Usain Bolt, le meilleur sprinteur de tous les temps

Aucun sprinter n'a jamais fait mieux que le Jamaïquain Usain Bolt, il remporte sa 5e médaille d'or pour le 200 mètres. © AFP

Pour entrer vraiment dans la légende, il faut répéter les exploits. C’est Usain Bolt lui-même qui le disait, en interview, avant les Jeux. Et le Jamaïquain a joint les actes à la parole, en remportant jeudi soir le 200 m olympique, quatre jours après avoir triomphé sur 100.

En sport, plus que les mots, plus que les photos, plus encore que les images, ce sont les chiffres qui restent. Implacables juges de paix, présents pour l’éternité.

Et les chiffres nous disent ce matin qu’un seul sprinter dans l’histoire a réussi à gagner quatre médailles d’or aux JO (en épreuves individuelles, sans compter le relais). Et c’est Usain Bolt : même le grand Carl Lewis n’en avait récolté « que » trois.

Les chiffres nous disent encore qu’un seul athlète a réussi à gagner deux fois d’affilée un 200m olympique depuis 1900. Et c’est encore Usain Bolt.

Les chiffres nous disent enfin qu’un seul athlète a réussi à doubler deux fois d’affilée la victoire sur le 100 et le 200 mètres aux Jeux. Un « double doublé », en quelque sorte. Et c’est toujours Usain Bolt !

Il faut répéter les exploits pour entrer dans la légende : Bolt est donc entré dans la légende, jeudi soir, devant 80.000 personnes ravies au stade olympique de Londres. Alors qu’à Pékin, il y avait lui et les autres et que le monde entier découvrait une star, un vent de fraîcheur pour l’athlétisme et un format hors norme pour le sprint (1m93, 93 kilos !), à Londres, Bolt était attendu au tournant (sans mauvais jeu de mots) et avait une pression énorme sur les épaules. Surtout depuis la double gifle infligée par son compatriote Yohan Blake lors des sélections jamaïquaines. « La Foudre » dépassée par « La Bête », ça promettait pour Londres un duel d’enfer.

Mais de duel, il n’y eut point. Juste un monologue depuis samedi et les séries du 100m. Et si sa victoire, dimanche soir, a été facile sur l’hectomètre, celle de jeudi n’a guère été plus compliquée. 19.32 (ce fut longtemps – de 1996 à 2008 – le record du monde de Michaël Johnson…), contre 19.44 pour Blake. L’image retiendra que pendant qu’il passe la ligne, Bolt met le doigt sur la bouche en regardant Blake ! Comme pour lui dire : « Tais-toi, le patron, c’est bien moi ». Une insolence incroyable, mais on pardonne tout à Usain Bolt tant il est hors normes. D’ailleurs, après l’arrivée, le phénomène de l’athlétisme a fait… quelques pompes sur la piste avant de s’amuser comme un enfant avec ses deux compatriotes. Car le troisième médaillé est aussi jamaïquain, Warren Weir, à une demi-seconde de Bolt, certes, mais médaillé de bronze quand même…

Lemaitre à la peine

Les trois larrons font des photos les uns des autres, montrent leurs muscles, restent un bon quart d’heure sur la piste. On les retrouvera dès ce vendredi soir, pour les séries du relais 4×100 m (la finale aura lieu samedi à 22h belges). Faut-il vous préciser qu’ils partiront favoris pour un rendez-vous qui pourrait offrir à Bolt une sixième médaille d’or et un fabuleux « double triplé » 2008-2012 ?

Et Christophe Lemaître, dans tout ça ? Le Français termine sixième en 20.19, très loin des attentes de l’Hexagone. Si Bolt n’avait pas freiné dans les derniers mètres, il lui mettait une seconde dans la vue. Heureusement que Lemaître avait renoncé au 100 m pour se préserver.

Rudisha Record du monde du 800 m pour l’autre star de la piste

Roi de la piste, le Kényan David Rudisha est devenu seigneur des anneaux avec la médaille d’or du 800 m des JO, assortie d’un record du monde en 1.40.91, premier homme sous les 1.41, jeudi soir.

Battu une seule fois en trois ans sur sa distance de prédilection, le Masai est l’autre grande vedette de l’athlétisme mondial, même si c’est en retrait de la fusée Usain Bolt. Mais, mieux que la mégastar du sprint, Rudisha, statue d’ébène et mains de pianiste, symbolise l’athlétisme. Le Kényan, lui, accomplit le tour entier de la piste et plutôt deux fois qu’une. Et, pour ne pas revivre le cauchemar des Mondiaux 2009 à Berlin, où il s’était fait piéger tactiquement, Rudisha conduit désormais les courses à son aise, c’est-à-dire en tête. Il en a les moyens.

« Grand, élancé, souple, Rudisha est magnifique à voir courir », souligne le Britannique Sebastian Coe, président du Comité d’organisation des Jeux. Icône du demi-fond mondial des années 80, Coe était un autre esthète de la piste, comparé en son temps au danseur russe Vaslav Nijinski.

Rapide sur 400 m, comme son père Daniel, vice-champion olympique du relais 4×400 à Mexico, Rudisha est né sous une bonne étoile. Sa mère, Naomi, fut aussi une bonne spécialiste du tour de piste.

Comme tant d’autres champions en herbe d’Eldoret, David, 10e d’une fratrie de 11 enfants, a été façonné par le père irlandais Colm O’Connell. Le religieux de Cork a découvert le paradis de la course à pied sur les hauts plateaux où il a formé en une quarantaine d’années plus de 25 champions olympiques et du monde, dont un autre grand du 800 m, Wilson Kipketer !

Honneur des Masai, Rudisha avait été accueilli en héros au pays après son double record planétaire en une semaine, en août 2012, d’abord à Berlin (1.41.09), puis à Rieti (1.41.01). La première fois, il avait détrôné Kipketer, qui résistait depuis 13 ans.

Rudisha, de retour au pays, avait revêtu de bonne grâce les atours traditionnels du guerrier de son ethnie. Et, sans être devin, on peut penser qu’il sera le premier homme à courir le 800 m en moins de 100 secondes.

Christophe BERTI, AFP
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