Décès de Michel Polac

 Décès du créateur de la première émission polémique de débats

Le journaliste, écrivain et critique français, Michel Polac, est décédé à 82 ans. © AFP

Un jour, il y a vraiment longtemps, on fumait comme des cheminées à la télé. Un jour, les émissions étaient enregistrées sur un plateau aux allures de bistrot. Un jour, on se levait de sa chaise en disant des gros mots et on en venait aux mains. Jusqu’à ce qu’un type à moustache, chauve et débonnaire, d’une voix tranquille, décide d’y mettre un (tout petit) peu d’ordre.

Ce type est mort. Pas hier, non. Michel Polac est mort quand la télévision s’est apaisée. Lissée. Endormie. Quand il y a eu des machines pour mesurer les temps de parole et des décors dégradés bleu pâle bien loin du joli bleu sale de la fumée des gitanes, des gauloises et de leurs vieilles copines néfastes.

En 65 ans de carrière – Jean Tardieu le repère à 17 ans alors qu’il tient un petit journal qu’il diffuse dans tous les lycées de Paris et lui fait intégrer le Club d’Essai, « laboratoire expérimental » de l’ORTF –, Michel Polac, journaliste, écrivain, critique et producteur de radio-télévision, a eu le temps de faire beaucoup de choses. La plus jolie : se rebeller, tout le temps, et se faire aimer, tout le temps. Respecter, mais aimer, oui.

Exemple numéro 1 : en 1955, à la demande de Jean Tardieu, il crée et anime Le Masque et la Plume avec François-Régis Bastide, un magazine public des lettres et du théâtre. L’ émission existe toujours sur France Inter. Au début de l’année 1970, la chaîne de radio s’apprête à remplacer l’émission, mais renonce devant la colère des auditeurs. De l’amour.

Exemple numéro 2 : en 1981, après dix ans d’absence télévisuelle (entre un documentaire et un livre), il revient à la télévision et présente Droit de réponse, toute première émission polémique de débats, sur TF1. Un souvenir, furtif : l’image d’une famille scotchée devant la télé le samedi soir, des grands, des petits, on rit, on réagit, il se passe quelque chose. Petit pincement : de l’amour.

On a aussi aimé Polac sacrifié sur l’autel de la privatisation. Quand, en 1987, TF1 devient propriété de Bouygues (géant de la construction), bang bang, l’émission est supprimée. En cause : un dessin satirique de Wiaz, en direct, illustrant cette phrase de Cabu : « Une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de m… ».

On a aimé Polac quand il est revenu en 2006-2007 sur France 2 former avec Eric Zemmour un duo de polémistes dans On n’est pas couché, l’émission du samedi soir de Laurent Ruquier. C’est marrant comme tous ceux (et celles) qui se sont assis à cette place par la suite, on ne les a pas aimés pareil.

Il a bien bossé, l’ami Michel. Il a le droit de se reposer. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages et d’autant de films, collaborateur à L’Evénement du jeudi, France Inter, Charlie Hebdo, que pouvait-il faire de plus ? Empêcher Nadège et Capucine de s’éclater la tronche dans Secret Story 6 ? Mener un débat entre agriculteurs romantiques dans L’amour est dans le pré ? Allumer une clope en plein prime ?

Michel Polac n’était pas suicidaire. Il est juste allé arbitrer une méchante discussion sur la survivance de l’âme entre Desproges, Gainsbourg et le professeur Choron.

Le journaliste, écrivain et critique français est décédé hier à l’âge de 82 ans.

Il était le créateur de « Droit de réponse », talk-show-phare de TF1 dans les années 1980.

Selon sa famille, il est mort d’épuisement après plusieurs maladies.

Julie HUON

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