Sidérurgie. Le haut-fourneau 6 a été démoli, le symbole des Forges de Clabecq au tapis

Mardi 4 septembre 2012, à 11 h 54 : la haute silhouette du haut-fourneau 6 disparaît définitivement. © eric lalmand/belga.

Des milliers de tonnes de ferraille jonchant le sol d’un site désaffecté : c’est tout ce qui reste, désormais, du haut-fourneau 6 des ex-Forges de Clabecq.

Eteint depuis 2001 et le transfert de la production de fonte par Duferco vers Carsid (Marcinelle), le monstre d’acier demeurait, le long du canal Bruxelles-Charleroi à Tubize, comme le symbole d’un passé révolu. C’est ce symbole qui a été détruit ce mardi matin, peu avant midi.

Plusieurs dizaines des badauds se pressaient alors aux abords du site. L’opération, il est vrai, fut impressionnante : l’entreprise italienne de démolition Despe avait décidé de renoncer à l’usage des explosifs, jugés trop dangereux, pour adopter une technique inédite de cisaillement des bases du colosse avant de le faire basculer à l’aide de vérins hydrauliques.

Il n’aura finalement fallu que quelques secondes pour voir le géant de 110 mètres de haut s’écrouler à l’endroit préalablement déterminé… suscitant la joie des démolisseurs concernés, mais aussi la tristesse des anciens de Clabecq où ne subsiste désormais qu’un laminoir aux mains du sidérurgiste russe NLMK.

Il faut dire que l’histoire des Forges, qui remonte au XVIIIe siècle, s’est accélérée de manière mouvementée par la retentissante faillite de 1996 qui avait scandalisé les travailleurs sous l’égide du leader syndical Roberto D’Orazio.

Repris en 1997 par le sidérurgiste italien Duferco, totalement inconnu à l’époque en Belgique, le site était finalement démantelé à la fin 2001.

En cause ? La création d’Arcelor, issu de la fusion transnationale entre Usinor (France), Arbed (Luxembourg) et Aceralia (Espagne), qui amena la multinationale à ne conserver de Cockerill Sambre que la phase à chaud liégeoise et à sacrifier celle de Charleroi. Par un jeu de dominos à l’échelle du bassin wallon, c’est la reprise de cette dernière, plus performante que celle des Forges, par Duferco qui conduira à la condamnation du haut-fourneau brabançon.

« Il était illusoire de conserver cet outil au titre de vestige industriel, assure Raymond Langendries, bourgmestre de Tubize (CDH). Cela aurait coûté beaucoup trop cher en frais d’entretien et, du reste, la population ne le souhaitait pas. Pour nombre de nouveaux habitants, les Forges ne représentent plus rien. »

C’est dès lors à une vaste reconversion de ce site de 87 hectares, idéalement situé aux portes de Bruxelles, que la démolition du HF6 va ouvrir la voie – servant d’exemple probable aux futures réaffectations des phases à chaud condamnées de Liège et de Charleroi.

« Le Master Plan prévoit la création de 2.000 logements, de bureaux, de commerces, d’espaces dédiées aux PME, entre autres, précise Olivier Waleffe, directeur général de Duferco Diversification. Mais avant cela, nous devrons achever la dépollution des terres, pour un coût probable de 65 millions d’euros très largement supérieur à celui de la démolition du haut-fourneau dont nous récupérons d’ailleurs la mitraille pour alimenter notre four électrique de La Louvière. »

Seuls devraient subsister à terme, sur le site de Clabecq, un haut-fourneau de nettement plus petite taille car beaucoup plus ancien et quelques vestiges disséminés dans la ville pour rappeler qu’y évoluèrent, jadis, des générations d’ouvriers.

BENOIT JULY
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