RUSSIE Condamnées à deux années de prison, les Riot pourraient faire appel

Comme dans la plupart des grandes villes d’Europe, la condamnation des « Pussy Riot » a suscité des manifestations de soutien à Bruxelles, en face de la délégation de Russie auprès de l’Union européenne. © Pierre-YVES THIENPONT/LESOIR.

de notre correspondant à Moscou

Tenez bon ! » En quittant la salle du tribunal moscovite où, vendredi, les trois « punkettes » de Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de prison, le leader de l’opposition Alexeï Navalny s’adressait autant aux trois jeunes femmes qu’à lui-même. « Le Kremlin de Vladimir Poutine prend aujourd’hui sa revanche. C’est lui qui a écrit ce verdict. Le message est clair : il veut montrer à tout le monde, à nous, à Madonna, à Paul McCartney et aux autres stars mondiales qui soutiennent les Pussy Riot, qu’il n’a rien à faire de notre opposition ! », a confié au Soir le célèbre opposant, juste après avoir adressé quelques gestes et mots en direction des trois femmes.

1. Une peine sévère

Dans leur cage vitrée, Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, ne semblaient pas surprises par la sévérité de leur condamnation. Poursuivies pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse » après leur concert provocateur dans la cathédrale orthodoxe de Moscou contre Vladimir Poutine, quelques jours avant sa réélection au Kremlin, les trois jeunes femmes sont restées debout pendant les près de trois heures de la lecture du verdict.

D’une voix monocorde et monotone, tournant sans fin les pages de son épais dossier rouge, la juge a pour l’essentiel repris les arguments du procureur, qui avait requis trois ans. Insistant lourdement sur l’insulte faite à l’Eglise orthodoxe : la « prière punk » des Pussy Riot, avec son refrain sur la Sainte Vierge qui doit « chasser Poutine », a « violé l’ordre public » et « offensé les sentiments des croyants ». Un « sacrilège » pour la juge.

Rappelant le caractère politique des actions des Pussy Riot, la magistrate a voulu défendre avant tout l’Eglise et les simples orthodoxes contre cette « haine de la religion ».

2.Un message de fermeté

Impassibles, les trois « punkettes » ont écouté, bras croisés, mains menottées. Elles ont échangé paroles et sourires après certains des arguments de la juge. Lorsque, par la fenêtre entrouverte, a brièvement retenti l’une des musiques des Pussy Riot, elles ont franchement rigolé.

Paradoxalement, Vladimir Poutine avait souhaité que les trois jeunes femmes « ne soient pas jugées trop sévèrement ». Et, vendredi, le Haut conseil de l’Eglise orthodoxe a demandé « aux autorités de l’Etat de faire preuve de clémence ». Une succession de déclarations qui, bien orchestrées, semblent faites pour semer la confusion. Car l’heure est à la fermeté et non à l’ouverture. Le message des autorités était hier d’autant plus clair qu’aux abords du tribunal, la police a interpellé une soixantaine de manifestants dont l’ex-champion d’échecs Garry Kasparov.

Dans la salle du tribunal mais surtout dehors où s’étaient rassemblés quelques centaines d’opposants, le verdict a été accueilli aux cris de « pazor » (« honte »).

3. Résignation ou révolte ?

L’humeur était pourtant plutôt joyeuse. « Le Kremlin se moque de nous. Il pense que ce verdict va nous faire peur. Mais ce verdict va relancer les mouvements de rue contre le pouvoir », prévient Oleg, 32 ans, juriste et fidèle des manifestations depuis décembre. Autour de lui, la foule attendait le passage du cortège menant les trois « punkettes » à leur prison.

« Ce procès et ce verdict sont une farce ! », a protesté Mark Feigin, l’un des avovats des condamnées qui a assuré étudier les possibilités d’appel. « C’est un clair message à la société civile : vous voulez la liberté, nous vous donnerons la prison ! », a-t-il lancé. « La seule solution : la révolution ! », a même ajouté Piotr Verzilov, le mari d’une des trois « punkettes » et fondateur de Voïna, l’un des mouvements artistico-politiques les plus extrémistes.

Ce verdict intervient alors que d’autres poursuites judiciaires sont en cours. Contre une douzaine de manifestants arrêtés après les heurts du rassemblement du 6 mai. Et contre Alexeï Navalny lui-même. Craint-il d’être le prochain à se retrouver derrière les barreaux ? « Le procès des Pussy Riot montre aujourd’hui que personne n’est à l’abri », a-t-il répondu au Soir.

BENJAMIN QUENELLE

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