L’ONU mobilisée pour les océans

Un exemple simple et parlant illustrant l’impact des activités humaines sur l’état des océans : les centaines d’animaux victimes des rejets d’hydrocarbure de la plateforme Deepwater Horizon du pétrolier BP dans le golfe du Mexique. © AP.

On n’en connaît qu’environ 10 % des espèces marines, les plus faciles d’accès et les plus massives. Mais beaucoup de choses restent à découvrir dans les mers qui couvrent 70 % de la surface du globe. Seule certitude à l’heure actuelle pour les scientifiques : les océans sont en grand danger en raison des activités humaines. Quarante pour cent sont « lourdement affectés », indique un rapport de l’Unesco, l’organisation des Nations unies chargée de la science et de l’éducation. Deux exemples : 20 % des coraux ont disparu, 20 % sont dégradés ; 30 à 50 % des mangroves ont été détruites. Or, si 540 millions d’êtres humains dépendent de la pêche et des pêcheries, une personne sur deux dans le monde habite une zone côtière. De quoi prendre au sérieux les appels internationaux qui se multiplient pour mieux protéger les écosystèmes marins.

Dernière initiative en date, celle du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon qui, lors de la clôture de l’exposition internationale de Yeosu (Corée), a annoncé le lancement d’une initiative contre la pollution, la surpêche et la montée des eaux. Cette initiative baptisée « Oceans Compact » est censée rendre plus efficace, au sein de l’ONU, la coordination des efforts entrepris pour préserver les océans dans un « état précaire », a expliqué Ban. Une commission de haut niveau doit être constituée afin de dresser un plan d’action. Elle sera composée de responsables politiques, de scientifiques et d’océanographes, de représentants du secteur privé et de la société civile, ainsi que des patrons des organisations de l’ONU concernées.

D’ici à 2025, tous les pays devraient s’être fixé des objectifs de réduction des rejets polluants, et au moins 10 % des zones côtières et marines devraient être protégées. Actuellement, seul 1 % des zones océaniques l’est réellement. Et des experts jugent qu’il faudrait arriver à 20 %.

Trois domaines d’action prioritaires

Test à l’acide pour espèces en péril

L’acidification des océans est un phénomène moins connu que l’élévation du niveau des mers. Mais il préoccupe tout autant les scientifiques. Les causes sont les mêmes : l’absorption croissante de CO2 par les mers et sa transformation en acide carbonique. Le résultat : les animaux qui dépendent du carbonate de calcium pour constituer leur coquille et leur squelette éprouvent de plus en plus de difficultés de calcification lorsque le ph de l’eau diminue. Moules, huîtres, coquillages, crustacés, en sont affectés. Leur taille et la solidité de leur coquille se réduisent dans une eau plus acide. Mais cet accès de faiblesse touche aussi les coraux, refuge, vivier et nursery d’innombrables espèces. Certains chercheurs suspectent même l’acidification d’avoir des retombées sur la santé des poissons. C’est donc toute la chaîne alimentaire et la biodiversité marine qui est en jeu, principalement dans les eaux froides de la Planète où l’effet de l’acidification semble être plus important. Pas sûr que les animaux disposent d’assez de temps pour s’adapter.

La biodiversité : essentielle à la Planète

Surpêche, destruction des habitats, pollution, exploration et exploitation minière, espèces invasives… la biodiversité marine fait face à des pressions sans cesse croissantes. Or, elle représente les neuf dixièmes de toutes les espèces vivantes présentes sur notre Planète. De quoi s’inquiéter si son équilibre venait à être menacé. Ce qui, pour pas mal d’espèces essentielles, est assurément le cas. Même si beaucoup de choses sont encore à découvrir dans les océans et les mers, une chose est sûre : la biodiversité la plus menacée se situe dans les mers fermées et les zones à forte densité de population telles que la Méditerranée, le golfe du Mexique, la mer Baltique, les Caraïbes et le plateau continental chinois. On connaît mieux le sort des animaux de grandes tailles, celles des zones côtières et celles qui sont pêchées, que celui des espèces plus discrètes par leur taille ou leur habitat. Mais il est clair que des modifications de tout élément de cette biosphère peuvent avoir des impacts considérables sur l’ensemble des écosystèmes.

Les côtes n’en mènent pas large

Le réchauffement du climat contribue à l’élévation du niveau des mers. Depuis le début des années 90, la moyenne est d’environ 1 millimètre par an. Avec des grandes disparités selon les régions. Ainsi, sur une bonne partie de la côte Est des Etats-Unis, le rythme d’élévation est de 2 à 4 fois plus important. A Ostende, la mer du Nord gagne 4,41 mm par an depuis 1992. Les experts de l’ONU estimaient en 2007 que le niveau moyen des eaux pourrait monter de 18 à 59 cm d’ici la fin du XXIe siècle. Des chercheurs américains ont affiné ces pronostics en y intégrant la fonte des glaces. Leurs prévisions : + 8 à 23 cm d’ici 2030, par rapport au niveau de 2000, + 18 à 48 cm d’ici 2050, et + 50 cm à 1,40 m d’ici 2100. Avec une mer positionnée plus haut, les tempêtes qui pourraient se multiplier seront plus dévastatrices. Certains habitats fragiles (zones humides, marais, estuaires, mangroves) seront davantage menacés. Les communautés et les villes côtières qui abritent une bonne partie de l’humanité sont particulièrement exposées et vulnérables.

DE MUELENAERE,MICHEL
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