On rentre la moisson

Les archives photographiques du Soir recèlent quelques pépites. Nous avons envie de vous faire partager ce patrimoine. Chaque vendredi nous publions un de ces témoignages de notre passé.
 
moissons
 
Près de Leuze, en 1960, tous sont mobilisés pour la rentrée de la moisson, ce grand moment de la vie agricole.
 
Dans le Soir du samedi 10 août 1957, Pierre Novelier qui tient la chronique « Un citadin aux champs » a participé à la récolte des céréales.

« Sur le char de la moisson »

(…) A l’aube, le fermier a jeté un coup d’œil vers le ciel.
-         Je pense que je vais « rentrer ». S’il a plu la veille, il fera le tour des dizeaux, plongeant une main sous la gerbe pliée qui sert de chapeau, pour tâter les épis, s’assurer de leur sécheresse.Les chevaux sont attelés. Le matériel est déposé dans le char pourvu de quatre solides perches horizontales qui en augmentent la superficie. Il faut un long « combleau » ou corde épaisse et un tourniquet de bois. Les cultivateurs qui n’ont que quelques hectares de terres rentrent la moisson avec le tombereau pour lequel le système de serrage du « combleau » est très primitif et très efficace. Une fois le chargement de gerbes terminé, un pieu est planté au sommet de la tomberée. Un bâton, dont l’extrémité est introduite dans une boucle du câble est tourné, à la force u poignet autour du pieu, à la manière d’un cabestan. Les gerbes craquent sous la pression. Le combleau s’y enfonce. Quand le tout est bien assujetti, le bâton est attaché au pieu par une simple ficelle de quelques décimètres de longueur. C’est par cette ficelle que tient l’immense chargement ! Les chars possèdent un moyen plus moderne : celui du tourniquet métallique fixé à l’arrière du véhicule.On rentre.

La fermière, ou un aide, debout dans le char, fait la charrée, plaçant méthodiquement les gerbes qui lui sont lancées, deux à la fois, au moyen d’une fourche à deux dents. On prend plusieurs fourches avec soi sans oublier la très longue qu’on emploie lorsque la hauteur du chargement augmente.

Placer les gerbes est un art, car il faut équiliber la masse afin d’éviter qu’elle ne verse sur le chemin. Celui qui place dans l’impossibilité de voir si la charrée « monte droite ». C’est l’expérience qu’il faut, comme en la moindre des choses relatives à la culture de la terre. (…)

Ah ! Le beau retour au sommet de la charrée qui tangue sur les cailloux, qui s’incline dans les dos d’âne et force à s’agripper au combleau ! Les branches qui fouettent le visage et que les fillettes, juchées au « coupied » du char voient s’approcher en poussant de petits cris appeurés ! Les pommes d’août qu’on cueille au passage ! Les toits bas qu’on voit sous soi ! Les chaumes couverts de joubarbes et de mousses qu’on frôle ! Sur la dernière charrée, on plante un rameau vert et, dans la cour de la ferme avant de la décharger, on boit à sa santé.

Ce qui importe, c’est de se presser. Ne pas perdre un instant, telle est la règle. La pluie peut surgir qui gâterait tout.

 

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