Une Marche blanche en modèle réduit

Jean-Denis Lejeune dit ne pas être déçu par le nombre de manifestants. Il a réclamé un durcissement des peines pour les criminels qui s’en prennent aux enfants. ©Pierre-Yves Thienpont

Ils n’étaient que 5.000. Mais 5.000 quand même. La marche « pour une réforme de la justice » et contre la libération de Michelle Martin, organisée par Jean-Denis Lejeune, a rassemblé dimanche un concentré de ceux qui étaient déjà présents à l’immense Marche blanche (330.000 manifestants) du 20 octobre 1996, alors que toute l’horreur de l’affaire Dutroux n’était pas encore révélée. Il y avait là des nostalgiques du Mouvement blanc, autrefois appelé à devenir un parti politique ; des familles avec des enfants en bas âge ; des zozos aussi demandant la restauration de la peine de mort et quelques excités qui eurent l’indignité, à l’arrivé du cortège à la place Poelaert, de brûler un cercueil figurant celui de Michelle Martin.

On retiendra de cette manifestation le visage et l’allure radieux de Laetitia Delhez, la dernière victime de Marc Dutroux. La jeune femme, devenue mère de trois enfants, a proclamé, sous les applaudissements nourris de la foule, que le « combat est toujours d’actualité. Nous allons continuer à constituer un environnement meilleur pour nous tous et surtout pour nos enfants ».

Jean-Denis Lejeune, lui aussi, est apparu radieux, comme son ex-épouse Louisa dont les interventions pertinentes au procès d’Arlon avaient ouvert de nouvelles pistes d’investigation. C’était un peu comme si « l’affaire » était derrière eux, mais que les principes qui l’avaient fait naître ou qui les préoccupaient encore étaient toujours devant. Jean-Denis Lejeune a rappelé son appel à une « réforme profonde de la Justice », dont les points essentiels avaient été publiés dans Le Soir de samedi. Il était ravi. La foule, avait-il dit, ne devait pas se parer de blanc, comme lors de la Marche blanche de 1996. Elle ne l’a pas entendu : le blanc était une couleur dominante dans l’assemblée massée sous la canicule. Les ballons blancs donnaient une atmosphère d’octobre 1996 à ce rassemblement plus modeste mais lui aussi teinté de blanc.

Au début de la manifestation, alors que les participants ne se comptaient qu’en quelques centaines, un doute traversa les organisateurs. Jusqu’à ce que les policiers les avisent que d’autres cars arrivaient, que des trains entraient en gare : la petite marée blanche était prête à déferler sur Bruxelles. Le soleil chauffait la foule, autant que les discours des orateurs : l’annonce de l’arrivée de nouveaux coreligionnaires enflammait leurs huées à l’encontre du Tribunal de l’application des peines (TAP) de Mons, d’Elio Di Rupo (« Où es-tu ? »). Dans les affiches portées à bout de bras, la « Belgïe op zijn kop » (la Belgique sur sa tête) côtoyait les « Dutroux, Martin, assassins ». Cette manifestation fut tant celle du Sud que du Nord du pays. A égalité de victimes : Pol Marchal et Jan Lambrecks, les papas d’An et Eefje d’un côté ; Jean Denis Lejeune et Laetitia Delhez de l’autre, tous encore réunis par leur parcours commun.

Pol Marchal prit la parole pour répéter encore sa certitude que le risque de récidive existait bien dans le chef de Michelle Martin. « Francophones, s’adressa-t-il à la foule en français, prenez garde. Martin cherche un travail. Elle a un diplôme d’institutrice. Prenez garde à vos enfants et petits-enfants. » Et de rappeler que Martin avait grugé le TAP en prétendant indemniser ses victimes, avec une épargne de 265 euros économisés, selon elle, pendant 16 ans, et dont ils n’ont jamais vu la couleur, même si l’argent n’est pas l’essentiel pour les victimes.

Jean-Denis Lejeune avait appelé à une manifestation « sans démagogie ni populisme ». Les quelques débordements haineux n’ont pas entaché le tempo de ce défilé bon enfant et généreux, poursuivi sous une chaleur caniculaire.

A 15 h 10, à petits pas, les manifestants ont pris la direction du palais de justice de Bruxelles, place Poelaert à Bruxelles. C’est là que la Cour de cassation devra rendre son arrêt le 28 août à 9h30 sur les pourvois formés par le parquet général de Mons et les parties civiles contre la décision du TAP de libérer Michelle Martin.

MARC METDEPENNINGEN

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