L’éclairage des boulevards de Bruxelles

Les archives photographiques du Soir recèlent quelques pépites. Nous avons envie de vous faire partager ce patrimoine. Chaque vendredi nous publions un de ces témoignages de notre passé.
 
 
A l’heure où les modes de production de l’électricité et le risque de « black out » font débat, rappelons-nous que l’éclairage public est une réalité assez récente.
 
La photo, datée de 1951, montre en action  l’allumeur du réverbère de la cathédrale Saint-Michel.  Les derniers réverbères à gaz ont disparu en 1958, à la veille de l’Exposition universelle.
 
Mais revenons au début du siècle quand l’apparition de l’éclairage électrique suscitait l’enthousiasme.
Le Soirdu dimanche 23 juin 1907 présente le programme des festivités :« L’éclairage électrique des boulevards(…) En ce qui concerne l’embrasement électrique des boulevards, le service de l’électricité de la Ville a décidé de produire des alternatives d’allumage et d’extinction de façon à permettre au public de juger du progrès réalisé.Les jeux de fontaines lumineuses qui auront lieu ce soir et demain soir au bassin du monument Anspach seront étincelants. Quant au concours d’illumination, des adhésions sont abondantes et promettent merveille. »

Mais le journaliste qui a assisté aux réjouissances ne semblait pas d’une humeur enjouée ! :

Le Soir du lundi 24 juin 1907 : « Sommes-nous assez arriérés tout de même ! Alors que les moindres recoins de village sont, depuis longtemps, éclairés à l’électricité ; alors qu’à nos portes, Watermael-Boitsfort – devenu, il est vrai, faubourg de Bruxelles – possède depuis toujours l’éclairage électrique, les Bruxellois se sont mis en émoi, hier soir, parce que nos boulevards allaient, enfin ! inaugurer ce mode d’éclairage !

Bien mieux, il y a eu, pour cela des fêtes, des illuminations de maisons, des cortèges, des musiques, des retraites…une réception officielle !…

Hé oui ! Les habitants des boulevards ont été à ce point surpris de voir qu’enfin l’Administration avait compris que Bruxelles était une capitale et doit être éclairée qu’ils ont voulu féliciter ses membres. (…) Sur ce, on a vidé une coupe de champagne ; M. De Mot a allumé une fusée, et les boulevards, où se pressait une foule compacte, et qu’éclairaient de vagues réverbères, ont, tout à coup, été éclairés – on peut le dire – toutes les lampes électriques s’allumant en même temps.

Bien que les poteaux soient laids, l’effet est très beau, et un « oh ! » admiratif s’est élevé de la gare du Nord au Midi. Enfin, quand les étrangers viendront à Bruxelles, il y aura un endroit de la ville assez éclairé pour qu’on puisse le leur montrer le soir.

Tandis que s’allumaient les lampes éclataient les sonneries de clairon, tonitruaient les fanfares. La foule dansait, chantait, criait : bref, les Bruxellois qui n’ont pas souvent de quoi s’amuser, se sont contentés du prétexte qu’avaient choisi les membres du comité organisateur, et s’en sont donné à cœur joie.

Et il faut savoir gré à ceux qui ont eu l’idée de cette fête, quelque peu ironique peut-être pour l’Administration, mais qui a donné à la ville, hier soir, du mouvement et de l’entrain.

Ajoutons qu’un concours d’éclairage avait été organisé entre les habitants. Parmi les façades éclairées, le nombreux public remarquait beaucoup l’enseigne électrique « Bovril » aux merveilleuses couleurs changeantes, que l’on apercevait de la gare du Nord. »

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