Delarue, toute une histoire

L'animateur-producteur a finalement été vaincu par le cancer © AFP

Les rumeurs sur la santé de Jean-Luc Delarue, atteint d’un cancer de l’estomac, étaient mauvaises ces dernières semaines. Elles ont malheureusement été confirmées par les faits : l’animateur s’est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, à l’âge de 48 ans.

Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus vendredi par ceux qui l’ont côtoyé pendant vingt-cinq ans d’une carrière exceptionnelle, on retiendra, comme un résumé, celui de Jean Réveillon, directeur général de France 2 : il a salué « celui qui avait su créer un genre nouveau, les émissions qui permettaient aux gens de se raconter, c’était un passeur d’émotions. Il avait inventé un nouveau rapport avec les gens à travers notamment Ça se discute, il avait créé un questionnement très rapide et en même temps ouvert et tolérant où les gens se racontaient. C’est lui qui a lancé en France cette télévision de témoignage, cette capacité à faire en sorte que le téléspectateur se dise à un moment donné : celui qui est à la télé, ça pourrait être moi ».

Selon son souhait, Delarue sera enterré dans la plus stricte intimité. Sa société, Réservoir Prod, a insisté : « Sa famille demande de bien vouloir respecter son chagrin et son intimité. » France 2 a décidé de rendre hommage à l’animateur mardi soir en consacrant une émission spéciale, faite d’archives et de témoignages d’invités, vers 22 h 25, après Secrets d’histoire.

Les débuts,de la radio à la télé

C’est en radio, sur Europe 1, que Jean-Luc Delarue entame sa carrière en 1987, à l’âge de 23 ans – il y restera jusqu’en 1995. Il anime le Top 50 avec Olivier Dorangeon (complice avec lequel il assurera quelques spéciales des Enfants du rock sur Antenne 2), puis crée un journal de la télé baptisé Mon œil et, enfin, anime la tranche info matinale de la station, lui faisant gagner au passage 300.000 auditeurs. A partir de 1991, en plus de la radio, il fait ses vrais débuts en télé, sur Canal +. Pendant trois ans, il y présente La grande famille, une émission quotidienne de mi-journée dont il est également producteur.

 Les années fric, voleurs de patates

En 1994, après avoir courtisé Delarue pendant des mois, Jean-Pierre Elkabbach réussit à le débaucher et à le faire venir à prix d’or à France Télévisions. A la fois animateur et producteur – il vient de créer sa propre boîte, Réservoir Prod –, Delarue s’assure de solides rentrées et une clause d’exclusivité chèrement monnayée. Il n’est pas le seul : Arthur et Nagui sont chouchoutés de la même manière. Quand, critiqué pour ces pratiques, Elkabbach décide de mettre fin à un des six contrats avec Delarue, l’animateur riposte en justice et obtient gain de cause. Cet épisode, dont les Guignols ont fait un feuilleton sur le thème des « voleurs de patates » (les trois animateurs grassement payés), aura la peau du patron de France Télévisions. Mais Delarue, lui, poursuivra son ascension sur France 2. En plus de Ça se discute, son émission phare lancée dès 1994 (jusqu’en 2009), il produit et présente d’autres programmes : Déjà dimanche et Déjà le retour, Jour après jour et Toute une histoire. Mais il est aussi derrière des émissions présentées par d’autres : Bien jardiner, avec Jean-Pierre Coffe, sur TF1 ; 3x+Net, première émission consacrée aux nouveaux médias, sur France 3 ;

C’est mon choix, avec Evelyne Thomas, sur France 3 ; Stars à domicile, avec Flavie Flament, sur TF1 ; Vis ma vie, avec Laurence Ferrari, sur TF1 ; Maison à vendre, avec Stéphane Plaza, sur M6. Entre autres. Delarue produit aussi des docs et ouvre deux restaurants. Des années fric (40.000 euros par mois en 2008) mais un rythme d’enfer qui ne sera pas sans conséquences.

 La chute, descente aux enfers

Quand, en février 2007, Delarue est arrêté à la sortie d’un vol Air France pour Johannesburg en raison de sa conduite agressive vis-à-vis du personnel de bord alors qu’il est sous l’emprise d’alcool et de médicaments, on est loin de comprendre que l’animateur est en train de vivre une véritable descente aux enfers. En septembre 2010, l’affaire explose au vu de tous : Delarue est interpellé dans le cadre d’une grande opération policière sur un trafic de drogue. L’animateur y apparaît comme un très gros consommateur de cocaïne. En janvier 2011, sur France 2, il accorde à Benoît Duquesne une interview-confession à l’image de celles qu’il menait dans Ça se discute. En confiance, Delarue s’y montre très poignant à propos de ses dérives : « La notoriété, les critiques, la presse, les paparazzis, ce n’était pas facile pour moi à jeun. L’alcool puis la drogue me donnaient une illusion de force. Mais ce sont des arbres qui cachaient la forêt. Orgueilleux, arrogant, égocentrique, oui, j’ai des problèmes de caractère que je n’ai pas réglés, mais sur lesquels je travaille. Je suis un type dépendant. » Delarue suit une cure de désintoxication en Suisse à l’issue de laquelle il crée une fondation contre les dépendances et décide de s’exprimer dans les écoles contre les dangers des dépendances. Il passera notamment à

Verviers. Le Soir l’accompagne à Avesnes (Nord). Il y explique : « La parole participe de ma guérison. Aider les autres en s’aidant soi, c’est encore mieux. Pendant longtemps, j’ai écouté, mais j’étais moi-même en souffrance. Je rencontrais des gens mais j’étais seul le soir. »

La fin, plus de temps à perdre

Écarté par France 2 suite à son affaire de drogue, Delarue retrouve l’antenne voici un an avec une nouvelle émission, Réunion de famille. Elle ne parviendra jamais à décoller en termes d’audiences. Mais ce n’est pourtant pas à cause de cela qu’elle sera suspendue. En novembre dernier, le patron de Réservoir Prod est hospitalisé d’urgence en raison de fortes douleurs à l’estomac. Quelques jours plus tard, il organise une conférence de presse à France Télévisions pour annoncer qu’il souffre en réalité d’un cancer de l’estomac. Une décision motivée par le fait qu’un paparazzi, Jean-Claude Elfassi, s’était procuré son dossier médical et allait révéler l’information. C’est le même Elfassi qui, de manière nauséabonde, a annoncé vendredi comme un scoop le décès de Delarue. Vu son état de santé, son avocat avait obtenu le report à février de son procès, qui devait se tenir en juillet. En mai dernier, il s’était marié avec sa compagne.

AGNES GORISSEN, JEAN-FRANCOIS LAUWENS
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