étonnant, dès lors, qu’une journée-type d’Evi Van Acker lui impose une grande disponibilité pour se construire une solide condition. Voici à quoi peuvent ressembler 24 heures dans sa vie :

Lever : course à pied à jeun, qui permet, entre autres, d’éliminer les graisses superflues, directement brûlées.

Après le petit-déjeuner : entraînement physique spécifique.

Après le dîner : entraînement à la voile et récupération à vélo.

Après le souper : 2e séance d’entraînement – rameur, natation, musculation, coordination, prévention de blessure, etc.

Sa course

« Je n’ai plus réfléchi à rien »

Très vite, la Chinoise, Xu Lija, a noyé tout suspense pour la médaille d’or. La jeune fille de Shangaï, 24 ans, a mené quasi toute la régate. « J’avais choisi la même route que Xu, raconte Evi Van Acker, mais la Lituanienne m’a fermé la porte pour passer sur la droite. C’est dommage, sinon, à la première bouée, j’étais devant elle. » Un peu plus loin, la Gantoise s’est de nouveau fourvoyée dans son option. Par automatisme. « Chaque fois qu’on s’est entraîné sur le parcours, il fallait se laisser glisser sur la gauche. Aujourd’hui, il fallait prendre sur la droite. Mais ce n’est pas évident, d’un jour à l’autre, de s’adapter. » Van Acker a reculé jusqu’à la 10e place mais n’a pas paniqué. Elle est remontée petit à petit. « Je n’ai plus réfléchi à rien. Je voulais lâcher l’Irlandaise, avec qui j’était en lutte pour le bronze. Je me suis lancée comme une folle en vue de la ligne. J’ai même failli repasser deuxième.

son coach

« Médaille d’or à Rio »

« Evi était la plus forte du lot, mais le vent qui s’est brutalement levé ne l’a pas avantagée par rapport au grand gabarit (Ndlr : ce que n’est pas la Chinoise non plus, qui a compensé par une stratégie impeccable). Dans la première régate de samedi, Evi avait aussi perdu beaucoup de points précieux, mais on ne peut faire marche arrière », regrette Wil van Bladel, le coach néerlandais de Van Acker. En même temps, il reconnaît qu’à un moment, il n’y croyait plus. Diplômée en chimie de l’université d’Amsterdam en 2006, Van Acker va reprendre son Master de bio-ingénieur, avec une spécialisation en nutrition, dès le 24 septembre à l’université de Gand, et mettre entre parenthèses son sport pendant une bonne année. « J’espère, craint presque Van Bladel, qu’elle aura l’envie de revenir. Mais je la convaincrai avec l’exemple de la Chinoise : bronze à Pékin et or quatre ans plus tard. »

Rocco MINELLI
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