Corée : le révérend Moon quitte sa secte

Le gourou laisse à ses héritiers un empire industriel et ses croyants © AFP

L’annonce de la mort, à 92 ans, de Sun Myung Moon, le patron prospère de la secte Moon, a provoqué chez ses adeptes des déversements de larmes et l’expression d’hommages à la hauteur de la fascination que suscitait ce gourou, guide « spirituel » mais surtout habile hommes d’affaires. Ses funérailles, programmées pour le 15 septembre, seront à la mesure de l’empire qu’il a créé. Le correspondant de l’AFP, qui s’est rendu dans la ville de Gapeyong, siège mondial de l’organisation Moon en Corée du Sud, a ainsi indiqué que des ouvriers s’attelaient déjà à paver une allée à deux voies sur un kilomètre de long, à préparer un autel gigantesque. Quelque 30.000 Japonais, membres de la secte, se seraient déjà décidés à s’associer à cette cérémonie. Des milliers de Coréens s’y associeront aussi, dont beaucoup de commerçants de Gapyeong, dont la prospérité de la ville repose en grande partie sur l’implantation du quartier général de l’organisation dans leur ville. Il s’étend sur un millier d’hectares et comprend des écoles, des centres de formation et cet hôpital où le gourou est décédé. Moon parti, c’est aussi pour eux un merci pour leur business et une inquiétude pour leur avenir.

Son Eglise de l’Unification, connue aussi sous le nom de Fédération des familles pour la paix mondiale, avait été fondée en 1954 à Séoul. Moon, qui se faisait appeler « révérend », issu d’une famille presbytérienne, prétendait avoir été le bénéficiaire d’une « révélation divine » dès 1936. Son « Eglise de l’Unification » ambitionnait de préparer le monde pour l’arrivée du « Seigneur du second avènement ». Il prétendait qu’Eve aurait eu une relation avec le Diable. Il soutenait que Dieu aurait échoué parce que Jésus ne s’était pas marié. Il entendait incarner, avec son épouse Hak Ja Han, les « Vrais Parents », s’érigeant au titre de nouveau Messie parmi ses fidèles. Avec, en corollaire, des ponctions sur les revenus de ses adeptes et le déploiement d’un véritable empire industriel, actif dans la presse (le Washington Times ou encore l’agence UPI), l’armement ou encore le tourisme ou la construction.

Moon, petit chapeau rond posé sur la tête, se signala médiatiquement pour ces mariages collectifs, rassemblant plusieurs milliers de couples unis au hasard, lors d’immenses cérémonies rassemblant hommes en jaquettes et fiancées en robes de mariées, découvrant en ces circonstances leur conjoint.

Eric Brasseur, le directeur de l’Observatoire des mouvements sectaires en Belgique (CIAOSN), estime que le nombre de « Moonistes » en Belgique est « très faible ». « Ils seraient une cinquantaine, voire cent, pas plus. Nous n’avons jamais reçu de plaintes à leur encontre. » L’association s’est enregistrée en ASBL dès 1974 sous le nom d’Association pour le christianisme mondial avant de devenir, en 1997, la « Family Féderation for World Peace and Unification ».

En 2006, l’Etat belge s’était vu sèchement reprocher par la cour d’appel de Bruxelles d’avoir refusé, sans base légale, l’octroi d’un visa d’entrée sur le territoire au révérend Moon, alors âgé de 86 ans. La Belgique se fondait, pour former son refus, sur un fichage de la base de données européennes Schengen, considérant que Moon constituait un « danger pour les familles », pratiquait le « lavage de cerveau et la manipulation mentale ».

MARC METDEPENNINGEN
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