Quand les moules coûtaient 2 francs le kilo

Les archives photographiques du Soir recèlent quelques pépites. Nous avons envie de vous faire partager ce patrimoine. Chaque vendredi nous publions un de ces témoignages de notre passé.
 
moules
 
La marchande de moules du Parvis de Saint-Gilles rencontrait un beau succès, vers 1937.
 
L’article  « Ohé ! Les belles moules… », paru  dans le Soir du 14 septembre 1931, nous permet de suivre Albert Bouckaert qui  part à la découverte du marché du Canal.
« En approchant du boulevard de Nieuport, nous nous attendions à percevoir l’écho de ce cri mercantile et laudatif. Le long du canal, en effet, non loin de la caserne du Petit-Château, se tient journellement – pendant les mois en « r » – un vaste marché aux moules. Contrairement à nos présomptions, ce marché se déroule dans un calme impressionnant. Mais si aucun cri n’en signale l’existence aux oreilles du passant, une odeur caractéristique le révèle à ses narines surprises. Approchons-nous du quai. Sur l’eau glauque et paisible du canal – exactement entre la rue Locquenghien et le pont qui prolonge la rue de Haelen – huit bateaux sont alignés. Leur nationalité ? Hollandaise. La plupart d’entre eux sont arrivés la nuit dernière, venant de Zélande où la pêche de la moule – cette huître du pauvre, prétend-on – est particulièrement fructueuse. Au centre de chaque embarcation s’érige une imposante montagne de mollusques (…)Que valent actuellement les moules en gros ? Environ cinq francs le panier, soit quarante-cinq francs les cent kilogrammes. Les moules étant manipulées à la pelle, il y a évidemment un certain déchet. Le marché « moulier » le plus important de Belgique est Anvers, qui  ravitaille notamment l’étranger. Bruxelles dessert uniquement la capitale et la province.  Trafic néanmoins important, si l’on songe que plus de cinquante mille kilogrammes de  « mollusques lamellibranches » – pour parler comme le dictionnaire – changent de mains, journellement, le long du boulevard de Nieuport.En principe, le marché de Bruxelles est essentiellement achalandé par des grossistes. Les pêcheurs n’en accueillent pas moins les acheteurs au détail, ouvriers du voisinage, ménagères du quartier, qui trouvent, à se rendre directement au bateau, un sérieux bénéfice. Les clients au détail payent le grand panier de six à sept francs. Mais le panier réglementaire a des sous-multiples, et l’on peut acquérir à quai, pour trois francs, une quantité appréciable de valves au ventre comestible.Voici un groupe de jeunes gens qui viennent de s’offrir ce luxe. Leurs moules enfouies dans un journal, ces Lucullus en plein air se dirigent vers un banc voisin qui leur servira tout à la fois de siège et de table. Le paquet défait est étalé au milieu du groupe. Des tartines sortent des poches. Les couteaux s’ouvrent… à des fins nettement pacifiques. Et une à une, avec une volupté gustative qu’exprime la face épanouie des consommateurs, les moules sont englouties « in naturalibus ».Un peu plus loin, d’autres « moulophiles » plus raffinés – qu’on nous pardonne cet affreux néologisme de circonstance – dégustent «  à la charrette » ; mais il leur en coûte un peu plus ; un franc les treize ! Il est vrai que, pour ce prix, les clients peuvent assaisonner leurs treize moules de vinaigre, de moutarde ou de citron.

- Le temps n’est plus, nous dit un amateur dont nous admirons le rude appétit, où l’on pouvait, pour 10 centimes manger des moules sans limite… à condition de ne pas tousser. C’était avant la guerre. Dès que l’on toussait, la marchande interrompait la consommation. Et pour hâter ce dénouement, elle avait soin de poivrer copieusement la sauce tartare mise à la disposition des clients… Sauce tartare qui devenait ainsi sauce barbare… »

 
 
 
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