Ethiopie : le Premier ministre Meles Zenawi décédé à Bruxelles, quel sort pour la Corne de l’Afrique ?

Le secrétaire de l’ONU Ban Ki-moon a salué en Zenawi, un « défenseur exceptionnel de la cause africaine sur le continent comme en dehors ». © AFP.

correspondance à Addis-Abeda

Comme si de rien n’était. Les rues d’Addis-Abeba sont restées calmes, mardi, après l’annonce par la télévision nationale du décès du Premier ministre Meles Zenawi, au pouvoir depuis 21 ans. Seul changement notable, les radios crépitaient, çà et là, du son de la washent, la flûte traditionnelle jouée en l’honneur de personnalités défuntes.

« D’après la Constitution éthiopienne, le vice-Premier ministre devra passer devant le Parlement pour prêter serment et le gouvernement s’organise pour que le Parlement se réunisse aussi vite que possible », s’est contenté de déclarer Bereket Simon, porte-parole du gouvernement et très proche de Meles Zenawi.

Interrogé sur d’éventuelles élections anticipées, celui que beaucoup considèrent comme le successeur officieux, a renvoyé au calendrier électoral éthiopien : pas de scrutin national, donc, avant 2015. Des funérailles nationales devraient bien avoir lieu, mais aucune date n’a été arrêtée.

Le corps du Premier ministre éthiopien devait d’abord être rapatrié de Bruxelles, où il est décédé dans la nuit de lundi à mardi aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Meles Zenawi avait disparu de la scène publique depuis deux mois et des rumeurs le disaient traité d’une tumeur dans un hôpital de la capitale belge. Le porte-parole avait dû démentir, sans préciser le mal dont souffrait le dirigeant éthiopien. Seule information concédée, hier, par Bereket Simon, évoquant un décès « à l’étranger » : « Il récupérait bien mais tout d’un coup, il s’est passé quelque chose et il a dû être emmené d’urgence en unité de soins intensifs et ils n’ont pu le maintenir en vie. »

Ainsi en est-il en Ethiopie, second pays africain en termes de population, pivot de stabilité au cœur de la très volatile Corne de l’Afrique. Pourtant, l’impact du décès de l’homme fort d’Addis-Abeba, qui n’était plus apparu en public depuis deux mois, nourrit bien des spéculations. Car depuis 21 ans, le pouvoir, c’était lui.

C’est lui qui a impulsé une marche forcée et rapide vers l’accession, espérée pour 2025, de son pays au club des pays à revenus intermédiaires. Lui aussi qui a assuré à l’Ethiopie une certaine stabilité malgré d’infinies rivalités ethniques. Pour toutes ces raisons, l’Occident fermait souvent les yeux sur la main de fer avec laquelle il a dirigé le pays, malgré d’incessantes critiques de l’opposition et d’organisations de défense des droits de l’homme. « Si l’Ethiopie vacille, c’est toute la Corne de l’Afrique qui s’effondre », nous confiait un diplomate occidental, il y a quelques mois.

L’Ethiopie accueille en effet plusieurs centaines de milliers de réfugiés des pays limitrophes : du chaos somalien (lire ci-contre), des inconciliables Soudan et Soudan du Sud, ainsi que du frère ennemi érythréen. Pour la deuxième fois en quelques années, Addis-Abeba a des troupes en opération sur le territoire somalien. Et possède toujours des forces de maintien de la paix dans la région d’Abyei, que le Soudan et le Soudan du Sud se disputent depuis leur scission en juillet 2011. Enfin, les Etats-Unis ont fait de l’Ethiopie un allié régional dans leur lutte contre les milices islamistes chebbabs, associées à Al-Qaïda en Somalie.

Les chebbabs n’ont d’ailleurs pas tardé à se réjouir du décès de leur ennemi juré. « L’Ethiopie est certaine de s’effondrer », a déclaré leur représentant Sheikh Ali Mohamud Rage.

Semblant lui répondre depuis Addis, Bereket Simon a assuré : « Tout est stable et tout va continuer comme prévu par le Premier ministre. » Notamment l’accession aux responsabilités du vice-Premier ministre Desalegn.

Une preuve supplémentaire, s’il en fallait, de la finesse politique de Meles Zenawi, adoré des uns, honni par les autres. Ancien rebelle, il a fait partie de ceux qui ont chassé du pouvoir, en 1991, le colonel Mengistu, à la tête d’un régime militaro-staliniste qui a marqué des générations d’Ethiopiens de sa violence. Très vite, Meles Zenawi a quitté la fonction honorifique de président pour celle de Premier ministre, aux réels pouvoirs décisionnels.

Perçu par l’Occident comme un de ces leaders africains rompant avec les pratiques autocratiques, Meles Zenawi a vite été la cible des critiques des organisations de défense des Droits de l’homme. Amnesty International publie ainsi régulièrement des rapports négatifs sur les déplacements de populations dans le sud du pays pour faire place à d’importantes infrastructures.

Néanmoins, de nombreux dirigeants africains, européens et Barack Obama ont salué la dimension internationale de Meles Zenawi. Le Premier ministre britannique Cameron l’a ainsi qualifié de « porte-parole inspiré pour l’Afrique ».

VINCENT DEFAIT

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